Le massacre des caricaturistes mercredi à Paris, exécutés au nom de l’islam radical, n’est qu’une scène dans la réalité cauchemardesque que les agents de renseignement occidentaux redoutaient depuis que la guerre en Syrie est devenue un aimant djihadiste.

Il n’est pas encore clair si les frères Chérif et Saïd Kouachi, les meurtriers présumés, ou leur complice Hamyd Mourad avaient fait le voyage très emprunté de l’Europe vers la Syrie.

Mais assurément les événements dans ce pays déchiré par la guerre, et la montée de l’État islamique à l’intérieur de ce territoire, ont joué un rôle dans les assassinats en plein jour dans les bureaux de Charlie Hebdo.

L’État islamique, a déclaré en septembre le président américain Barack Obama, n’est ni islamique ni un Etat. « Il s’agit d’une organisation terroriste, pure et simple. Il n’a pas d’autre vision que dégorger tous ceux qui se dressent sur son chemin ».

Peut-être, mais cette idéologie de boucherie qui a rayonné à partir de ce soi-disant «califat» a de vastes implications pour l’islam, pour les musulmans, et pour les sociétés occidentales.

La priorité des groupes musulmans radicaux, selon de nombreux chercheurs, est avant tout une bataille pour la suprématie au sein de l’islam en terre d’islam.

L’accent des organisations du djihad mondial « est encore essentiellement interne », a déclaré Yoram Schweitzer, un chercheur à l’Institute for National Security Studies (INSS) dans le domaine du terrorisme international et ancien chef de la section anti-terroriste de djihad mondial dans l’armée israélienne.

Il y a quelques semaines, lui et d’autres chercheurs du think tank INSS à Tel Aviv ont publié une étude sur les attentats suicides menés par les groupes islamiques radicaux.

Les chercheurs ont montré qu’en 2014 il y avait eu une augmentation de 94 % des attaques suicides par rapport à l’année précédente. La grande majorité des 382 attentats à la bombe ont été menés contre les musulmans. La campagne contre l’Occident, a-t-il dit, « est encore en gestation. »

Dans un discours en novembre, le colonel Col (res.) Yigal Carmon, à la tête du Middle East Media Research Institute, un chien de garde basé aux États-Unis, et ancien conseiller à la terreur auprès du Premier ministre, a lui aussi abordé les objectifs de l’EI.

Si Al-Qaïda cherchait un djihad contre l’Occident quand il était à la barre de l’islam radical, dit-il, l’État islamique cherche par contre tout d’abord à convaincre les Musulmans de rentrer chez eux et, une fois là-bas, à «ouvrir les portes de l’enfer ».

Pour lui, c’est l’Iran – et pas Paris, Jérusalem ou New York – qui était le principal centre d’intérêt de ces groupes.

La barbarie des attaques, et le succès de l’État islamique en Syrie, ont incontestablement généré des tremblements en Europe.

Un site Internet affilié à l’Etat islamique a publié la semaine dernière une vidéo en français appelant « les frères et sœurs de France » à l’action, principalement rejoindre le djihad sunnite en Syrie, selon une transcription partielle publiée la semaine dernière par le Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center.

Ceux à qui les autorités refusent le droit de voyager par ont reçu l’ordre de faire la guerre au niveau local – « pour mettre la France en feu » et « d’écraser les têtes des infidèles. »

Les événements qui se sont succédés en France font terriblement penser à ceux observés en Israël – avec des attaques ‘artisanales’- voitures béliers, coups de couteau, cocktails Molotov.

Le massacre dans le 11ème arrondissement, ressemble à certains égards à la tentative d’assassinat contre le militant pour le mont du Temple Yehuda Glick à Jérusalem fin octobre; dans les deux cas, l’«infraction» était la violation de quelque chose de sacré à l’Islam et dans les deux cas, la cible a été surveillée, suivie, et finalement prise en embuscade.

Sur le plan opérationnel et législatif l’Europe pourrait être contrainte de prendre des mesures. Le colonel (rés.) Reuven Ehrlich, le chef du Meir Amit Intelligence and Terrorism Information Center, a suivi de près les identités de ceux qui ont voyagé combattre en Syrie contre le régime de Bashar el-Assad.

Refusant de parler spécifiquement des meurtres de Charlie Hebdo, il a dit que la France et l’Angleterre étaient en haut de la liste des pays qui avaient envoyé des volontaires pour combattre en Syrie, et que, tandis que les pays européens ont pris des mesures pour freiner le terrorisme chez eux, il y a « encore beaucoup à faire en termes de renseignement, de la législation, et la coopération internationale. »

Psychologiquement, la tâche pour venir à bout de la lutte – qu’Hillary Clinton a assimilée dans une interview avec The Atlantic à la guerre mondiale contre le communisme – reste, malgré les preuves horribles, un effort herculéen.