La municipalité de Jérusalem a presque terminé la cartographie et la dénomination des rues de Jérusalem-Est, un effort qui permettra à la fois de renforcer le sentiment d’appartenance des résidents et de permettre à l’Hôtel de Ville de collecter plus efficacement les impôts, a annoncé un conseiller au maire Nir Barkat.

Selon les données présentées par l’Hôtel de Ville, la Cour suprême au cours d’une audience sur la crise postale qui sévit à Jérusalem-Est, près de 90 % des 815 rues de Jérusalem-Est et 1 100 ruelles ont été cartographiées et ont reçu des plaques de rue.

En outre, quelque 86 % des 19 100 maisons ont reçu des numéros de rue, a déclaré David Koren, le conseiller de Barkat chargé du dossier des résidents arabes de Jérusalem-Est.

« Dans mon esprit, c’est le processus le plus spectaculaire à Jérusalem-Est », a confié mercredi Koren au Times of Israel.

« Il s’agit d’abord et avant tout du sentiment d’identité des résidents. Une part de l’appartenance avec un endroit commence par avoir un nom de rue et un numéro de maison… cela nous permettra aussi de savoir exactement combien il y a d’habitants [arabes] vivant à Jérusalem-Est, et ne plus nous appuyer sur des estimations ».

La création d’adresses pour Jérusalem-Est permettra également à la ville de percevoir plus efficacement des impôts, et permettra aux services d’urgence d’accéder aux maisons avec plus de facilité, en utilisant les systèmes de navigation en ligne, a-t-il dit.

Le mécanisme de nomination permet aux résidents locaux de proposer des noms de rues, qui sont ensuite examinés par le professeur spécialiste de l’islam Yitzhak Reiter « pour empêcher ceux de terroristes ».

Ils sont enfin approuvés par un comité municipal dirigé par un ancien membre de la Cour suprême, Jacob Turkel.

David Koren montrant une carte de Jérusalem dans son bureau le 18 février 2015 (Crédit : Elhanan Miller/Times of Israel)

David Koren montrant une carte de Jérusalem dans son bureau le 18 février 2015 (Crédit : Elhanan Miller/Times of Israel)

Koren, qui est docteur en études du Moyen-Orient et qui donne des conférences sur la politique arabe à l’Université Bar-Ilan, a été appelé par Barkat il y a quatre ans pour s’attaquer aux profondes disparités économiques et sociales qui divisent les parties orientale et occidentale de Jérusalem.

Selon l’Institut national d’assurance d’Israël, plus de 75 % des résidents arabes de la ville – et 82 % des enfants arabes – vivent sous le seuil de la pauvreté.

Pendant des années, l’investissement dans l’infrastructure municipale de Jérusalem-Est n’était qu’une fraction de l’investissement à l’Ouest – un écart dont la fermeture coûterait près de 2 milliards de shekels (457 millions d’euros), a estimé en 2011 l’ancien ingénieur municipal, Ehud Tayar.

Mais cela commence à changer, selom Koren.

À la fin 2014, le gouvernement a approuvé un budget quinquennal de 200 millions de shekels (45 millions d’euros) pour mettre à niveau les infrastructures de Jérusalem-Est, développer des centres communautaires et la formation professionnelle et accroître les services de police dans les quartiers arabes où la criminalité est rampante.
 
La construction de voies et l’entretien à Jérusalem-Est est un autre investissement majeur actuellement en cours.

Vers la fin de l’année, estime Koren, nous commencerons la construction de « la route américaine » reliant le Centre de Jérusalem au Sud-Est, et dont le coût est estimé à 350 à 400 millions de shelels (80 à 91 millions d’euros).

« Ce sera l’artère principale servant Jérusalem-Est, » a-t-il dit.

Un plan supplémentaire de cinq ans d’une valeur de 250 millions de shekels (57 millions d’euros) pavera d’autres routes vers Jérusalem-Est et 20 millions de shekels (4,57 millions d’euros) par an sont alloués à l’entretien routier.

