Deux attentats suicide ont frappé mercredi Damas en moins de deux heures, tuant au moins 32 personnes le jour du sixième anniversaire du début de la guerre en Syrie.

Ces explosions surviennent cinq jours après la double attaque dans la vieille ville de Damas qui avait fait 74 morts.

Vers 13h10, un kamikaze s’est fait exploser à l’intérieur d’un bâtiment abritant deux tribunaux près de l’entrée du fameux souk, au cœur de la capitale, tuant au moins 32 personnes, a indiqué une source policière à l’AFP.

« J’ai entendu du bruit, j’ai regardé à ma gauche et j’ai vu un homme vêtu d’une vareuse militaire », a raconté à la télévision d’Etat un homme portant un patch à son œil blessé.

« A ce moment, il a levé les bras vers le ciel et crié : ‘Allah Akbar’ [Dieu est grand], puis l’explosion s’est produite », a ajouté ce témoin qui se trouvait dans le bâtiment pour des formalités. « Je suis tombé par terre et j’ai senti le sang s’écouler de mon œil. »

Les forces de sécurité syriennes sur les lieux d'un attentat suicide dans l'ancien palais de justice de Damas, en Syrie, le 15 mars 2017. (Crédit : Louai Beshara/AFP)

Les forces de sécurité syriennes sur les lieux d’un attentat suicide dans l’ancien palais de justice de Damas, en Syrie, le 15 mars 2017. (Crédit : Louai Beshara/AFP)

Attaque dans un restaurant

L’explosion est survenue à une heure d’affluence dans un bâtiment abritant le tribunal pénal et le tribunal religieux chargé des affaires matrimoniales, faisant aussi 100 blessés.

La télévision d’Etat a montré l’intérieur dévasté du bâtiment : dans une salle où est accroché un portrait du président Bashar el-Assad, de nombreuses taches de sang, des membres humains, des débris de verre et des pièces de vêtement étaient visibles au sol.

Moins de deux heures plus tard, dans le quartier de Ramoué, à l’ouest de Damas, un autre kamikaze « a déclenché sa ceinture explosive à l’intérieur d’un restaurant après avoir été pourchassé et cerné » par les services de sécurité, selon l’agence officielle Sana. La source policière a fait état de 25 blessés.

Les correspondants de l’AFP ont constaté que les rues de la capitale avaient été désertées à la suite du deuxième attentat alors qu’il s’agissait de l’heure de pointe. Plusieurs rues ont été coupées à la circulation par les services de sécurité.

Ces décès alourdissent encore le terrible bilan de six ans de guerre, qui ont fait plus de 320 000 morts, plus de 11 millions de déplacés et de réfugiés, soit la moitié de la population d’avant-guerre, et laissé en ruines l’infrastructure du pays.

Le quartier détruit de Bab al-Nasr à Alep, autrefois aux mains des rebelles, pendant une tempête de sable, le 10 mars 2017. (Crédit : Joseph Eid/AFP)

Le quartier détruit de Bab al-Nasr à Alep, autrefois aux mains des rebelles, pendant une tempête de sable, le 10 mars 2017. (Crédit : Joseph Eid/AFP)

Le sombre anniversaire coïncide avec un troisième cycle de pourparlers de paix sur la Syrie au Kazakhstan mais en l’absence des rebelles, laissant peu d’espoir pour une avancée notable dans le règlement du conflit.

On ‘veut vivre en paix’

« Mes plus beaux souvenirs de la révolution, c’est lorsque ma ville a été libérée de l’oppresseur Bashar el-Assad », affirme à l’AFP Abdallah al-Hussein, 32 ans, un joueur de foot de Saraqeb, une des villes d’Idleb.

L’étincelle de la guerre avait été allumée le 15 mars 2011 par des manifestations pacifiques après l’arrestation et la torture d’élèves soupçonnés d’avoir écrit des slogans antirégime sur les murs à Deraa, dans le sud du pays.

Durement réprimées, elles ont dégénéré en une rébellion armée puis en une guerre civile impliquant une myriade de forces locales, régionales et internationales.

« Quand nous avons commencé à manifester, je ne m’attendais pas à en arriver là. On pensait que ça allait se terminer en deux, trois mois, un an au plus tard, regrette Abdallah. Que cette guerre se termine par les armes ou pacifiquement, peu importe. Le peuple veut vivre en paix. »

Queue au réservoir d'eau du quartier de Chaar à Alep, autrefois aux mains des rebelles, le 9 mars 2017. (Crédit : Joseph Eid/AFP)

Queue au réservoir d’eau du quartier de Chaar à Alep, autrefois aux mains des rebelles, le 9 mars 2017. (Crédit : Joseph Eid/AFP)

La communauté internationale a été divisée pendant des années entre un bloc pro-régime mené par la Russie et l’Iran d’une part et un camp pro-opposition mené par les Etats-Unis, de nombreux pays européens ainsi que la Turquie et les pays du Golfe.

Mais contrairement aux attentes du deuxième bloc, le régime d’Assad a renversé la donne avec l’appui indéfectible et militaire de Moscou, entrée en action en septembre 2015.

En face, la rébellion a été minée par des dissensions internes et éclipsée par la montée de groupes terroristes brutaux comme l’Etat islamique (EI).

Elle se retrouve aujourd’hui extrêmement affaiblie et marginalisée, notamment après la perte en décembre du secteur est d’Alep, son plus important bastion.

Dans le même temps, l’opposition politique ne peut plus trop compter sur le soutien turc, après le rapprochement fin 2016 entre Moscou et Ankara, jusque-là rivaux, ni sur les Américains,l’administration américaine de Donald Trump se désintéressant des dernières négociations à Astana et Genève.

Malgré cela, « il y a aujourd’hui une volonté internationale de mettre fin à la guerre et le peuple syrien veut une solution », affirme Rami Abdel Rahmane, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

« Mais les petites guerres vont se poursuivre et la Syrie ne reviendra plus comme avant », dit-il.