La victoire de Nof Atamna-Ismaïl, une citoyenne arabe israélienne de 33 ans, à l’émission Master Chef samedi soir dernier, n’est que la première étape vers la réalisation de ses aspirations les plus profondes.

Depuis des années, cette mère de trois enfants, une microbiologiste en pleine essor titulaire d’un doctorat, cherche le moyen de combiner son amour pour la cuisine et sa passion pour la paix.

Son rêve : fonder une école où Juifs et Arabes peuvent cuisiner côte-à-côte et goûter ensemble à un avenir meilleur.

Originaire de la ville arabe israélienne de Baqa al-Gharbiyye, elle participe au concours Master Chef pour faire de ce rêve une réalité.

Mardi, harcelée par les demandes d’interviews, elle a tout de même accepté de partager avec les lecteurs du Times of Israel sa passion.

Times of Israel : Quel objectif visiez-vous en participant à ce concours ?

Nof Atamna-Ismaïl : Tous mes amis savent que j’aime cuisiner et que cela fait partie de moi. Quand j’arrive au laboratoire, la première chose que l’on me dit, c’est : qu’est-ce que tu nous as apporté aujourd’hui ?

Ils savent tous que la cuisine est ma passion dans la vie. Mais j’ai décidé de participer à l’émission avec pour objectif de fonder une école de cuisine judéo-arabe. Sur ma page Facebook, j’ai observé les interactions entre Juifs et Arabes.

Ils ont commencé à partager des recettes et à discuter les uns avec les autres. Et j’ai pensé, OK, nous allons faire quelque chose de plus grand.

J’ai tenté de contacter des hommes d’affaires pour voir s’ils étaient intéressés par un tel projet. Mais bien entendu, je n’étais qu’une anonyme. Généralement, ils ne répondaient pas. J’ai donc décidé d’utiliser une sorte de plate-forme pour faire de ce rêve une réalité. Et Master Chef était la plate-forme idéale. La compétition et la notoriété seraient peut-être le meilleur moyen de réaliser ce rêve.

Où avez-vous appris à cuisiner ?

J’ai commencé à observer ma grand-mère quand j’avais quatre ans. J’avais pour habitude de m’asseoir sur le comptoir de la cuisine et de l’observer de très près. J’ai appris d’elle toutes les bases de la cuisine arabe. Puis avec ma mère. Elle était beaucoup plus moderne.

Elle achetait tous ces livres de cuisine et j’ai commencé à les lire. Elle m’a ouvert les yeux à d’autres saveurs à travers ces livres. Et souvent, elle me les traduisait parce que mon hébreu n’était pas encore tout à fait bon.

Puis, j’ai mis ma personnalité dans ma cuisine. Je suis audacieuse, je ne m’inquiète pas, je fais les choses et j’ai le courage de jouer avec la nourriture. Je n’ai pas peur du changement.

Vous avez remporté Master Chef, une émission de cuisine israélienne, en concoctant une cuisine arabe avec une touche de modernisme. Ne craigniez-vous pas que votre stratégie soit risquée ?

Bien entendu. Quand vous vous attaquez à une cuisine aussi ancienne, forte, solide et que vous lui apportez des modifications, vous craignez toujours que le plat perde de son identité. Mais je pensais devoir le faire. Je ne suis pas une personne qui copie. Quand je sers un plat, j’y mets de ma personnalité. A chaque fois que j’ai servi un plat, je me suis dit OK, soit je vais être éliminée, soit ils me diront c’est génial.

Avez-vous craint de subir une discrimination du fait d’appartenir à une
minorité ?

C’est une compétition très juste. Si je ne savais pas cuisiner, j’aurais été évincée dès le départ. Il s’agit d’une émission culinaire et les juges doivent goûter et juger les plats proposés. Ils vous donnent l’opportunité de faire vos preuves et si vous êtes doué, vous pouvez gagner. C’est une compétition très juste.

Dans ces émissions, ils vous accordent une chance. Ce n’est pas comme dans d’autres situations [en Israël], comme un entretien d’embauche, où si vous dites que vous êtes arabe, ils ne vous convoquent même pas à un entretien.

Après votre victoire, vous pouvez désormais entreprendre des démarches pour votre école de cuisine. A quoi ressemblera-t-elle ?

J’ai toujours été convaincue, à l’instar de mon mari et de ma famille, que la seule façon d’offrir un avenir meilleur pour nos enfants dans ce pays est de leur apprendre à vivre ensemble. Et je me suis inspirée de l’école de mon fils pour imaginer la mienne [l’Ecole Hand in Hand où enfants juifs et arabes étudient ensemble dans des classes bilingues].

Ce modèle m’a toujours beaucoup inspirée. Lors des célébrations, les parents viennent, apportent leur nourriture, et échangent des recettes. Je pensais que c’était une très bonne idée de reproduire ce modèle dans une école de cuisine.

Je souhaite que l’école se situe dans une zone mixte, et enseigner différentes cuisines. Les gens pourront partager leur curiosité pour l’apprentissage et pour la nourriture. Ils se réuniront et travailleront en binôme. Ils pourront ainsi créer des liens d’amitié.

C’est un fait scientifique que la nourriture rend joyeux. Il y aura par conséquent une bonne ambiance là-bas. Un lieu idéal pour créer des amitiés.

Quelles sont vos projets désormais ? De vous consacrer à temps plein à la cuisine, ou de poursuivre votre carrière de microbiologiste ?

Je souhaiterais vraiment pouvoir mener de front ma carrière scientifique et ma carrière culinaire. Et en tant que femme, je serais en mesure de le faire. Nous le faisons dans notre quotidien.

J’ai vraiment envie de donner à la communauté dans laquelle je vis, à mon pays, et de nouer des amitiés entre Juifs et Arabes.