« Si les budgets de développement municipal pour Jérusalem-Est étaient autour de 20-30 millions de shekels en 2004, aujourd’hui ils s’élèvent à environ 180 millions de shekels pour les quartiers arabes, en plus des budgets latéraux qui y vont aussi. C’est un bond spectaculaire », a déclaré Koren.

Compte tenu du fait que les Arabes de Jérusalem boycottent largement les élections municipales pour des raisons idéologiques et n’ont aucun représentant au conseil municipal, l’insistance du maire pour un investissement significatif à l’Est de la capitale est louable, estime Koren.

Pourtant, les organisations locales de défense des droits tels que Ir Amim insistent sur les lacunes existantes.

Son récent rapport a montré, que Jérusalem-Est n’avait reçu em 2011 que 10,7 % du budget municipal, bien que les Arabes représentent près de 40 % de la population de la ville.

Koren reconnaît que même s’ils ne sont pas représentés politiquement, les dirigeants arabes de Jérusalem – et surtout la jeune génération – sont plus conscients de leur droits, et insistent pour les recevoir.

Un résident arabe en train de voter lors des élections municipales le 11 novembre 2008 (Crédit :  Daniel Dreifuss/Flash90)

Un résident arabe en train de voter lors des élections municipales le 11 novembre 2008 (Crédit : Daniel Dreifuss/Flash90)

« Pour les Arabes, il reste un Rubicon politique à franchir en votant aux élections, et je ne pense pas qu’ils vont le traverser, » a-t-il dit, faisant référence à la pression massive exercée sur les habitants de Jérusalem par l’Autorité palestinienne et le Fatah de rester loin des urnes israéliennes.

« Toutefois, les jeunes dirigeants arabes d’aujourd’hui savent comment défendre leurs droits. La population est beaucoup plus mature que par le passé ».

« Nous sommes parfaitement conscients des lacunes, mais la coopération progresse tout le temps, » a-t-il ajouté.

« Il ne peut y avoir aucun vide à Jérusalem-Est, c’est pourquoi je pousse constamment pour que le système municipal investisse plus là-bas. Parce que je me rends compte que le vide sera rempli par des éléments hostiles à l’Etat d’Israël ».

Une politique de « la carotte et du bâton » pour la construction illégale

La construction illégale à Jérusalem-Est reste un problème critique pour l’Hôtel de Ville, qui est souvent accusé d’injustice par les résidents arabes pour des démolitions de maisons généralisées.

Koren estime que sur un total estimé de 50 000 à 60 000 maisons dans des quartiers arabes, de 15 000 à 20 000 ont été construites sans permis.

La ville a décidé d’adopter un juste milieu dans la lutte contre le phénomène : c’est-à-dire ni effectuer des démolitions en masse qui, selon lui, serait irréaliste, ni légaliser les constructions, ce qui encouragerait l’anarchie.

« La municipalité refait le zonage de ces quartiers, photographiant la situation actuelle et ensuite, de concert avec les résidents locaux, planifier les quartiers et les espaces publics », a-t-il dit.

Un bulldozer de la municipalité de Jérusalem en train de détruire un immeuble illégalement construit dans le quartier d'A-tur à Jérusalem-est le 26 mars 2014 (Crédit : Sliman Khader/Flash90)

Un bulldozer de la municipalité de Jérusalem en train de détruire un immeuble illégalement construit dans le quartier d’A-tur à Jérusalem-est le 26 mars 2014 (Crédit : Sliman Khader/Flash90)

La mairie a déjà commencé à faire appliquer des mesures contre des nouvelles violations de construction dans les espaces publics beaucoup plus sévèrement que dans le passé, dit-il, tout en facilitant le processus d’obtention de permis de construire pour les résidents qui souhaitent agir légalement.

« Il y a des leaders à Jérusalem-Est qui comprennent parfaitement que vous ne pouvez pas travailler quand chacun construit où il veut », a-t-il dit, expliquant le fait que ce sont des souvent des résidents locaux qui signalent secrètement des constructions illégales à la municipalité.