« Nous ne nous arrêterons pas, pas avant que le dernier tunnel ne soit détruit ».
« La guerre contre le terrorisme n’a pas de date de fin. La formule ‘le calme pour le calme’ n’est plus au programme ».
« Nous nous soucions plus des enfants de Gaza qu’eux ne le font. »

Ces mots, entendus à plusieurs reprises depuis le début de l’opération Bordure protectrice le 8 juillet, n’ont pas été prononcés par le Premier ministre Benjamin Netanyahu du parti de droite le Likoud, mais par le plus puissant centriste d’Israël, et, en termes parlementaires, la plus puissante colombe, le ministre des Finances Yair Lapid.

Lapid avait promis de quitter la coalition actuelle si les négociations de paix avec les Palestiniens étaient abandonnées (il est resté après qu’elles aient échouées, mais a expliqué que l’Autorité palestinienne, et non pas Netanyahu, était responsable de leur échec. Il demande leur reprise). Pourtant, au cours du dernier mois, il a été l’un des porte-parole du gouvernement les plus clairs en faveur de la prolongation de l’opération à Gaza, juste après, peut-être, la plus douce colombe de la coalition, la ministre de la Justice Tzipi Livni.

« Il est l’heure de nous unir et de comprendre que nous devons combattre la terreur. C’est une guerre difficile, mais nécessaire », a-t-elle déclaré le 20 juillet.

Et le 27 juillet : « Je visite [nos soldats blessés], j’essaie de les réconforter et leur promets que la mort [de leurs camarades] n’était pas vaine, que l’armée continuera [la guerre à Gaza] jusqu’à ce que les objectifs soit atteints et l’opération soit terminée, jusqu’à ce qu’une sécurité et un calme à long terme soient atteints. C’est la toute petite vérité que j’ai à leur offrir ».

Aucune décision sur le rythme actuel des opérations, la décision de lancer l’opération aérienne le 8 juillet, la décision de lancer les troupes au sol le 17 juillet, l’acceptation de trois trêves, et le rejet agacé d’un dernier projet américain de cessez-le-feu, aucune de ces décisions n’a été prise par le Premier ministre Benjamin Netanyahu seul.

Toutes ont fait l’objet d’un débat et d’un vote au cabinet de sécurité, et les colombes centristes Lapid et Livni ont été tout aussi fervents que n’importe quel « faucon » de la coalition à voir cette guerre continuer. Elle doit continuer au moins, jusqu’à, comme ils l’ont défini, le Hamas ait reçu un coup fort l’empêchant de se rétablir.

Mardi, un présentateur de BBC World a demandé à son journaliste lors d’une émission en direct où le « camp de la paix » israélien était parti, pourquoi les manifestations qui attiraient à une époque des centaines de milliers de personnes en soutien de la paix et de l’indépendance palestinienne n’attirent maintenant peut-être qu’un pour cent de ce nombre, même si des enfants meurent à Gaza.

La réponse est que la majorité de la gauche, et même beaucoup à l’extrême gauche, soutient avidement et avec sincérité l’opération à Gaza, parfois plus ardemment que la droite.

Une enquête menée par l’Institut de Démocratie Israël, plutôt de gauche, a montré que presque tous les Israéliens juifs, 96 %, 92 % et 97 % dans trois sondages de juillet qui participaient à l’étude, croient que l’opération de Gaza est juste. Des chiffres si hauts prennent en compte les activistes de paix, une majorité d’électeurs de Meretz et la plupart du reste de la gauche.

Les colombes de guerre

Les huit membres du cabinet de sécurité d’Israël proviennent de cinq partis de la coalition : du Likoud, Netanyahu, le ministre de la Défense Moshe Yaalon et le ministre des communications Gilad Erdan, d’Israël Beitenu, le ministre des Affaires étrangères Avidgor Liberman et du ministre de la Sécurité publique Itzhak Aharonovitch, de Yesh Atid, le ministre des Finances Lapid, et de Foyer juif, le ministre de l’Economie Naftali Bennett et d’Hatnua, Livni.

Huit personnes, chacune avec un vote pour savoir si Israël devait étendre la guerre ou chercher un cessez-le-feu, si l’infanterie devait s’investir plus dans la ville de Gaza à la poursuite des dirigeants du Hamas dans les bunkers ou rester dans les environs avec un mission plus limitée de neutraliser les tunnels qui vont jusque dans Israël.

Et les membres du cabinet du comité n’ont pas eu peur d’exprimer leurs opinions publiquement.

Le 7 juillet, Liberman a annoncé avec colère avoir rompu l’alliance entre le Likoud et Israël Beytenu à la Knesset après le refus de Netanyahu d’aller en guerre contre Gaza, un jour avant que Netanyahu, avec le soutien unanime du cabinet de sécurité, ne le fasse. C’était un moment de pseudo gloire politique qui s’est probablement retournée contre Liberman. Celui-ci s’est battu dans le sondages depuis que son parti s’est uni avec le Likoud aux élections à la Knesset de 2013 et les électeurs ont trouvé cela difficile de distinguer les deux partis.

