Un tribunal allemand a confirmé jeudi que la collection de Cornelius Gurlitt, riche de plusieurs centaines d’œuvres dont certaines avaient été volées à des Juifs sous le IIIe Reich, irait au Musée des Beaux-Arts de Berne.

Le tribunal de Munich a en effet rejeté la demande de Uta Werner, cousine de Cornelius Gurlitt qui contestait la volonté de l’octogénaire de léguer sa collection au musée suisse, a indiqué la juridiction dans un communiqué.

La collection Gurlitt, qui comprend des toiles de Cézanne, Beckmann, Delacroix ou Munch, est évaluée à plusieurs millions d’euros.

Werner contestait les dernières volontés de son cousin, soutenant que l’octogénaire, décédé en mai 2014 à l’âge de 81 ans et qui vivait dans son appartement de Munich au milieu des œuvres, n’avait plus toute sa tête.

Le tribunal a rejeté l’argument, estimant qu’aucune « incapacité [de Gurlitt] à établir un testament au moment où [il] a été rédigé n’a pu être prouvée. »

Des photos diffusées par le parquet d'Augsburg, en Allemagne, le 12 novembre 2013, montrant cinq des 1 400 tableaux volés par les nazis et saisis au domicile de Cornelius Gurlitt à Munich. (Crédit : Lostart.de/parquet d'Augsburg/AFP/File)

Des photos diffusées par le parquet d’Augsburg, en Allemagne, le 12 novembre 2013, montrant cinq des 1 400 tableaux volés par les nazis et saisis au domicile de Cornelius Gurlitt à Munich. (Crédit : Lostart.de/parquet d’Augsburg/AFP/File)

La collection Gurlitt a été majoritairement constituée sous le Troisième Reich par son père, Hildebrand Gurlitt, l’un des quatre marchands d’art chargés par les nazis de vendre les œuvres jugées « dégénérées » dont certaines avaient été volées à des Juifs.

Cornelius Gurlitt, décrit par les médias comme un vieil homme excentrique, a vécu pendant des décennies à Munich au milieu de milliers de toiles, dessins et esquisses. 239 autres œuvres étaient également stockées dans une maison qu’il possédait à Salzbourg, en Autriche.

Les œuvres avaient été découvertes en 2012 lors d’une descente des douanes. Les autorités allemandes avaient toutefois gardé l’affaire secrète pendant plus d’un an, avant qu’un article ne dévoile l’existence de cette collection cachée.

Cornelius Gurlitt a conclu un accord avec le gouvernement allemand en avril 2014 stipulant que les œuvres qui avaient été volées retourneraient à leurs propriétaires. Le Musée des Beaux-Arts de Berne avait indiqué qu’il se chargerait de cette tâche.

Mais les descendants des propriétaires des œuvres, dont beaucoup ont péri dans les camps de la mort nazis, se sont plaints de la lenteur de la restitution.

La ministre allemande de la Culture, Monika Grütters, a salué la décision des juges, estimant qu’elle allait permettre à l’exposition des œuvres au Musée de Berne et à la Bundeskunsthalle de Bonn, dans l’ouest de l’Allemagne, de se tenir l’an prochain.

« Cette décision va nous aider à continuer de clarifier rapidement et de façon transparente l’origine de ce trésor, a-t-elle estimé.