PARIS – Avec son célèbre esprit combatif diminué et l’épuisément dans les rangs de ses agences de sécurité, la France est mal préparée pour faire face à la menace de la terreur à laquelle elle doit faire face aujourd’hui, a déclaré un expert français de la sécurité au Times of Israel.

Marc Hecker, chercheur au Centre des études de sécurité de l’Institut français des relations internationales (IFRI) basé à Paris, qui a étudié l’activisme pro-palestinien français dans son livre Intifada Française ? de l’Importation du Conflit Israelo-Palestinien paru en 2012, a déclaré que les auteurs des récentes attaques terroristes sur le sol français n’étaient en aucun cas affiliés au mouvement pro-palestinien, qui se compose essentiellement de membres de la gauche laïque du pays et d’habitants éduqués des banlieues d’immigrants pauvres .

Des terroristes comme Mohammed Merah, qui a perpetré une attaque contre une école juive à Toulouse en mars à 2012 ; Mehdi Nemmouche, qui a ouvert le feu sur les visiteurs du Musée juif à Bruxelles en mai 2014 ; et les frères Kouachi qui ont attaqué le journal satirique français Charlie Hebdo la semaine dernière sont tous liés au mouvement salafiste djihadiste-en France, mais n’ont montré aucun intérêt pour l’activité pro-palestinienne.

« Dans la communauté juive française, les gens perçoivent souvent la sphère pro-palestinienne française comme homogène, comme antisémite. Ils imaginent qu’il y a beaucoup de djihadistes dans les manifestations pro-palestiniennes. Mais ce n’est tout simplement pas vrai », a déclaré Hecker au Times of Israel depuis son bureau situé dans le sud de Paris.

Mohammed Merah, seen in a home video. (photo credit: France 2)

Mohammed Merah. (Crédit : capture d’écran France 2)

Après les attaques à Paris, Hecker a demandé à un fonctionnaire du ministère de l’Intérieur si la sécurité française avait identifié des militants salafistes pendant les manifestations anti-israéliennes géantes de l’été dernier. La réponse qu’il a reçue était que seul un tel homme a été repéré.

« Il y a certes un lien entre l’atmosphère antisémite créé par des groupes pro-palestiniens dans les banlieues, comme le Parti des Indigènes de la République (PIR), et ce qui est arrivé la semaine dernière [7 janvier]. Mais il n’y a pas de chevauchement en termes d’adhésion, et le PIR a fermement condamné les attaques la semaine dernière « , a-t-il dit.

il semblerait que pour les musulmans les plus fervents de France, l’appartenance religieuse l’emporte sur l’activisme politique.

Un collègue de Hecker, le chercheur Mohamed Ali Adraoui, a interviewé des salafistes non violents, qualifiés dans l’étude de « quiétistes », et leur a demandé pourquoi ils fuyaient les manifestations pro-palestiniennes.

« La réponse qu’ils ont donnée était que « ces manifestations sont à l’heure de la
prière, » ou bien, « il y a là-bas des femmes habillées impudiquement’ « .

Manifestation aniti-israélienne - 23 juillet 2014 - (Crédit : AFP)

Manifestation aniti-israélienne – 23 juillet 2014 – (Crédit : AFP)

Aujourd’hui, la menace terroriste la plus importante en France provient de réseaux djihadistes liés à la guerre en Syrie et au nord de l’Irak, a poursuivi Hecker.

Environ 1 200 citoyens français sont impliqués dans ces réseaux ; des personnes qui ont soit fait des plans concrets de voyager vers des zones de combat au Moyen-Orient, ou qui en ont déjà rentrés. La sécurité française estime que 400 citoyens sont actuellement en Syrie, et environ 50 ont été tués.

« C’est énorme pour un pays comme la France », estime Hecker. « Par rapport à ce que nous avons vu dans le passé – les réseaux irakiens au début des années 2000, ou les réseaux liés à l’Afghanistan, à la Tchétchénie ou à la Bosnie. C’est un ordre de grandeur complètement différent. À l’époque, nous avions des dizaines de citoyens français impliqués, maintenant ce sonf des centaines ».

