Le cessez-le-feu humanitaire à Gaza qui a duré jusqu’à 15 heures s’est achevé brusquement. Les deux parties ont à nouveau ouvert les hostilités. Le Hamas a tiré des roquettes sur tout Israël, Israël a essayé de frapper l’infrastructure de l’organisation en touchant des civils palestiniens lors de cette opération. Ensuite, dans la nuit de jeudi, l’offensive terrestre a commencé. Il s’agit de la deuxième partie de l’opération Bordure protectrice, comme l’explique le porte-parole de l’armée.

Une délégation israélienne était retournée du Caire jeudi matin, et a essayé sans succès d’obtenir un cessez-le feu. Selon les informations des médias égyptiens, les délégations de deux camps sont restées dans le même hôtel au Caire tandis que les médiateurs égyptiens faisaient l’aller-retour pour s’efforcer de conclure une trêve.

Les exigences du Hamas aux pourparlers du Caire permettent de comprendre clairement pourquoi l’organisation est entrée en guerre. Le Hamas, semble-t-il, a initié une escalade avec Israël alors que son objectif principal était l’Egypte. Le Hamas envoie peut-être ses missiles sur Tel Aviv et Jérusalem, mais Israël est en fin de compte l’otage dans l’effort des islamistes pour se rapprocher du Caire.

Le Hamas souhaite en effet mettre un terme au blocus de Gaza, rouvrir le point de passage de Rafah et assurer ainsi sa propre survie.

Mardi matin, nombreux étaient ceux en Israël qui se sont étonnés du rejet du Hamas du cessez-le-feu égyptien. Pourtant, en analysant la crise du point de vue des relations entre l’Egypte et le Hamas, on peut voir les choses sous un angle différent.

Le Caire a proposé à l’organisation ce qu’elle refusait dès le départ : le calme pour le calme. Néanmoins, pour le Hamas, le vrai problème se trouvait dans la présentation du cessez-le-feu égyptien. Lorsque Razi Hamid, le représentant du Hamas à Gaza, a reçu le document égyptien, l’initiative était déjà diffusée dans les médias égyptiens.

Cela a été une humiliation pour le Hamas puisque personne n’a pensé à consulter ses dirigeants. Pourtant, comme l’admet un haut responsable du Hamas, il n’y a pas d’autre médiateur dans la région. Comme des agents immobiliers qui ont le monopole dans une certaine région, l’Egypte a le monopole des relations entre l’Egypte et le Hamas.

Même si le Caire n’a pas de patience pour le groupe palestinien, même s’il le traite comme un ennemi en raison de ses liens forts avec les Frères musulmans en Egypte et veut l’humilier, la propre stature régionale de l’Egypte n’en reste pas moins importante. Le Caire ne veut pas voir l’implication d’un autre acteur de la région, ni la Turquie et certainement pas le Qatar. (L’Egypte perçoit en effet la chaîne Al-Jazeera, très critique du régime d’Al-Sissi, comme appartenant à la famille royale du Qatar et le porte-parole presque officiel des Frères musulmans).

La vérité est que la clé pour mettre un terme à l’escalade en cours était, et reste, entre les mains de l’Egypte, pas dans celles de n’importe quelle autre entité arabe ou internationale. Le Hamas a exigé l’ouverture du point de passage de Rafah entre l’Egypte et Gaza depuis le tout début des opérations.

L’Egypte a rejeté l’idée immédiatement tant que le Hamas restera du côté palestinien du passage. Le Caire a néanmoins maintenu que si les forces de l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas étaient déployées au point de passage, elle ne voyait aucune objection à le rouvrir.

Voilà donc comment l’idée a germé. L’Autorité palestinienne l’a prise à son compte puisqu’elle plaçait Abbas au cœur de l’action à Gaza. Israël ne l’a pas rejetée, principalement parce qu’il fait confiance aux services de sécurité égyptiens à Rafah. La ministre de la Justice Tzipi Livni a même tenu une série de consultations à ce sujet. A Ramallah et à Jérusalem, on s’attendait que l’Egypte propose la réouverture de Rafah comme un élément de l’accord de cessez-le-feu.

L’Egypte n’a pourtant pas véritablement joué la carte du cessez-le-feu. Elle a tout d’abord proposé le calme pour le calme, peut-être afin d’acculer le Hamas dans un coin, peut-être pour garder une autre arme dans les négociations de cessez-le feu, ou peut-être pour ces deux raisons. C’est seulement quand le Hamas a refusé et qu’il est apparu comme belliqueux qu’Abbas est arrivé au Caire pour endosser le rôle de celui qui propose une idée qui pourrait sauver Gaza à la fois du Hamas et d’Israël. C’était une manœuvre habile.

La question reste pourtant de savoir ce qui va se passer jusqu’à l’ouverture du point de passage. Positionner les forces de sécurité de l’Autorité palestinienne, le long de la frontière et au passage, n’est pas l’affaire de quelques heures. Abbas et l’Egypte ont fait cette offre au Hamas mercredi avant tout afin d’arrêter les hostilités, et ensuite pour parler de l’ouverture de Rafah. Evidemment, les dirigeants de l’aile militaire du Hamas ne s’attendaient pas à cela.

En outre, le Hamas a constamment présenté d’autres exigences, comme la libération de prisonniers déjà libérés lors de l’accord pour Gilad Shalit et arrêtés à nouveau après le meurtre des trois adolescents israéliens le mois dernier. Israël n’a pas accepté cette exigence pour le moment.

Jeudi soir, la possibilité d’un cessez-le-feu est devenue de plus en plus mince. L’option de l’offensive terrestre que Netanyahu redoutait tellement est devenue réalité.

Qui se rappelle maintenant que certains médias étrangers avaient annoncé qu’un cessez-le-feu entrerait en vigueur vendredi matin à 6 heures ?