La France se prépare à une reprise de relations économiques importantes avec l’Iran, au cas où un accord nucléaire avec Téhéran étatit conclu dans un avenir proche, a rapporté l’agence Reuters lundi soir.

Environ 100 entreprises françaises envisageraient de participer à une délégation à Téhéran, en septembre, pour examiner les possibilités d’affaires dans la République islamique.

Dans le même temps, un diplomate français a déclaré à Reuters que le ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a prévu de visiter la capitale iranienne peu de temps après la signature d’un accord dans le but de normaliser les relations.

Les diplomates français ont rencontré des hommes d’affaires et leur ont dit qu’il n’y avait « pas de temps à perdre » dans la préparation des liens économiques renouvelés.

Selon l’agence Reuters, le commerce français avec l’Iran a totalisé plus de 3,4 milliards de dollars (3 milliards d’euros) en 2011, mais a été réduit à une fraction de ce montant (556 millions de dollars en 2013) depuis que des sanctions économiques sévères ont été imposées à Téhéran la même année.

« Tout le monde regarde l’Iran avec cupidité », a déclaré un haut fonctionnaire français. « C’est un marché important. »

Mais les responsables ont noté que la France resterait fortement investie auprès des ennemis géopolitiques de l’Iran dans la région – comme l’Arabie saoudite, l’Egypte et les Etats du Golfe. Les ventes militaires de Paris à ces pays ont dépassé 15 milliards de dollars (13 milliards d’euros) l’année écoulée.

« Il y avait une décision stratégique à prendre sur les pays qui pourraient faire face à l’Iran alors que cet Etat pousse ses pions dans la région », a déclaré un diplomate. « C’est l’Arabie saoudite et l’Egypte. C’est le choix que nous avons fait. »

Le ministre des Transports iranien, Abbas Ahmad Akhoundi, a récemment qualifié ainsi les contacts de son pays avec la France : une relation « d’amour et de haine ».

« Tôt ou tard, le conflit nucléaire sera résolu et la France doit se prononcer maintenant sur sa position », a-t-il déclaré lors d’une récente conférence à Paris. « Je suis certain que les hommes d’affaires feront preuve de plus de réalisme que les politiciens. »

Pendant ce temps les puissances mondiales et l’Iran sont prêts à dépasser la date butoir du mardi 30 juin pour parvenir à un accord complet sur le nucléaire. Des responsables suggèrent que les retours en arrière significatifs des négociateurs de Téhéran risquent de nécessiter plusieurs jours supplémentaires de discussions.

Le chef de la diplomatie iranienne, Mohammad Javad Zarif, doit revenir mardi à Vienne, après une journée de consultations à Téhéran qui pourraient donner le « la » des derniers jours de la négociation sur le nucléaire.

Une chose semble certaine dans ce feuilleton à rebondissements entamé il y a plus de 20 mois : la date butoir initialement fixée pour arracher un accord historique, ce mardi 30 juin, sera dépassée. Aucune autre limite n’a été fixée, même si une extension à long terme des négociations semble exclue.

Mais l’issue des discussions reste incertaine – « il est trop tôt pour porter un jugement », a prévenu lundi le secrétaire d’Etat américain John Kerry – et des points essentiels de la négociation n’ont toujours pas été tranchés.

Zarif, dont le retour à Téhéran dimanche soir après un week-end de consultations diplomatiques à Vienne, n’a pas été interprété par ses homologues des grandes puissances, retrouvera dans la capitale autrichienne son homologue américain John Kerry.

Ils seront rejoints dans la journée par le Russe Serguei Lavrov, avant l’arrivée dans la semaine des autres chefs de la diplomatie du P5+1 (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Russie, Chine, France et Allemagne). Les politiques sont maintenant appelés à « de difficiles décisions », selon la formule du chef de la diplomatie britannique, Philip Hammond, pour solder le contentieux.

L’Iran et les pays du P5+1 sont engagés depuis 20 mois dans des discussions intenses pour tenter de régler un dossier extrêmement complexe et technique, mais lourd de répercussions internationales.

Un accord cadre a été conclu dans la douleur début avril à Lausanne et les experts de toutes les parties travaillent depuis sans relâche pour finaliser les termes d’un texte définitif.

La communauté internationale veut s’assurer que le programme nucléaire iranien ait une vocation strictement civile et que Téhéran ne cherche pas à se doter de la bombe atomique, en échange d’une levée des sanctions internationales qui étranglent son économie.

Inspection des sites suspects iraniens

Lundi, John Kerry, seul ministre des Affaires étrangères resté à Vienne après un week-end de ballet diplomatique, a rencontré Yukiya Amano, le chef de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’organe de l’ONU qui jouera un rôle clé dans la vérification de la mise en oeuvre du futur et probable accord.

L’inspection des sites suspects iraniens par l’AIEA constitue un des points cruciaux de la négociation. L’agence a certes déjà accès aux sites nucléaires iraniens déclarés, mais voudrait avoir la possibilité d’élargir son périmètre d’inspections, y compris à des sites militaires.

Une demande à laquelle le Guide suprême iranien, Ali Khamenei, décisionnaire ultime sur le dossier nucléaire, s’est catégoriquement opposé à plusieurs reprises.

« L’idée n’est pas que nous devons avoir accès à tous les sites militaires, parce que les Etats-Unis eux-mêmes ne permettraient à personne d’avoir accès à tous leurs sites militaires », a reconnu lundi un haut responsable américain sous couvert de l’anonymat.

« Mais dans le contexte d’un accord, si l’AIEA pense qu’elle a une raison d’avoir accès (à certains sites, ndlr), il faut qu’un processus lui donne cette possibilité », a ajouté ce responsable, ajoutant que les grandes puissances avaient défini ce processus.

Reste à savoir si Téhéran l’acceptera.

D’autres questions clés restent à régler, comme la durée d’un accord. La communauté internationale veut brider le programme nucléaire iranien pendant au moins 10 ans, mais l’ayatollah Khamenei s’est élevé la semaine dernière contre une limitation trop longue dans le temps des capacités iraniennes.

La levée des sanctions constitue aussi un noeud de première importance, Téhéran souhaitant des mesures immédiates, quand le P5+1 veut une levée progressive et conditionnée.

Dimanche soir, la haute représentante de la diplomatie européenne, Federica Mogherini, a montré un optimisme prudent, assurant que toutes les parties faisaient preuve de « volonté politique » pour arracher un accord.

Le vice-ministre chinois des Affaires étrangères, Li Baodong, a déclaré de son côté qu’un accord pouvait être conclu d’ici à une semaine, selon l’agence de presse officielle Xinhua.

AFP a contribué à cet article