La Première ministre britannique a convoqué mercredi sa ministre au Développement international pour avoir rencontré en secret des dirigeants israéliens, alimentant les spéculations sur une nouvelle démission au sein de son gouvernement déjà fragilisé par un scandale de harcèlement sexuel.

Priti Patel, qui avait quitté Londres mardi pour effectuer une tournée en Afrique, a pris le chemin du retour vers le Royaume-Uni à la demande de Theresa May, ont indiqué à l’AFP deux sources gouvernementales.

Mme Patel avait présenté des excuses lundi pour avoir rencontré à douze reprises des responsables israéliens, dont le Premier ministre Benjamin Netanyahu, durant ses vacances familiales en août sans en informer son gouvernement.

Aucun autre responsable britannique n’avait assisté à ces réunions, où elle était la plupart du temps accompagnée par Stuart Polak, le président honoraire d’un groupe de lobby pro-Israël, les Conservative Friends of Israel.

La secrétaire britannique chargée du développement international Priti Patel a discuté du financement d’une aide humanitaire par le Royaume-Uni pour soutenir les efforts israéliens auprès des Syriens blessés sur le plateau du Golan durant des rencontres non-autorisées avec des responsables israéliens.

Priti Patel a rencontré Benjamin Netanyahu, le chef de Yesh Atid, Yair Lapid, et d »autres responsables alors qu’elle se trouvait en vacances avec sa famille en Israël, au mois d’août. Les ministres, au Royaume-Uni, doivent faire part au Foreign Office de toute rencontre officielle à l’étranger, ce que Patel a admis ne pas avoir fait.

Un porte-parole de la Première ministre britannique Theresa May a confirmé mardi que durant ces rencontres, Patel s’était intéressée à la possibilité de financer « l’opération bon voisinage » menée par l’armée israélienne pour venir au secours des victimes de la guerre civile syrienne qui sont amenées subrepticement au sein de l’Etat juif par la frontière nord par les militaires. Pateil a alors demandé aux responsables de son département d’étudier les possibilités afin d’apporter un financement.

Elle avait été réprimandée par la cheffe du gouvernement, qui lui avait toutefois réitéré sa confiance.

« La secrétaire d’Etat a évoqué divers moyens d’offrir un soutien médical aux réfugiés syriens qui sont blessés et qui pénètrent sur le plateau du Golan pour y trouver de l’aide », a dit le porte-parole.

« L’armée israélienne dirige des hôpitaux de campagne là-bas pour les Syriens blessés à cause de la guerre civile. Mais il n’y a aucun changement dans la politique dans la zone. Le Royaume-Uni n’offre aucun soutien financier à l’armée israélienne ».

Le secrétaire chargée du développement international Priti Patel arrive au 10 Downing Street pour la rencontre hebdomadaire du cabinet au centre de Londres le 31 octobre 2017 (Crédit : AFP PHOTO / Tolga AKMEN)

Cette révélation va ajouter davantage de pression sur les épaules de Patel, mise en cause pour avoir rencontré de hauts-responsables israéliens, d’autant plus que le Royaume-Uni ne reconnaît pas l’annexion israélienne du plateau du Golan, que l’Etat juif a capturé à la Syrie pendant la guerre de Yom Kippour, en 1973.

Les victimes de la guerre civile en Syrie, qui dure depuis six ans, sont emmenées dans des hôpitaux israéliens plusieurs nuits par semaine.

De même, les soldats israéliens ramènent les Syriens qui ont été soignés sur la ligne de désengagement qui divise la partie du Golan contrôlée par la Syrie et le Golan israélien.

Israël n’accueille pas de réfugiés de la guerre mais son armée indique avoir facilité les soins en direction de plus de 3 100 blessés dans les hôpitaux israéliens depuis 2013.

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Selon l’agence de presse britannique Press Association, Priti Patel a toutefois omis de mentionner dans son mea culpa deux autres rencontres organisées en septembre, avec le ministre israélien de la Sécurité intérieure Gilad Erdan et le patron du ministère des Affaires étrangères Yuval Rotem.

« Je ne comprends pas ce qu’elle doit faire de plus pour être virée », a déclaré un ministre au quotidien The Daily Telegraph, sous couvert d’anonymat.

Si Priti Patel était poussée vers la sortie, il s’agirait du deuxième départ au sein du gouvernement conservateur en une semaine, après la démission le 1er novembre du ministre de la Défense Michael Fallon, mis en cause dans un scandale de harcèlement sexuel secouant la classe politique britannique.

Deux autres membres de l’exécutif, le vice-Premier ministre Damian Green et le secrétaire d’Etat au commerce international Mark Garnier, sont également sur la sellette.

Le départ de cette fervente partisane du Brexit fragiliserait également une équipe gouvernementale déjà divisée sur la question, à l’heure où elle est engagée dans des négociations cruciales avec Bruxelles sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne.

Le Parti travailliste, dans l’opposition, a réclamé une enquête sur ce qu’il a qualifié de « manquements graves » au code de conduite ministériel de la part de Priti Patel.