Les agences de renseignement nationales de la France ne sont pas à la hauteur pour ce nouveau type de menace, ajoute Hecker.

La DGSI, l’agence française pour la sécurité intérieure, n’emploie que 3 500 personnes, chargées de missions allant du contre-espionnage à des menaces d’organisations d’extrême droite et d’extrême gauche.

Un deuxième groupe de terroristes potentiels sont ceux qui sont passés par un processus d’auto-radicalisation – des jeunes hommes qui regardent des vidéos en ligne de l’État islamique ou d’al-Qaïda et décident d’agir.

« Ils ne peuvent pas faire quelque chose de très grand. Ils peuvent ecraser des gens avec leur voiture ou faire feu avec un AK-47, mais ils ne peuvent pas tuer des centaines de personnes. Pourtant, c’est une menace, et en France tuer même deux ou trois personnes est perçu comme stratégique ».

Dans ses publications récentes, Hecker a tenté d’expliquer que les attaques terroristes à petite échelle ne doivent pas être considérées comme une menace stratégique pour la société.

« Ce n’est pas le 11 septembre, où quelque 3 000 personnes ont été tuées. Mais la société française est devenue très sensible à la mort. Cela est vrai même en ce qui concerne nos soldats à l’étranger: Chaque fois qu’un soldat est tué il y a des cérémonies organisées, souvent en présence du ministre de la Défense. Pendant la guerre d’Algérie dans les années 1950 et au début des années 1960, nous avons eu 10 soldats tués chaque jour. Ce n’était pas le même genre de société, elle était moins sensible à la mort », a-t-il dit.

« Cela crée une vulnérabilité pour nous et une opportunité pour les terroristes. Nous ne sommes pas si résilients. Avec les attaques à venir, nous n’aurons pas la même unité forte et durable que vous avez en Israël. Ce n’est tout simplement pas le même genre de société ».

Une autre menace terroriste est liée à des membres d’anciens réseaux djihadistes, comme les frères Kouachi qui ont mené l’attaque contra Charlie Hebdo.

Malgré la nouvelle législation anti-terroriste, Hecker suggère que le droit français est encore trop mou vis-à-vis des terroristes.

En novembre 2014, le premier citoyen français revenant du djihad en Syrie a été condamné à sept ans de prison, sur la base d’une loi de 1996 interdisant toute association avec des groupes terroristes.

« Si vous avez 20 ans, vous serez libéré à 25 ou 27 ans. Entre temps, vous avez été radicalisé, et vous êtes toujours dangereux », explique Hecker.

En vertu d’une nouvelle loi anti-terroriste adoptée en novembre 2014, une personne peut être envoyée en prison pendant sept ans pour avoir justifié le terrorisme sur internet. C’était le dernier ajout à la législation anti-terroriste de la France, qui en 2012 a permis à des procureurs français de condamner des citoyens pour des actes commis à l’étranger.

« Il y a beaucoup de gens à traquer et avec les moyens mis à la disposition de nos services de renseignement, à la fois internes et externes, c’est impossible. »

Le ministre français de l’Intérieur Bernard Cazeneuve a promis de déployer 5 000 soldats pour protéger les écoles juives à travers la France. Mais, selon Hecker, le déploiement de tant de soldats n’est qu’une mesure temporaire

Des soldats français en patrouille à la Tour Eiffel le 8 janvier 2015 (Crédit : AFP/Bertrand Guay)

Des soldats français en patrouille à la Tour Eiffel le 8 janvier 2015 (Crédit : AFP/Bertrand Guay)

« Les forces armées françaises, qui comptent 130 000 soldats, sont complètement débordées. En Afghanistan, où la France a déployé 4 000 soldats, c’est maintenant terminé. Mais les soldats sont toujours déployés dans la région du Sahel, en République Centrafricaine et dans d’autres pays. Nous ne pouvons pas avoir en permanence 10 000 soldats dans la rue comme c’est le cas actuellement en raison de l’état d’alerte élevé « , a-t-il dit.