NEW YORK (JTA) – Lorsque les directeurs de la Claims Conference, qui gère la compensation allemande pour les atrocités nazies menées à l’encontre des Juifs, vont se rassembler la semaine prochaine à New York pour la rencontre annuelle, la polémique pourrait bien encore être à l’ordre du jour.

Cette fois-ci, la raison de la polémique est une lettre envoyée au groupe le 29 juin par Shmuel Hollander, le médiateur indépendant que la Claims Conference a nommé il y a trois ans à la suite du scandale de fraude d’une valeur de 57 millions de dollars qui a ébranlé l’organisation et a conduit à de nombreuses arrestations et à des peines de prison.

Hollander a récemment été informé que son contrat ne serait pas renouvelé, et dans sa lettre, il accuse le président de la Claims Conference Julius Berman de l’avoir licencié dans une conversation téléphonique à cause du rapport qu’Hollander a supervisé il y a deux ans.

Le rapport fournit un compte-rendu de comment la Conference Claims a laissé passer en 2001 une opportunité de détecter le plan de fraude et a appelé à des changements dans la structure de l’organisation, l’administration et la gestion. (Après avoir été présenté, deux des quatre membres du comité de Claims Conference chargés de produire le rapport l’ont renié et ont démissionné).

Des représentants de la Claims Conference rencontrent des représentants  allemands au cours des négociations sur les réparations de la Shoah en Israël en 2013 (Crédit photo: Autorisation Claims Conference)

Des représentants de la Claims Conference rencontrent des représentants allemands au cours des négociations sur les réparations de la Shoah en Israël en 2013 (Crédit photo: Autorisation Claims Conference)

Dans sa lettre, Hollander accuse également le chef de Claims Conference, Greg Schneider, de faire de l’obstruction de son travail et explique que les chiffres complets de la fraude seraient « beaucoup plus importants » que 57 millions de dollars.

La fraude, découverte en 2009 par des officiels de Claims Conference qui ont alerté le FBI, impliquait des employés qui ont falsifié des applications pour le fonds Hardship.

Le fonds fournissait des paiements de l’Allemagne en une fois pour environ 3 360 dollars à ceux qui avaient fui les nazis alors qu’ils se déplaçaient en Allemagne, et l’article 2 du fonds, à travers lequel le gouvernement allemand donne des paiements de pensions mensuelles aux victimes des nazis dans le besoin.

La Conference Claims a pour charge d’obtenir des restitutions de l’Allemagne et de l’Autriche au nom des survivants de l’Holocauste, la restitution d’autres pays est gérée par l’Organisation de Restitution du Monde Juif.

Berman explique que la lettre d’Hollander contient des mensonges directs, comme le fait qu’il aurait été licencié le 3 juin par un appel téléphonique.

Berman explique que l’idée qu’Hollander aurait été licencié pour un rapport qu’il a produit il y a deux ans n’a pas de sens, puisqu’il a eu une extension de contrat de 18 mois, six mois après que le rapport a été rendu.

Au lieu de cela, a déclaré Berman au JTA, il est devenu clair dans les dernières semaines qu’Hollander devrait partir, en partie à cause de son irrationalité et de son incapacité apparente à travailler avec Schneider. La Conference Claims prévoit d’embaucher un nouveau médiateur pour remplacer Hollander, qui vit en Israël.

« Jusque-là, je ne le considèrais pas du tout comme un fou », a déclaré Berman. « Je suis surpris de la différence entre la façon dont il s’adresse à une personne en tête-à-tête et comment il s’exprime dans ses lettres. C’est comme si c’était une personne différente « .
 
Berman a confié que ses récentes interactions avec Hollander l’ont incité à décider de ne pas le rencontrer à moins qu’une tierce personne soit dans la pièce.

Hollander a affirmé à JTA que tout cela aurait pu être évité si Berman l’avait rencontré et que leurs chemins s’étaient séparés de façon respectueuse plutôt que d’avoir été congédié par téléphone.

« Je suis très offensé et blessé par la manière dont ils l’ont fait », a déclaré Hollander. « Séparons-nous comme des amis et décidons d’une date non dans trois semaines, mais donnez-moi un préavis de quelques mois. Faites-le d’une belle et bonne façon comme cela est censé être le cas. Ne m’appelez pas après une longue période que vous avez refusé de me parler ou de me rencontrer ».

A la question de savoir s’il se serait tu sur les autres allégations de comportement inapproprié détaillées dans sa lettre, si son licenciement avait été fait à l’amiable, Hollander a répondu qu’il aurait probablement informé le conseil d’administration à un certain point.

« Je pensais vraiment que les choses allaient changer. J’ai essayé de convaincre M. Schneider que je voulais vraiment travailler de façon professionnelle et coopérer avec l’organisation », a affirmé Hollander. « Tôt ou tard, si j’étais arrivé à la conclusion que tout cela est une cause perdue, bien sûr, j’aurais démissionné. »

Schneider a refusé d’aborder publiquement les accusations de Hollander concernant l’obstructionnisme sauf pour dire qu’elles étaient infondées.

Il a également rejeté l’allégation de Hollander que le montant de la fraude est beaucoup plus élevé que celui qui a précédemment été rapporté. « Depuis le procès de 2013, il n’y a eu aucune nouvelle découverte de fraude. Point final », a dit Schneider.

Tout cela menace d’éclipser les succès de la négociation de la Claims Conference face à l’Allemagne depuis deux ans, qui ont abouti à l’élargissement des critères d’admissibilité pour toutes sortes de programmes de rémunération et l’annonce de nouvelles années pour les paiements aux survivants.

En 2014, la Claims Conference a versé 760 millions de dollars, un montant record pour les quelque 200 000 rescapés vivant encore dans le monde, selon Schneider, et cette année, il prévoit des indemnités d’un montant de 900 millions de dollars.

En plus de l’augmentation des paiements, la Claims Conference a réussi à récupérer à ce jour 10 millions de dollars de personnes non éligibles qui avaient reçu des paiements frauduleux au cours des deux décennies de la fraude, a confié Schneider à JTA. Ce qui porte le montant total des dommages de la fraude à environ 47 millions de dollars.

Il est pratiquement impossible de déterminer un chiffre précis en dollars parce que les paiements frauduleux ont été effectués en devises étrangères, qui ont fluctué constamment par rapport à la monnaie américaine entre 1993 et ​​2009, soit la durée de la fraude.