La France a rejeté lundi la comparaison du ministre de la Défense Avigdor Liberman, qui avait assimilé la conférence pour la paix au Moyen Orient de Paris à l’affaire Dreyfus, l’un des évènements antisémites les plus emblématiques de l’époque moderne.

Liberman a déclaré lundi que le sommet, prévu le 15 janvier, était « un tribunal contre l’Etat d’Israël. »

« C’est une convention dont le seul objectif est de nuire à la sécurité de l’Etat d’Israël et à sa réputation », a déclaré Liberman à l’ouverture de la réunion de son parti, Yisrael Beytenu, à la Knesset lundi.

Paris a répondu que la conférence était organisée pour « réaffirmer l’engagement de la communauté internationale envers les deux parties, vivre côte-à-côte en toute sécurité et pour souligner à quel point la solution [à deux états] est cruciale », ont déclaré des responsables du ministère français des Affaires étrangères, selon la radio publique israélienne.

Israël a refusé d’assister à la conférence du 15 janvier, des responsables soulignant que seules des négociations bilatérales mèneraient à un accord de paix. Les Palestiniens soutiennent l’initiative française, qui verra des représentants d’une vingtaine de pays se réunir pour tenter de relancer les efforts de paix.

Selon un reportage de la Dixième chaîne diffusé dimanche, Netanyahu craint que le Quartet du Moyen Orient, composé des Etats-Unis, des Nations unies, de la Russie et de l’Union européenne, ne coordonne ses positions pendant ce sommet, avant de se tourner vers le Conseil de sécurité des Nations unies dans les tous derniers jours de la présidence de Barack Obama.

Lundi, suite au vote vendredi d’une résolution condamnant les implantations israéliennes au Conseil de sécurité, Liberman a fait écho à ces craintes. « Nous parlons de la version moderne du procès de Dreyfus, la différence est que cette fois, au lieu d’avoir un juif sur le banc des accusés, c’est toute la nation d’Israël qui s’y trouve », a-t-il déclaré.

L’affaire Dreyfus a été un scandale politique et militaire dont les répercussions ont été ressenties en-dehors des frontières françaises, et dans tout le monde juif.

Alfred Dreyfus (Crédit : Wikimedia Commons)

Alfred Dreyfus (Crédit : Wikimedia Commons)

En 1894, des officiers français ont appris qu’un haut-gradé avait transmis des renseignements secrets à l’armée allemande. Ils accusent Alfred Dreyfus, capitaine juif français, qui a été jugé coupable, dégradé militairement et déporté sur l’île du Diable, en Guyane.

L’affaire avait été largement dénoncée comme une parodie de justice, notamment par Emile Zola dans sa lettre ouverte « J’accuse », publiée en 1898 en une de L’Aurore. En 1899, Dreyfus avait été gracié par le président français et libéré, et en 1906, une commission militaire l’avait définitivement innocenté.

Theodor Herzl aurait été incité à écrire son grand traité sioniste, L’Etat juif après avoir couvert l’affaire Dreyfus comme journaliste et avoir entendu la foule crier « Mort aux juifs ! »

J'Accuse, by Emile Zola, in the Dreyfus Affair (photo credit: Wikimedia Commons)

J’Accuse, d’Emile Zola. (Crédit : Wikimedia Commons)

Depuis qu’un sommet de paix parisien a officiellement lancé l’initiative française en juin dernier, trois groupes de réflexion ont été formés et doivent examiner les moyens de promotion du processus de paix, selon Le Monde.

Un groupe a étudié la construction des institutions nécessaires pour la mise en place d’un état palestinien, un autre les incitations économiques que la paix pourrait apporter à ceux qui sont impliqués, en particulier de la part de l’Union européenne, et un troisième groupe a travaillé sur l’amélioration de la participation de la société civile à ce processus.

Les propositions des trois groupes seront examinées pendant le sommet, selon le quotidien français. Paris examinerait également les moyens de transmettre ces conclusions aux dirigeants israéliens et palestiniens, que ce soit en marge du sommet ou en envoyant des représentants à Jérusalem et Ramallah.