JTA — En l’espace de quelques jours seulement, la minuscule communauté juive du Nicaragua a plus que doublé suite à la conversion au judaïsme de 114 personnes.

Le mois dernier, des membres de la communauté ont répondu à des questions devant un beit din – ou tribunal religieux – constitué de trois rabbins orthodoxes d’Israël et des Etats-Unis puis ils se sont immergés dans un mikvé qui vient d’être construit à Managua, la capitale de ce pays d’Amérique centrale. Les convertis hommes ont été circoncis ou ont subi une circoncision symbolique pour ceux qui l’étaient déjà.

Puis, le 23 juillet, suite aux conversions réalisées au domicile d’un leader communautaire de Managua, 22 couples se sont mariés conformément à la tradition juive dans une salle municipale louée pour l’occasion. C’est Koulanou, un groupe à but non-lucratif dont le siège est à New York et qui soutient les communautés dans le monde cherchant à découvrir le judaïsme, qui a facilité ces conversions.

« Il y avait une grande inquiétude sur leurs visages et de l’anxiété parce que c’était vraiment important pour eux, et lorsqu’ils ont émergé du mikvé, la lueur qu’ils avaient dans les yeux était étonnante », raconte le rabbin Mark Kunis, membre du Beit-din, qui a été ordonné lui même au séminaire théologique du rabbin Isaac Elchanan à la Yeshiva university et qui oeuvre à la synagogue Shaarei Shamayim d’Atlanta. « C’est inspirant, l’excitation que cela a engendré était phénoménale ».

De gauche à droite, Moshe Omar Cohen-Henriquez discute avec les membres de beit din : les rabbin s Mark Kunis, Andy Eichenholz et Marc Phillips à Managua, au Nicaragua. Au bout à droite, Even Centeno, converti qui fait remontrer ses ancêtres aux Juifs séfarades forcés à se convertir au Christianisme. Photo prise le 20 juillet 2017 (Crédit : Bonita Sussman via JTA)

De gauche à droite, Moshe Omar Cohen-Henriquez discute avec les membres de beit din : les rabbin s Mark Kunis, Andy Eichenholz et Marc Phillips à Managua, au Nicaragua. Au bout à droite, Even Centeno, converti qui fait remontrer ses ancêtres aux Juifs séfarades forcés à se convertir au Christianisme. Photo prise le 20 juillet 2017 (Crédit : Bonita Sussman via JTA)

Au moins la moitié des futurs convertis revendiquaient des ancêtres juifs et la majorité a étudié le judaïsme au cours des cinq dernières années au moins – certains ayant poursuivi le judaïsme pendant presque leur vie entière, dit Kunis à JTA. Tous ces postulants, à l’exception d’une famille, ont été acceptés pour la conversion et c’est l’un des rabbins du beit din qui a fait office de traducteur espagnol dans la mesure où les futurs convertis ne pouvaient pas s’exprimer en anglais, ajoute-t-il.

« Je me sens chez moi », a déclaré à JTA Even Centeno, 21 ans, en évoquant son tout nouveau judaïsme. « C’était un rêve pour moi ».

Centeno fait partie de ces convertis qui ont affirmé que leurs ancêtres étaient des séfarades Juifs contraints à se convertir au christianisme durant l’inquisition.

Centeno, qui s’est converti avec ses parents et sa soeur, a indiqué avoir eu connaissance de ses aïeux juifs lorsqu’il était enfant et qu’il a commencé à s’instruire sur le judaïsme à l’âge de 11 ans.

Ces conversions augmentent de manière significative le nombre de Juifs au Nicaragua. Les Juifs vivent dans le pays depuis le 18e siècle mais la communauté ne s’élevait qu’à 50 personnes en 2012 et elle était majoritairement constituée d’Américains à la retraite, selon la congrégation israélite du Nicaragua. Cette année-là, Koulanou avait aidé à faciliter la conversion de 14 personnes, dont la majorité reliaient ses origines à des Juifs qui auraient épousé des femmes nicaraguayennes non-juives. 15 personnes s’étaient encore converties en 2015 mais le dernier groupe est assurément le plus important jusqu’à présent.

Même si les Nicaraguayens se sont convertis ensemble, ils suivent deux leaders différents, explique Bonite Sussman, vice-présidente de Koulanou.

La majorité – dont Centeno – est inspirée par le Hassidisme et suit un chef local appelé Akiva Simja Fernandez, qui s’était converti au judaïsme en 2012 avec le soutien de Koulanou. Fernandez suit certaines coutumes juives qu’il a apprises auprès du mouvement Habad-Loubavitch, absent de Managua mais qui satisfait aux besoins des touristes israéliens dans la ville côtière de San Juan del Sur.

