Les services responsables d’instruire les demandes d’asile en France iront au devant des réfugiés syriens, en menant des missions dans la région, notamment au Liban et en Jordanie, a-t-on appris lundi de sources concordantes.

Il s’agit d’une procédure très rare: le dernier déplacement à l’étranger de l’Office français de protection des réfugiés et apatrides (Ofpra) remonte au Kosovo en 1999, selon son directeur général Pascal Brice.

Depuis le début de la révolte contre le régime de Bachar al-Assad en mars 2011, la France a accueilli plus de 5.000 Syriens, dont 3 000 avec un statut de réfugié, tous arrivés par leurs propres moyens en France.

Ces chiffres restent très bas au regard des 2,4 millions de Syriens ayant fui leur pays, notamment en raison des difficultés d’accès au territoire français.

En octobre, le président français François Hollande s’était engagé à accueillir 500 Syriens identifiés comme « très vulnérables » par le Haut commissariat aux réfugiés (HCR) dans les camps autour de la Syrie.

« Les premières familles sont arrivées en janvier en provenance de Jordanie », a expliqué à l’AFP le préfet (représentant de l’Etat) Richard Didier, chargé de coordonner l’accueil des réfugiés syriens.

Ces familles disposaient déjà d’un statut de réfugiés octroyé par le HCR et sont arrivées dans le cadre d’un accord dit de « réinstallation ».

Une trentaine d’entre elles ont été accueillies dans des logements au Havre (nord-ouest), selon une porte-parole de l’entreprise Adoma qui gère ces logements.

Mais le HCR, débordé par l’afflux des réfugiés syriens, peine à octroyer lui-même le statut de réfugié (sa procédure impliquant trois entretiens). La France a donc accepté d’instruire elle-même les demandes d’asile de Syriens repérés comme « particulièrement vulnérables » par le HCR.

C’est dans ce cadre que l’Ofpra est amené à se rendre dans les pays frontaliers de la Syrie, où ses agents entendront les demandeurs d’asile selon les procédures habituellement utilisées en France, selon MM. Brice et Didier.

Des missions sont notamment prévues au Liban en avril puis en Jordanie, selon eux.

Les personnes retenues seront acheminées par l’Office des migrations internationales (OMI) jusqu’en France, où, en tant que réfugiées, elles auront un titre de séjour de dix ans, le droit de travailler, scolariser leurs enfants…

« Il y a des collectivités volontaires pour les accueillir, des grandes villes, des moyennes et des communes de zones rurales, même si en contexte préélectoral, ce n’est jamais simple », a souligné M. Didier.

Le HCR avait lancé l’an dernier un appel pour la réinstallation de 30 000 Syriens hors de la région. Outre les 500 places promises par la France, l’Allemagne s’était engagée à en recevoir 10 000.

L’ONU a demandé vendredi aux pays d’accroître leur participation à ce programme de réinstallation, expliquant être désormais à la recherche de 100 000 places supplémentaires.