Les médias internationaux anglophones ont beaucoup de choses à dire jeudi sur la flambée de la violence entre Israël et les Palestiniens.

Trois jours après le début de l’opération Bordure protectrice, les commentateurs des deux parties ont fait couler beaucoup d’encre dans la mer grandissante des opinions sur la validité de la campagne d’Israël pour se défendre, la perspective d’une invasion terrestre et le nombre croissant des victimes des frappes aériennes israéliennes sur la bande de Gaza.

Généralement, il y a plus d’empathie pour Israël du côté de la presse américaine et beaucoup plus de critiques acerbes du côté de la presse britannique.

La « Confrontation à Gaza » n’a pas fait la une du New York Times. L’article a été relégué aux pages internationales à cause du problème des enfants d’Amérique centrale à la frontière mexicaine. Mais le conflit a été largement commenté dans la section internationale.

Le papier soutient dans son article principal qu’Israël ne bénéficie pas du soutien international qu’il avait en 2008 lors de l’opération Plomb durci, la première campagne israélienne contre le Hamas dans la bande de Gaza. Il précise qu’« on pense que Netanyahu est réticent à ordonner une opération militaire de grande envergure sur Gaza car cela pourrait être sanglant pour les deux parties ».

Selon le New York Times, l’administration d’Obama a mis en garde le Premier ministre Benjamin Netanyahu au téléphone et lui a affirmé que
« Les Etats-Unis vont essayer d’aider Israël à atteindre son objectif pour arrêter les tirs de roquettes du Hamas sans une attaque terrestre ».

La section éditoriale du journal incluait une sélection de sept lettres à l’éditeur sur la violence qui fait rage entre Israël et la bande de Gaza ainsi qu’une opinion d’un journaliste palestinien qui vit à Jérusalem dont le titre est : « la peur d’une mère à Jérusalem Est ».

Les commentaires des lecteurs allaient des habituels commentaires pour défendre le droit souverain d’Israël d’exercer des représailles contre les hostilités (« Est-ce que les Etats-Unis auraient eu une réponse différente si des terroristes tiraient une centaines de roquettes sur ses villes ? » aux critiques du blocus d’Israël sur la bande de Gaza qui dure depuis sept ans (« Les Etats-Unis peuvent aider à mettre fin à la violence entre les Israéliens et les Palestiniens en faisant pression pour une cessez-le-feu immédiat et la fin du blocus ») et à des appels au militantisme de base des familles endeuillées (« ce n’était pas facile en Irlande ; ce ne sera pas facile en Israël et en Palestine. »)

Dans le Wall Street Journal (WSJ), une carte colorée sur la portée des roquettes du Hamas (fournie par le ministère des Affaires étrangères israélien et l’armée israélienne) a été placée à côté d’une photo d’Israéliens qui se réfugient derrière des voitures le long de l’autoroute au cours d’une attaque de roquettes.

La première page est indéniablement pro-israélienne. Elle met un accent important sur « les roquettes nouvellement acquises [par le Hamas qui] mettent environ les deux tiers des huit millions d’habitants d’Israël dans la ligne de mire de la bande de Gaza ». Il n’y avait aucune mention dans les sept premiers paragraphes du nombre croissant de morts dans la bande de Gaza ou des victimes palestiniennes de la campagne aérienne israélienne.

Le WSJ a également fait mention de la possibilité imminente d’une attaque terrestre israélienne dans la bande de Gaza. Les nouvelles roquettes de longue portée du Hamas « pourraient forcer Israël de passer des attaques aériennes à une offensive terrestre », a indiqué le journal, en citant des analystes israéliens.

Le papier souligne également la pratique israélienne de donner un « coup sur le toit » d’une maison ciblée avant de la bombarder, donnant une chance aux habitants de quitter le bâtiment. Il a présenté les tactiques des deux côtés pour larguer un missile anti-explosion sur un bâtiment.

Il cite, d’une part, des responsables de l’armée qui explique que les avertissements servent à éviter la mort de civils mais d’autre part il cite des groupes de défense des droits de l’homme qui condamnent ces actions qu’il considère comme un moyen pour l’armée israélienne « pour nettoyer sous forme de punition collective qui blesse les non-combattants et viole le droit international ».

Il n’y avait pas dans les pages éditoriales du WSJ de commentaire concernant la flambée de la violence entre Israël et les Palestiniens, mais a inclus les pensées du rédacteur en chef du Times of Israel, David Horovitz, sur la question dans sa sélection « Notable & Qotable ».

