La liste noire de Canary Mission utilisée pour interdire l’entrée en Israël ?
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La liste noire de Canary Mission utilisée pour interdire l’entrée en Israël ?

Une cour a confirmé l'expulsion d'une étudiante américaine, un document officiel a confirmé que le site qui dénonce des activistes a été utilisé

Les voyageurs font la queue au contrôle des passeports de l'aéroport international Ben Gurion en Israël. (Yossi Zamir / Flash90)
Les voyageurs font la queue au contrôle des passeports de l'aéroport international Ben Gurion en Israël. (Yossi Zamir / Flash90)

Des informations transmises par un site internet de droite mystérieux qui collecte et publie des données sur les activités anti-israéliennes d’étudiants et d’autres individus seraient utilisées par les autorités israéliennes pour interroger ou refuser l’accès au territoire de certaines personnes dans le pays, selon un article publié jeudi.

Des documents soumis par le ministère des Affaires stratégiques et celui de la Diplomatie publique ont révélé jeudi qu’une étudiante américaine n’a pas pu entrer en Israël en raison de « soupçons d’activités de boycott » sur la base de quatre posts Facebook et d’informations parues sur le site Canary Mission, a fait savoir le quotidien Haaretz.

Canary Mission est un site internet anonyme qui a pour objectif de dénoncer les activistes anti-israéliens sur les campus.

Nonviolence International former intern Lara Alqasem is currently detained by Israeli authorities and about to be…

Posted by Nonviolence International on Tuesday, 2 October 2018

Le site « répertorie les individus et les organisations qui font la promotion de la haine des Etats-Unis, d’Israël et des Juifs sur les campus des universités américaines », selon sa page « À propos ».

Les critiques l’ont accusé de chercher à intimider les étudiants pro-palestiniens dans les universités en étouffant leur activisme sous la menace d’être intégrés dans une liste noire.

Au mois d’août, le journal Forward avait fait savoir qu’un certain nombre de militants pensaient que leurs profils parus sur Canary Mission avaient été utilisés par les autorités frontalières lorsqu’ils avaient été interrogés à leur entrée en Israël.

Selon Haaretz, les autorités ont confirmé que les données présentées sur le site Canary Mission avaient été utilisées pour rejeter l’entrée dans le pays de Lara Alqasem, âgée de 22 ans. Jeudi, un tribunal de Tel Aviv a confirmé la décision prise par les autorités de ne pas autoriser Alqasem à accéder au territoire en raison de ses activités pro-BDS.

Lara Alqasem, qui a des grands-parents palestiniens, s’est vue refuser l’entrée dans le pays après son arrivée à l’aéroport Ben Gurion, mardi soir, alors qu’elle avait reçu un visa étudiant du consulat israélien de Miami pour effectuer une maîtrise à l’Université hébraïque de Jérusalem, selon Haaretz.

L’Autorité de l’immigration et des frontières israélienne a déclaré que cette décision était due aux « activités de boycott » d’Alqasem. Dans son rapport, elle a cité des responsables du ministère des Affaires stratégiques qui ont affirmé que la jeune femme était membre du groupe universitaire “National Students for Justice in Palestine” qui appelle au boycott d’Israël à cause de sa politique envers les Palestiniens.

Une loi récente autorise Israël a interdire l’entrée des visiteurs qui soutiennent le boycott du pays.

Selon un article paru au mois d’août dans Forward, un agent de la police des frontières aurait dit au militant pro-palestinien Andrew Kadi que son profil sur Canary Mission avait été utilisé pour l’interroger alors qu’il tentait d’entrer sur le sol israélien pour rendre visite à sa mère, qui y vit.

La professeure de droit de l’université de Columbia Katherine Franke a également confié au Forward qu’elle était « sûre à 80 % » qu’un agent de la police des frontières lui avait montré une page de Canary Mission lorsqu’elle avait demandé la raison de son expulsion.

En réponse à l’article de Haaretz, le groupe pacifiste JStreet a qualifié l’usage par le gouvernement de Canary Mission de « scandaleux ».

« C’est seulement la dernière preuve en date du fait que le gouvernement israélien établit des partenariats avec des groupes d’extrême-droite, financés par des donateurs juifs américains, pour réduire au silence les critiques, la dissidence et le militantisme politique non-violent », a estimé le groupe dans un communiqué.

Canary Mission ne révèle pas d’où viennent ses financements, ni l’identité de ses gestionnaires mais un article paru dans le Forward, mercredi, a dévoilé qu’une fondation dirigée par la fédération juive de San Francisco avait versé dans le passé des fonds à l’organisation.

La fédération juive de San Francisco a noté que ce financement avait consisté en une subvention unique de 100 000 dollars en 2016. L’argent provenait d’une fondation familiale, la Helen Diller Family Foundation, fonds privé géré par la fédération. Il avait été envoyé via le Fonds central d’Israël, une organisation qui finance des initiatives pro-israéliennes de droite, selon le Forward.

La fédération de la communauté juive a depuis déterminé que le fonds central d’Israël n’était pas conforme à ses directives de financement, et elle a indiqué qu’elle ne verserait plus d’argent à Canary Mission à l’avenir.

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