Genève – Les discussions continuent jeudi entre représentants de l’opposition et ceux du gouvernement syrien sous l’égide du médiateur de l’ONU Lakhdar Brahimi, qui a estimé que la glace était en train de se rompre entre ses interlocuteurs.

L’opposition syrienne a évoqué un « pas en avant », mais M. Brahimi a averti qu’il ne fallait pas s’attendre à un résultat d’ici le 31 janvier, date à laquelle s’achève ce premier round de pourparlers.

« Pour parler franchement, je ne m’attends pas à réussir quoi que ce soit de substantiel. J’espère que la deuxième session sera plus structurée et plus productive que la première », a déclaré mercredi M. Brahimi.

« Je ne suis pas déçu, je n’attendais pas un résultat, mais que nous nous parlions […] je suis satisfait que nous continuions à discuter, que la glace soit en train de se briser », a souligné le diplomate octogénaire.

Le porte-parole de la Coalition nationale de l'opposition syrienne, Louay Safi, fait une déclaration à la presse, le 29 janvier 2014 à Genève (Crédit : AFP/Fabrice Coffrini)

Le porte-parole de la Coalition nationale de l’opposition syrienne, Louay Safi, fait une déclaration à la presse, le 29 janvier 2014 à Genève (Crédit : AFP/Fabrice Coffrini)

La session actuelle, doit s’achever vendredi avec la fixation de la date des pourparlers suivants, probablement une semaine plus tard.

Le régime et l’opposition se rencontrent pour la première depuis le début de la guerre il y a près de trois ans et qui continue de faire rage en Syrie.

Le 29 janvier, 13 personnes ont été tuées par l’aviation du régime qui a lâché des barils d’explosifs sur des secteurs rebelles d’Alep, dans le nord.

En outre, l’armée turque a ouvert le feu le 28 janvier dans le nord de la Syrie sur un convoi de véhicules appartenant à l’État islamique en Irak et au Levant (EIIL), un groupe jihadiste proche d’al-Qaïda, a annoncé mercredi soir l’état-major turc.

En Suisse, l’opposition a indiqué que le régime avait « finalement accepté de parler dans le cadre » de Genève I, document signé en juin 2012 par les grandes puissances et qui prévoit une autorité gouvernementale de transition en Syrie.

« Je pense que nous avons accompli quelques progrès aujourd’hui en mettant les négociations dans la bonne voie », a estimé un membre de la délégation  de l’opposition, Louai Safi.

Bouthaina Chaabane, conseillère politique et médiatique du président Bachar al-Assad, à Genève le 29 janvier 2014 (Crédit : AFP/Fabrice Coffrini)

Bouthaina Chaabane, conseillère politique et médiatique du président Bachar al-Assad, à Genève le 29 janvier 2014 (Crédit : AFP/Fabrice Coffrini)

« Mais il y a encore un grand écart entre nous et le régime sur ce dont nous devons parler d’abord », a-t-il ajouté.

L’opposition veut en effet se concentrer d’abord sur la mise en place de l’autorité gouvernementale de transition, comme le prévoit la résolution 2118 du Conseil de sécurité endossant le communiqué de Genève I, cette autorité ayant la charge de rétablir la paix.

La délégation du régime a confirmé que les discussions « positives aujourd’hui » ont porté sur l’accord dit, de Genève I.

Mais pour elle, les pourparlers se sont concentrés sur la fin de la violence en Syrie et la lutte contre le « terrorisme », la seule priorité affichée du régime depuis le début des discussions. Damas assimile les rebelles à des « terroristes » financés par l’étranger.

Pour Bouthaina Chaabane, conseillère politique du président Bachar al-Assad, « la seule différence entre nous et eux, et elle est de taille, c’est que nous voulons discuter de Genève I point par point en commençant par le premier point », qui porte sur l’arrêt de la violence.

Le régime de Damas n’a jamais reconnu la contestation dans le pays, au départ pacifique avant de se transformer, sous la répression, en une guerre sanglante qui a fait plus de 130.000 morts depuis mars 2011.

Quant aux mesures destinées à établir un climat de confiance entre les parties, notamment l’envoi d’un convoi d’aide pour la population assiégée par l’armée dans les quartiers rebelles de Homs (centre), rien n’a avancé depuis le début de la semaine. Les discussions continuent, a simplement indiqué M. Brahimi. La fourniture d’une aide est bloquée par l’absence de feu vert des autorités aux organisations humanitaires.

Des habitants devant un immeuble touché par une attaque aérienne de l'armée syrienne, le 29 janvier 2014 à Alep (Crédit : AFP/Mohammed Al-Khatieb)

Des habitants devant un immeuble touché par une attaque aérienne de l’armée syrienne, le 29 janvier 2014 à Alep (Crédit : AFP/Mohammed Al-Khatieb)

En coulisses, les co-parrains de la réunion, la Russie et les États-Unis, appuyés en parallèle par la France et un groupe de pays « amis de la Syrie », essayent de faire avancer le processus.

Dans un entretien avec la RTS, la télévision suisse, Mme Chaabane a accusé la France d’avoir « vendu sa position à l’Arabie Saoudite », un des principaux soutiens aux rebelles, contre de substantiels contrats commerciaux.

« Quand le président (François) Hollande s' »est rendu le mois dernier en Arabie Saoudite, il a dit qu’ils ont signé des contrats (…) et après cela le gouvernement français a pris des positions beaucoup plus dures contre le gouvernement syrien, a soutenu des terroristes qui sont armés, financés et encouragés par l’Arabie Saoudite », a affirmé la conseillère du président.

Par ailleurs la Syrie n’a évacué de son territoire que moins de 5% de son arsenal chimique le plus dangereux, a-t-on appris mercredi de sources proches de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC), assurant que Damas serait sommé de procéder plus rapidement.

Seuls deux chargements d’agents chimiques ont quitté la Syrie, les 7 et 27 janvier, via le port de Lattaquié pour être détruits en mer.