Au-delà des mers, à Londres, la couverture principale du Times met l’accent sur le nombre de civils palestiniens morts, qui « a continué à augmenter » et la « montée de la pression internationale sur les dirigeants israéliens de ne pas se risquer dans une offensive au sol potentiellement dévastatrice ». Le papier fait également allusion à une certaine réticence du gouvernement israélien de donner suite à sa déclaration selon laquelle il ferait payer un lourd tribut au Hamas.

« Le soutien national pour une offensive terrestre est forte, avec les sentiments encore très exacerbés après les meurtres des trois étudiants religieux en Cisjordanie », décrit le journal. « La nécessité de répondre à cette atrocité a peut-être contribué à alimenter la rhétorique politique sur une offensives foudroyante dans la bande de Gaza sans aucune volonté claire sur le fait d’en entreprendre une ».

The Guardian, en Grande-Bretagne, met en vedette une opinion de Mustafa Barghouti, chef de l’Initiative nationale palestinienne, dans laquelle il se désespère sur le fait que le monde se trouve à nouveau au milieu d’une « campagne de punition collective contre les citoyens palestiniens dans les territoires occupés ». Il appelle à une intervention internationale pour contenir l’armée israélienne et exhorte les dirigeants du monde à arrêter l’escalade de la violence et « d’empêcher la boucherie ».

Il explique que l’asymétrie du conflit est la racine de sa violence mais ne fait que brièvement référence aux attaques incessantes de roquettes contre les citoyens israéliens.

« Le fait est que l’occupation militaire illégale et est en place depuis 47 ans », analyse-t-il. « C’est cela qui a transformé la vie des Palestiniens et les a plongé dans un système oppressif d’apartheid. Si on ne change pas ça, rien d’autre ne changera ».

Un des commentaires les plus populaires du papier (au moment de la rédaction de cet article) ont comparé le conflit actuel entre Israël et la bande de Gaza avec « Mike Tyson frappant un enfant en bas âge » et a décrié la couverture de la BBC du conflit de trois jours.

« La couverture médiatique ne reflète guère la réalité », écrit Owen Jones. « Une superpuissance militaire armé d’avions de combat F-15, d’hélicoptères Apache AH-64, des missiles Delilah, des drones IAI Heron-1 et des missiles Jéricho II (et aussi par ailleurs des bombes nucléaires), contre ce que [le Premier ministre britannique] David Cameron décrit comme un « ‘camp de prisonniers’ tirant des missiles presque inefficaces ».

Il n’y pas de pièces d’opinion mis en avant sur le site Internet du journal britannique qui se situe à l’autre bout du spectre.

Le journal canadien Globe and Mail a publié des éditoriaux de l’envoyé israélien au Canada et un professeur palestinien enseignant à l’Université de Toronto. L’ambassadeur Rafael Barak défend les actions d’Israël contre la bande de Gaza, expliquant aux lecteurs que « pendant les trois semaines de terreur incessante des tirs de roquettes, Israël a fait preuve de beaucoup de retenue mais nous ne pouvons pas compromettre notre sécurité ».

« Notre réponse est mesurée et notre objectif est de rétablir le calme sans action militaire de grande envergure. Contrairement aux méthodes du Hamas qui tirent sur nos civils et se cachent derrière leurs civils, les forces de défense israéliennes utilisent un ciblage minutieux pour éroder l’infrastructure de la terreur. Nous continuons également à garder les points de passage vers Gaza ouverts alors même que le Hamas vise ces sites », écrit-il.

Le Dr Izzeldin Abuelaish, qui enseigne la santé mondiale à l’Université de Toronto, utilise sa connaissance en médecine et du traitement des patients pour comparer la haine à une maladie, parlant en particulier du conflit israélo-palestinien.

« Beaucoup d’Israéliens et de Palestiniens souffrent de la haine. Ils commettent des actes de violence et d’atrocité extrême l’un à l’autre », décrit-il. Pour lui, le cœur du problème pour les Palestiniens est « l’occupation de leurs terres, les violations, le harcèlement, et la privation de droits de l’homme ».

« Les traitements par pansement prescrits par la plupart des médecins sont des bombes et plus de privations», dit-il de la communauté internationale et des efforts d’Israël pour lutter contre la violence palestinienne. « Ces traitements pourraient arrêter la violence momentanément, mais elle reviendra au double ou au triple car la maladie n’a pas été traitée ».

« Une chose que nous pouvons prescrire est la cessation de la violence plus grande qui vient de l’occupation et des bombardements», analyse Abuelaish. « Cela va également arrêter une partie de la haine et de la violence réciproque, et contenir la haine des deux côtés ».