La France honore à partir de mercredi le cinéaste israélien engagé Amos Gitaï avec une exposition et une rétrospective retraçant quarante ans de création à partir des volumineuses archives qu’il lui a léguées.

En 2007, Amos Gitaï a donné quarante ans de création à la Cinémathèque française, un organisme privé qui oeuvre à la préservation, la restauration et la diffusion du patrimoine cinématographique. Juste retour des choses, la Cinémathèque, à Paris, le célèbre jusqu’au 6 juillet.

Lorsque l’on lui demande ce qui a motivé son don, il répond à l’AFP : « Mon travail est inspiré par les lieux que je connais en Israël mais il a été rendu possible grâce à la France, seul pays qui aide non seulement son propre cinéma mais aussi celui des autres pays ».

« J’espère d’ailleurs que cette ouverture d’esprit va continuer », poursuit-il, alors que le système de financement du cinéma à la française est au centre de multiples réflexions depuis plus d’un an.

Amos Gitaï est un cinéaste à part. Né en 1950 à Haïfa en Israël, il est né en quelque sorte une seconde fois en 1973 pendant la guerre du Kippour. Il est blessé après que son hélicoptère a été frappé par un missile syrien.

L’exposition « Amos Gitaï, architecte de la mémoire » débute par une double projection: au sol des images tournées par lui en super-8 pendant la vraie guerre qui font écho sur un écran au mur à des images extraites de « Kippour », film sur son histoire, sorti en 2000.

« Une évidence », pour le commissaire de l’exposition Matthieu Orléan, « même si cela a pris du temps » pour le décider, face au volume d’archives.

L’exposition rassemble d’innombrables photos de tournages et autres dessins montrant les mouvements de caméra souhaités par le cinéaste ou encore des ébauches de costumes et de maquillage pour « Esther », son premier film.

Elle « parle plus du cinéaste que de l’homme, même s’il y a des interférences très fortes avec sa vie intime », dit M. Orléan.

Kippour permet ainsi « de traiter de quelque chose qui est évident et immédiat, et en même temps de très complexe dans le rapport entre le documentaire et la réalité, et la recréation par la fiction ».

Du traumatisme naîtra pour Gitaï, qui devait être architecte comme son père, une nouvelle expression artistique, le cinéma de documentaire et de fiction dans une relation étroitement imbriquée.

L’exposition rassemble des pépites comme ces dessins réalisés par Gitaï quand il était en convalescence, « des portraits, des visages comme au bord de l’explosion », dit encore Matthieu Orléan.

L’une de ses obsessions sera de raconter dans sa riche filmographie ses origines et le conflit israélo-palestinien par le prisme par exemple de l’habitat, de la frontière, de l’exil (qu’il a connu un temps), etc.

Gitaï a beaucoup tourné ailleurs dans le monde mais « même quand il fait des films au plus loin d’Israël, il y revient de manière subjective ou objective. C’est un citoyen du monde qui s’est intéressé à l’antisémitisme en Allemagne, l’immigration en France ou à la bureaucratie soviétique », relève le commissaire d’exposition.

Gitaï a aussi pu en son temps tourner dans des endroits aujourd’hui inaccessibles comme le Golan ou le Sinaï égyptien.

Enfin il est impossible d’évoquer le cinéaste sans parler du plan-séquence, « un des emblèmes de son cinéma », rappelle Matthieu Orléan qui en a sélectionné plusieurs pour cet événement.

« On voit le plan-séquence vraiment surgir dans ses premiers documentaires où il filme la réalité brute sans voix off, sans montage (…) pour montrer la réalité sans qu’on l’accuse de créer un discours, une propagande dans un sens ou un autre » poursuit-il.

A l’heure de la multiplication des effets spéciaux, Amos Gitaï juge lui que face aux autoroutes de l’information, « les CNN et autres journaux de 20H00 où chacun raconte l’histoire de manière subjective et superficielle, la seule réponse des cinéastes est d’installer le temps, changer le rythme de réflexion ».