La justice israélienne a informé la femme du Premier ministre Benjamin Netanyahu qu’elle envisageait de la faire juger dans une affaire de dépenses présumées abusives aux frais du contribuable, a indiqué le ministère de la Justice vendredi.

Le procureur général israélien laisse encore la possibilité à Sara Netanyahu et à ses avocats de contester auprès de lui son renvoi devant les juges lors d’un débat contradictoire, a précisé le ministère dans un communiqué.

Mme Netanyahu est soupçonnée d’avoir passé commande de centaines de repas et de plats raffinés pour 359.000 shekels (102.000 dollars, 85.000 euros) et de les avoir mis sur les frais de la résidence du Premier ministre alors qu’ils étaient destinés à une consommation personnelle, selon le communiqué du ministère.

M. Netanyahu, lui-même, n’est pas concerné par cette affaire. Mais un éventuel renvoi de son épouse devant les juges ajouterait aux ennuis auxquels il est confronté. Deux enquêtes distinctes le visent en effet directement.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu et sa femme, Sara, ont jeudi soir réfuté les accusations de malversations financières qui pèsent contre Sara Netanyahu.

Une déclaration publiée jeudi sur la page Facebook du Premier ministre et attribuée à la famille Netanyahu a déclaré que les accusations portées contre Sara Netanyahu étaient « absurdes et se révéleront sans fondement ».

« Sara Netanyahu est une femme courageuse et honnête », soulignait la déclaration, rejetant tout acte répréhensible et tenant pour responsable l’ancien employé « problématique » Menny Naftali pour toute augmentation des dépenses. Les Netanyahu ont également appelé Naftali un « criminel et un menteur en série » dans leur déclaration.

Naftali a occupé les fonctions de concierge à la résidence du Premier ministre de 2011 à 2012 et a prétendu qu’il a été victime de violence verbale et physique de la femme du Premier ministre pendant qu’il était en service à la résidence du Premier ministre.

En février, il a reçu 170 000 shekels en dommages-intérêts de l’État après qu’un tribunal spécialisé dans les litiges au travail a jugé que ses accusations étaient fondée.

En août, il a nié des informations selon lesquelles il serait le témoin de l’accusation dans l’enquête policière contre Sara Netanyahu.

Menny Naftali, ancien employé de la résidence du Premier ministre, au tribunal du travail du district de Jérusalem, le 25 mars 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Menny Naftali, ancien employé de la résidence du Premier ministre, au tribunal du travail du district de Jérusalem, le 25 mars 2015. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les Netanyahu ont conclu leur déclaration jeudi en critiquant la supposée campagne ‘obsessionnelle’ menée contre eux.

La Deuxième chaîne avait annoncé plus tôt dans la journée que Mandelblit avait informé Sara Netanyahu de ses projets de déposer un acte d’accusations contre elle vendredi. L’acte d’accusation sera déposé lors d’une audience.

Mandelblit devrait porter quatre accusations distinctes contre Sara Netanyahu.

La plus grave de celles-ci implique l’embauche de l’électricien Avi Fahima, un membre du Comité central du Likud. La commission chargée de surveiller les dépenses de résidence – et qui comprenait le conseiller juridique du Premier ministre – a statué contre l’embauche de Fahima, mais il a été embauché malgré l’avis contraire de la commission.

D’autres soupçons portent sur l’utilisation de fonds publics pour l’achat de meubles. Le mobilier a apparemment été acheté pour la résidence officielle à Jérusalem, puis déplacé à la résidence privée des Netanyahu à Césarée, tandis que de vieux meubles ont été ramenés de Césarée à la résidence à Jérusalem.

La femme du Premier ministre est également soupçonnée d’avoir utilisé les fonds de l’État pour les soins médicaux de son défunt père et de retirer de l’argent les caisses d’État pour des repas privés commandés à la résidence du Premier ministre.

Sara Netanyahu a nié tout acte répréhensible. Son avocat a qualifié les allégations contre sa cliente de « ridicules » et faisant partie de la « persécution globale de la famille Netanyahu ».

Le week-end dernier, la Deuxième chaîne avait indiqué que Sara Netanyahu avait passé un test au détecteur de mensonges dans le cadre privé dans le but de soutenir sa version d’événements. Elle a fait le test au centre Tal Polygraph de sa propre initiative afin de « prouver sa version des événements » [était vraie], a déclaré le centre, selon la chaîne.

Yossef Shapira, contrôleur de l'Etat, pendant la présentation d'un rapport de son bureau à la Knesset, le 1er novembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Yossef Shapira, contrôleur de l’Etat, pendant la présentation d’un rapport de son bureau à la Knesset, le 1er novembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Le centre a déclaré que Sara Netanyahu avait dit la vérité. Cependant, ces tests de détecteurs de mensonges ne sont pas admissibles en tant que preuve devant les tribunaux israéliens.

La décision d’ouvrir un enquête sur les dépenses de Sara Netanyahu a été prise suite à une recommandation du procureur de l’État après que des allégations ont été soulevées dans un rapport de 2015 du contrôleur d’État, Yossef Shapira, qui détaillait les dépenses à la résidence officielle à Jérusalem, ainsi qu’à la maison des Netanyahu à Césarée.

M. Netanyahu, 67 ans, à la tête du gouvernement depuis 2009 après un premier mandat entre 1996 et 1999, a été soupçonné à plusieurs reprises par le passé, sans être inquiété.

Sans rival sur la scène politique, il a dépassé les onze ans de pouvoir au total et pourrait battre le record de longévité de l’historique David Ben Gourion, fondateur de l’Etat d’Israël, si l’actuelle législature va à son terme en novembre 2019.