Bennett, lui aussi, a appelé à une réponse agressive d’Israël. « Le Hamas peut être vaincu et désarmé de ses roquettes et tunnels, a-t-il déclaré dimanche. « [Le dirigeant du Hezbollah Hassan] Nasrallah observe. [Le groupe islamiste] Da’ash observe. L’Iran observe. Le monde arabe observe. L’Europe et les Etats-Unis observent. Le peuple d’Israël observe. Tout le monde attend de voit si Israël possède le courage de battre le Hamas une bonne fois pour toutes ».

Ces sentiments, les accusations de Liberman et les promesses de Bennett qu’une victoire triomphante est plausible, sont prévisibles. Ils correspondent aux bases idéologiques et rhétoriques de leurs partis.

La position de Livni et Lapid, les deux politiciens les plus expérimentés qui perçoivent toujours leur futur politique comme étant au moins partiellement dépendant de le viabilité d’une solution à deux Etats, offre une vision sur la façon dont cette guerre est perçue au sein d’Israël et dans les tendances plus profondes de la vie politique israélienne.

Pour ces deux centristes de la coalition, la guerre à Gaza n’est pas seulement au sujet du Hamas à Gaza, mais aussi, au sujet d’Abbas à Ramallah.

Contrairement à Bennett ou à Liberman, Livni a articulé l’objectif de cette guerre comme faisant partie d’un long processus d’affaiblissement des tendances contre la paix du côté palestinien. Elle croit que ce processus doit être accompagné d’un engagement plus fort d’Israël avec ceux parmi les Palestiniens qui rejettent la stratégie du Hamas de la confrontation permanente.

« Tandis que les soldats israéliens combattent, il est important de dire que la fin de l’opération ne renforcera pas les terroristes extrémistes. Le Hamas n’aura pas ce qu’il veut, pas grâce à des moyens militaires et pas grâce à aucune sorte de pression, pas à nos dépens et non aux dépens de ceux qui rejettent la terreur et veulent vivre ici parmi nous », a expliqué Livni dans une déclaration du 24 juillet.

Le milieu flexible

Le plus important parti politique en Israël, au moins lorsqu’il s’agit de la question palestinienne, n’est pas un parti du tout. C’est ce que les analystes locaux appellent le « vote flottant », les Israéliens qui soutiennent ardemment la paix lorsqu’elle semble possible, mais se préparent fermement à la guerre lorsque l’ennemi semble implacable.

Les sondages ont montré que près de la moité des électeurs du parti orthodoxe nationaliste de Bennett Foyer juif, un parti dont l’identité politique de base se situe dans le rejet d’un état palestinien en Cisjordanie, expliquent qu’ils soutiennent en principe précisément la création d’un état palestinien dans une grande partie de la Cisjordanie, dans la mesure où la sécurité d’Israël peut être assurée.

Pendant ce temps là, lors du dernier conflit à Gaza, en novembre 2012, le parti d’extrême gauche Meretz a ouvertement soutenu Netanyahu dans le combat aérien contre le Hamas, tandis qu’un des soldats blessés à Gaza a fait les gros titres la semaine dernière parce qu’il était le petit fils de l’ancien chef de Meretz, Haim Oron. Meretz a montré être composé de colombes dévouées qui ne reculent pourtant pas devant ce qu’ils considèrent être une guerre nécessaire. (Il faut noter que la dirigeante actuelle de Meretz Zahava Gal-on s’oppose à la dernier opération, mais la plupart de son électorat non.)

Le milieu flexible comprend maintenant une majorité de l’électorat israélien, de la moitié de droite du parti de gauche Meretz à la moitié de gauche du parti de droite Foyer juif, et y compris la plupart des Israéliens ultra-orthodoxes. En terme de chiffres, c’est au moins 92 des 120 députés de la Knesset.

Pour Lapid et Livni, dont les partis sont l’incarnation de ce vaste et ambiguë centre politique, c’est ici qu’une bataille pour la paix au sein d’Israël peut être gagnée, seulement ici. Les électeurs indécis, a écrit Lapid, ne sont pas impressionnés par les résolutions des Nations unies ou les protestations dans la capitales européennes. On ne peut pas leur faire pression pour se retirer de la Cisjordanie s’ils croient que le résultat serait une guerre, des roquettes et des tunnels plein de terroristes cherchant à attaquer leurs maisons. Le nombre de boycotts, d’assurances américaines, d’émeutes en Europe ne peuvent surmonter leur résistance lorsqu’ils croient que leur sécurité n’est pas assurée.

Pourtant, c’est dans cette majorité des électeurs israéliens juifs, aussi, où les idéologies et les messies vont mourir. Ces électeurs rejettent des analyses trop simplistes ou les crédos d’une opposition droite-gauche dans la politique israélienne. On peut les convaincre.

De la perspective des colombes du cabinet, la campagne militaire contre le Hamas est une nécessité urgente, un pré-requis pour la paix.

