Près de 5 000 policiers et gendarmes ont été mobilisés lundi pour protéger toutes les écoles et les lieux de culte juifs de France, alors que « la traque se poursuit » pour retrouver au moins un complice des auteurs des attentats de Paris, a annoncé le gouvernement.

Les 717 écoles et lieux de culte juifs seront protégés, « dès aujourd’hui, par 4.700 policiers et gendarmes », et « des militaires seront envoyés en renfort dans les 48 heures », a déclaré le ministre de l’Intérieur français, Bernard Cazeneuve.

M. Cazeneuve a fait cette annonce devant des parents d’élèves d’une école juive de Montrouge, dans la banlieue sud de Paris.

C’est près de cet établissement qu’Amedy Coulibaly, l’un des jihadistes auteurs des attentats de la semaine dernière, avait abattu jeudi une policière avant d’attaquer le lendemain un supermarché casher de l’est de Paris.

Quelques minutes avant M. Cazeneuve, le Premier ministre Manuel Valls avait indiqué que les forces de sécurité poursuivaient une « traque » pour retrouver un ou plusieurs « complices » des jihadistes, qui ont également tué douze personnes lors d’une attaque qui a décimé la rédaction du magazine satirique Charlie Hebdo.

« La traque se poursuit (…) Nous considérons qu’il y a effectivement probablement d’éventuels complices », a déclaré M. Valls aux médias RMC et BFMTV.

Une « réunion ministérielle sur la sécurité intérieure » s’est ouverte vers 08H00 GMT lundi autour du président François Hollande pour « faire le point sur les dispositifs de prévention et de protection » des Français, selon l’Elysée.

Les attentats de Paris ont fait 17 morts et une vingtaine de blessés la semaine dernière, et déclenché une mobilisation historique à travers le pays, avec au moins 3,7 millions de personnes descendues dans les rues dimanche pour manifester contre le terrorisme.

Boumeddienne en Syrie depuis le 8 janvier

Hayat Boumeddiene, la compagne du preneur d’otages tué vendredi par la police à Paris recherchée par la France, est entrée en Syrie le 8 janvier via la Turquie, a confirmé lundi le ministre turc des Affaires étrangères Mevlüt Cavusoglu.

« Elle est entrée en Syrie le 8 janvier », a déclaré M. Cavusoglu dans un entretien accordé à l’agence de presse gouvernementale Anatolie.

Une source sécuritaire turque avait indiqué à l’AFP samedi que la compagne d’Amedy Coulibaly, un des trois jihadistes abattus vendredi à l’issue d’une prise d’otages meurtrière dans un supermarché casher en banlieue parisienne, était entrée en Turquie le 2 janvier et qu’elle s’était probablement rendue depuis en Syrie.

« Elle est entrée en Turquie le 2 janvier en provenance de Madrid. Il y a des images (la montrant à l’aéroport », a confirmé le chef de la diplomatie turque.

« Elle est ensuite restée avec une autre personne dans un hôtel de Kadiköy (un district de la rive asiatique d’Istanbul). Elle est ensuite passée en Syrie le 8 janvier, ses relevés téléphoniques le montrent », a-t-il ajouté.

Selon la source sécuritaire interrogée samedi par l’AFP, la jeune femme disposait d’un billet aller-retour Madrid-Paris.

La police française a délivré un avis de recherche pour déterminer son éventuel rôle dans la fusillade perpétrée par Amedy Coulibaly à Montrouge (sud de Paris, un mort jeudi matin) et pour l’éventuelle aide qu’elle aurait pu lui apporter lors de la prise d’otages dans le magasin casher (quatre morts) à Vincennes, aux portes de Paris vendredi.

Les informations rendues publiques par les autorités turques prouvent que la jeune femme, âgée de 26 ans, ne se trouvait pas en France au moment des crimes reprochés à son compagnon.

Marée humaine

Dimanche, pour expurger entre larmes et sourires la souffrance d’une folle semaine de violence, une marée humaine record, plus de 3,7 millions de personnes, a communié en province comme dans les rues d’un Paris en état de siège, marchant avec François Hollande et des dirigeants étrangers.