Fernandez et un grand nombre de ses fidèles – dont certains affirment avoir des ancêtres juifs – portent des kippas en velours noir et des chapeaux noirs à large bords, et chantent et dansent sur des musiques hassidiques durant les fêtes.

Un second groupe de 38 membres d’une famille élargie suit Moshe Omar Cohen-Henriquez dont les aïeux, selon lui, étaient des Juifs de Curaçao qui avaient été obligés de se convertir au christianisme. Le groupe adhère aux coutumes séfarades et a accès à un mikvé, ou bain rituel, adjacent à la maison d’Henriquez. Les hommes arborent de grosses kippas crochetées.

Avant de décider de devenir juif, dit Sussman, les convertis se sont identifiés au christianisme ou au messianisme, un mouvement qui intègre certains éléments de pratique rituelles juives au christianisme.

Ce n’est pas la première fois que des conversions en masse sont facilitées par Koulanou. L’année dernière, le groupe a amené des rabbins à Madagascar pour convertir 121 personnes, construisant une communauté juive dans un lieu où elle n’avait jamais été présente.

Des fiancés au Nicaragua qui se sont convertis au Judaïsme attendent leurs promises avant un mariage juif traditionnel de 22 couples, le 23 juillet 2017 (Crédit : Bonita Sussman via JTA)

Des fiancés au Nicaragua qui se sont convertis au Judaïsme attendent leurs promises avant un mariage juif traditionnel de 22 couples, le 23 juillet 2017 (Crédit : Bonita Sussman via JTA)

Sussman note la manière dont les membres de la communauté du Nicaragua s’identifient à leur judaïsme.

« Ces deux [communautés] sont uniques en cela que l’une est séfarade, formée de descendants d’anousim et que l’autre tend à se livrer à des pratiques kabbalistiques hassidiques », commente-t-elle.

« Anousim » est un mot hébreu désignant les Juifs qui ont été contraints à abandonner le judaïsme contre leur volonté.

Même si la communauté de Madagascar suit également les traditions hassidiques, le groupe du Nicaragua auquel appartient Simja se distingue dans la mesure où il suit des coutumes apprises auprès du mouvement Habad, ajoute Sussman (mouvement qui n’entretient aucun lien officiel ni avec les convertis, ni avec Koulanou).

Cette femme et sa petite fille font partie de 114 convertis au Judaïsme au Nicaragua, le 20 juillet 2017 (Crédit : Bonita Sussman via JTA)

Cette femme et sa petite fille font partie de 114 convertis au Judaïsme au Nicaragua, le 20 juillet 2017 (Crédit : Bonita Sussman via JTA)

Sussman considère que ces conversions entrent dans le cadre d’un phénomène plus large.

« C’est une nouvelle tendance dans l’histoire juive », dit-elle. « Au cours des 100 dernières années, nous avons assisté à l’Holocauste, à la destruction de toutes les communautés juives dans les terres arabes et à la reconstruction d’un foyer juif. Nous entrons dorénavant dans une ère de reconstruction du peuple juif ».

« En général, alors qu’il peut y avoir des points sensibles d’intérêt pour le judaïsme dans les pays occidentaux, dans la majorité des cas, un intérêt sérieux porté à une religion fait partie du passé. Aujourd’hui, malgré tout, cet intérêt existe en Afrique, en Amérique du sud et en Inde. Et en tant que Juifs, nous devons faire partie de ce nouveau développement excitant de l’histoire ».

Une petite fille du Nicaragua qui fait partie de la communauté juive croissante à Managua, le 20 juillet 2017

Une petite fille du Nicaragua qui fait partie de la communauté juive croissante à Managua, le 20 juillet 2017

Koulanou prévoit d’envoyer des équipements au Nicaragua pour procéder à l’abattage rituel casher.

« Le plus grand besoin, c’est la viande casher. Nous prévoyons de leur envoyer des couteaux de shehita », dit Sussman. « Ils ne mangent plus de viande, certains depuis des années. Ils sont végétariens et mangent du poisson ».

Les restrictions alimentaires ne semblent pas poser de problème à Centeno, qui s’apprête à faire la cuisine pour le Shabbat. Il va accueillir 70 membres de la communauté.

« Toute la communauté sera là, nous ferons un Shabbaton », commente-t-il. « Et aujourd’hui, je prépare toute la nourriture ».