Cette logique n’est pas nouvelle. En 2005, avant le désengagement de Gaza d’août, Shaul Mofaz, alors ministre de la Défense, avait assuré aux Israéliens qu’aussitôt qu’Israël se serait retiré de Gaza, « une roquette entraînera une terrible réponse israélienne ». La volonté de combattre signifiait que les risques d’un retrait étaient tolérables. (Les critiques ont noté depuis lors que de centaines de roquettes doivent d’abord tomber avant que les réponses d’Israël ne soient considérées politiquement satisfaisantes).

Au début de la Deuxième guerre du Liban à l’été 2006, le Premier ministre de l’époque Ehud Olmert, qui s’est présenté et avait remporté l’élection sur le programme d’un retrait de la Cisjordanie, avait annoncé que la guerre du Liban laisserait Israël dans une position meilleure pour envisager un retrait de la Cisjordanie. Le conflit démontrerait la capacité d’Israël d’écraser un ennemi qui a attaqué Israël depuis des territoires (dans ce cas, le Sud-Liban) d’où Israël s’était retiré. Si les choses tournent mal en Cisjordanie, Israël pourra se défendre.

Lorsque la colombe Olmert en avait fini avec le Hezbollah, avant, certainement que son électorat le voulait, pas un seul pont n’a été laissé intact dans tout le Liban. Et malgré toutes les critiques sur la conduite de cette guerre, huit années se sont écoulées sans le moindre conflit dans la frontière au nord d’Israël.

Cette logique sert maintenant à définir la réaction de la gauche à des ennemis comme le Hamas ou le Hezbollah : plus l’on veut que les Israéliens croient dans une paix future, plus les ennemis de la paix ne doivent disposer d’aucun quartier. Il n’y a pas d’autre moyen d’ouvrir la fenêtre dans la politique israélienne interne qui permettrait de signer un futur accord de paix incluant un retrait israélien.

Alors, quand le secrétaire d’Etat américain John Kerry la semaine dernière semblait disposé à sauver le Hamas de la défaite ignominieuse d’une proposition égyptienne de cessez-le-feu, la réponse du cabinet israélien a été unanime. On a dit que Lapid et Livni était plus horrifiés par la tentative américaine de donner plus de souplesse au blocus israélo-égyptien de Gaza que les membres du cabinet à leur droite.

Netanyahu, le front et le centre

Tant que le Likoud et Israël Beitenu formaient une liste commune dirigée par Natanyahu, le Premier ministre disposait d’une majorité de cinq des huit membres au cabinet de sécurité : lui-même, Yaalon, Liberman, Aharonovitch et Erdan. Avec la rupture de ce lien, le groupe de Netanyahu est réduit à trois voix.

Son contrôle du cabinet ne semble pas être affaibli. Livni et Lapid se sont tranquillement infiltrés dans la brèche. Tandis que Bennett préconise de renverser le Hamas (« La mission n’est pas les tunnels, mais la victoire. Seulement une victoire sur le Hamas évitera une nouvelle guerre et des nouvelles victimes », a déclaré avec énervement Bennett dans une attaque directe contre Netanyahu mardi alors que les négociations pour un cessez-le-feu prenaient de l’ampleur), et tandis que Liberman exige une campagne plus en profondeur, les deux centristes ont soutenu la position du Premier ministre pour une escalade plus lente et plus restreinte.

Cette nouvelle coalition dans la cabinet de sécurité est stable. Netanyahu n’a jamais été à l’aise avec une expansion de l’opération militaire indéfiniment, même s’il est déterminé à empêcher le Hamas d’obtenir une victoire symbolique. Il veut en finir avec les combats dès qu’il pourra garantir cette dernière condition. Livni et Lapid sont tout autant déterminés à maintenir la pression économique et militaire sur le Hamas, mais seulement jusqu’à ce qu’ils trouvent un moyen de la transformer dans le sens du véritable but de cette guerre : une victoire pour l’Autorité palestinienne.

On doit montrer, à la fois aux Palestiniens et aux Israéliens (et dans une mesure plus distante, à la communauté internationale) qu’à Abbas, croient-ils, est le seul dirigeant palestinien viable qui puisse apporter la paix et la prospérité à un futur Etat palestinien. Cela signifie écraser le Hamas, ou du moins l’affaiblir assez pour renforcer la position d’Abbas. Cela implique également de donner à Abbas le butin de la victoire, comme le contrôle des frontières et des finances de Gaza.

L’axe Netanyahu-Livni et Lapid dans le cabinet de sécurité n’a été plus transigeant dans son assaut militaire sur le Hamas que l’ancien bloc Netanyahu Liberman ne l’aurait été. Il peut être plus agressif puisqu’il a plus à perdre de voir le Hamas rester la force dirigeante de la politique palestinienne.

Pourtant, quand les combats approcheront à leur terme et que la bataille pour le cessez-le-feu commencera, la ligne de fracture entre les colombes et les faucons deviendra nette et inévitable, chacun manoeuvrant avec un objectif très différent. Netanyahu peut rapidement se retrouver devant une coalition d’unité nationale disparue. Il devra alors faire des choix difficiles, dont chacun mettra en colère et éloignera des partenaires clés de la coalition.