Au moins 3,7 millions de manifestants dans la France entière, dont 1,2 à 1,6 million à Paris selon le ministère de l’Intérieur – des « Charlie », des « musulmans », des « juifs » et des « policiers », référence aux 17 morts des attentats à Charlie Hebdo et dans une supérette casher – ont défilé, sans aucun incident, pour dire leur refus du terrorisme qui a frappé trois jours durant au cœur de la capitale.

Cette marche était conçue initialement comme un hommage aux victimes des trois jihadistes revendiqués, dont les irrévérencieux dessinateurs de Charlie Hebdo massacrés mercredi, une jeune policière municipale tuée jeudi et quatre juifs assassinés dans une supérette casher vendredi.

Elle a finalement été inédite par sa dimension planétaire et l’image stupéfiante de dirigeants étrangers défilant bras dessus dessous sur quelques centaines de mètres : François Hollande entouré du Malien Ibrahim Boubacar Keita et de la chancelière Angela Merkel, le président de l’AP Mahmoud Abbas à quelques mètres du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, le Britannique David Cameron, le roi de Jordanie, l’Italien Matteo Renzi…

Applaudis par la foule à leur arrivée à la marche, les dignitaires étrangers ont observé une minute de silence avant de quitter le défilé et de retourner à l’Elysée, siège de la présidence française.

M. Hollande a longuement salué les familles et proches des victimes, qui étaient en tête du cortège. Il a ensuite rendu visite à la famille d’Ahmed Merabet, le policier musulman froidement abattu mercredi après l’attaque contre le journal Charlie Hebdo.

« Je suis Charlie, je suis juif, je suis policier ». Ce slogan résumait l’hommage rendu aux 17 victimes des attaques. Une cérémonie nationale à leur mémoire se tiendra dans la semaine aux Invalides, site militaire au coeur de Paris où repose Napoléon, a annoncé lundi le Premier ministre.

Unité nationale

L’enquête française concernant Amedy Coulibaly, l’un des trois djihadistes impliqués dans les attaques progresse.

Auteur de la prise d’otages du supermarché juif dans l’est de Paris (dont les quatre victimes juives seront inhumées en Israël) et du meurtre d’une policière à Montrouge, dans la proche banlieue parisienne, Coulibaly est en outre soupçonné de l’agression d’un joggeur mercredi, grièvement blessé par balles.

Avant d’être tués par les commandos français vendredi, les frères Chérif et Saïd Kouachi, responsables de la tuerie à Charlie Hebdo, ont affirmé agir au nom d’Al-Qaïda tandis qu’Amedy Coulibaly s’est revendiqué du groupe Etat islamique.

Pendant cinq jours, le président socialiste François Hollande, très impopulaire, a bénéficié d’une unité nationale inédite depuis son entrée en fonction en 2012.

Lundi, son principal challenger et prédécesseur Nicolas Sarkozy, patron du parti de droite UMP (opposition), a salué son action. « Il a fait ce qu’il devait faire », a-t-il dit sur la radio RTL.

Après les attentats, il y a un « devoir de lucidité et d’analyse » via « une commission d’experts parlementaire » ou « un groupe de travail bipartisan », a-t-il estimé. La création d’une commission parlementaire d’enquête a été approuvée par le gouvernement socialiste.

Les attaques contre la France ont suscité un mouvement de répprobation général dans le monde. A Paris dimanche, des manifestants agitaient des drapeaux français, mais aussi de Palestine, de Tunisie, d’Ukraine, du Liban, tout en débattant ou communiant dans l’émotion et la solidarité.

Dans le pays, de nombreuses villes de province ont également connu une mobilisation inédite, comme à Lyon (centre-est) où ont défilé 300.000 personnes, soit l’équivalent du quart de l’agglomération.

Des manifestations de soutien ont aussi eu lieu dans de nombreuses capitales d’Europe et d’Amérique, à Madrid, Londres, Bruxelles, Berlin, Washington, Montréal…