Un nouveau sondage palestinien révèle que quatre mois après l’opération Bordure protectrice, le soutien palestinien à la violence contre Israël est en hausse, la plupart des Palestiniens croyant qu’Israël a des plans concrets pour détruire les monuments musulmans sur le Mont du Temple et les remplacer par un temple juif.

Khalil Shikaki, directeur du Palestinian Center for Policy and Survey Research (PSR) basé à Ramallah, a déclaré aux journalistes, au Club de la presse dominicale de Jérusalem, que les attitudes des Palestiniens envers Israël ont durci de façon plus spectaculaire à la suite de l’opération Bordure protectrice qu’après les deux précédentes opérations militaires à Gaza, en 2008 et 2012.

Craignant Israël et méfiants vis-à-vis de leur propre direction, 43 % des habitants de Gaza et 23% des résidents de Cisjordanie ont dit qu’ils souhaitent émigrer à l’étranger.

Dans un sondage réalisé par PSR auprès dde 1270 Palestiniens durant la première semaine de décembre 2014, 86 % des Palestiniens ont déclaré que le mont du Temple (appelé en arabe al-Haram al-Sharif) est « en grand danger », 77 % des sondés estimant qu’Israël a l’intention de détruire la mosquée al-Aqsa et le Dôme du Rocher et de les remplacer par un temple juif, et 21 % pensent qu’Israël a l’intention de diviser le site en secteurs juif et arabe, avec une synagogue pour le quartier juif.

La moitié des sondés croit qu’Israël va réussir à mettre en œuvre ses plans.

Seulement 6 % des sondés estiment qu’Israël a l’intention de laisser le statu quo sur le Mont du Temple, avec l’interdiction pour les Juifs de prier sur le site.

Les tensions entourant le mont du Temple à Jérusalem ont éclaté après le meurtre brutal de l’adolescent palestinien Muhammed Abu Khdeir en juillet dernier, apparemment par un groupe de Juifs souhaitant venger l’assassinat le mois précédent de trois adolescents israéliens par une cellule du Hamas, ceci couplé avec l’intérêt accru de parlementaires israéliens de droite en faveur du droit pour les Juifs de prier sur le site sacré.

En octobre, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a annoncé, suite à la pression diplomatique de la Jordanie (qui se considère comme le dépositaire politique des sites musulmans de Jérusalem), qu’il n’avait pas l’intention de modifier le statu quo sur le Mont du Temple.

Netanyahu a répété à maintes reprises qu’Israël n’a pas l’intention de modifier les dispositions sur le site.

« C’est la première fois que notre enquête porte sur Jérusalem, affirme Shikaki. Les réponses reflètent le niveau élevé de tension dans la ville. »

Le sondage a révélé que le soutien au Hamas et à sa stratégie continue d’être plus élevé que le soutien au Fatah tant à Gaza qu’en Cisjordanie. Si des élections nationales avaient lieu aujourd’hui, le Hamas remporterait la majorité des sièges au Parlement et si son ancien Premier ministre, Ismail Haniyeh, se présentait contre le président de l’AP Mahmoud Abbas, il le battrait à plate couture, dit Shikaki.

Alors que la cote de popularité d’Abbas était relativement élevée -50 % – avant l’été, elle a chuté en décembre à 35 %, encore plus bas qu’en septembre (39 %).

L’enquête montre que la popularité de Haniyeh dépasse largement celle d’Abbas tant en Cisjordanie, dominée par le Fatah (53 % contre 41 %), que dans la bande de Gaza contrôlée par le Hamas (54 % contre 44 %) .

Le chef du Fatah et terroriste condamné Marwan Barghouti, emprisonné pour son implication dans cinq meurtres durant la Seconde Intifada, est beaucoup plus populaire qu’Abbas, et dépasserait le chef de l’AP par neuf points dans une course à trois avec le Hamas (Haniyeh gagnerait aussi, avec 40 %). Mais si Barghouti devait se présenter seul contre Haniyeh, il l’emporterait de 52 % à 43 %.

« Actuellement, je crois que c’est Abbas et non le Hamas qui met son veto à de nouvelles élections », analyse Shikaki, prenant position dans le débat intra-palestinien sur le report du vote démocratique prévu pour la fin de 2014, en vertu de l’accord de réconciliation conclu entre les factions rivales en juin dernier.

Les Palestiniens interrogés dans l’enquête continuent de soutenir massivement les tactiques violentes contre Israël. 77 % ont dit qu’ils approuvent les tirs de roquettes sur Israël tant que le blocus de Gaza n’est pas levé. Près de la moitié des Palestiniens sondés s’opposent au désarmement des groupes militaires de Gaza.

« Dans l’ensemble, les résultats indiquent que – pour des yeux palestiniens – la violence et la diplomatie sont un échec, et qu’une troisième intifada est la meilleure voie », avance Shikaki.

« Dans l’ensemble, les résultats indiquent que – pour des yeux palestiniens – la violence et la diplomatie sont un échec, et qu’une troisième intifada est la meilleure voie »

Khalil Shikaki

Mais le sondage a également révélé que les Palestiniens sont profondément pessimistes quant à leur propre système politique. En septembre 2014, 53 % des Palestiniens ont dit qu’ils étaient optimistes sur les perspectives de réconciliation entre le Hamas et le Fatah. Ces chiffres ont chuté à seulement 40 % en décembre (contre 58% disant qu’ils étaient pessimistes).

Pour Abbas, la perception de la corruption du gouvernement en Cisjordanie devrait être un grave sujet de préoccupation. 81 % des personnes interrogées considèrent que l’Autorité palestinienne est corrompue et seulement 20 % pensent que la liberté de la presse existe en Cisjordanie (le chiffre pour Gaza était juste un peu plus élevé –  21 %).

Malgré les réponses sombres, Shikaki dit que l’opinion palestinienne était largement influencée par sa perception de l’opinion israélienne.

Un quart des sondés qui rejettent les composantes des paramètres de Clinton – présenté à la fin de 2000 par l’ancien président américain comme le plan le plus probable pour un accord de paix – disent qu’ils changeraient d’avis si Israël l’acceptait.

« Malgré le durcissement de vues à la surface, le changement peut avoir à faire avec la perception du public des intentions israéliennes », déclare Shikaki.