Armés de corde et de bâtons, un groupe d’adolescents de la capitale de l’Allemagne sort en pleine nuit. Leur but : arracher des affiches de campagnes du parti néonazi National Democratic Party (NPD).

Les jeunes font partie de ceux qui craignent la victoire des partis d’extrême droite dans les élections à venir pour le Parlement européen.

Alors qu’il est peu probable que le NPD obtienne plus d’un seul siège, les partis d’extrême droite des autres pays européens s’attendent à une avancée majeure.

Ronald Lauder, président du Congrès mondial juif, a expliqué à JTA qu’il est préoccupé par « la forte augmentation du nombre de législateurs extrémistes, racistes et antisémites à Strasbourg et à Bruxelles ».

Le parlement, analyse-t-il, devrait établir une « politique de non plate-forme envers ces parties pour qu’ils soient complètement marginalisés dans le processus de prise de décision ».

Les sondages montrent que les partis eurosceptiques sont susceptibles d’obtenir un quart ou plus des 751 sièges du Parlement.

Malgré leur antipathie à l’égard de l’Union européenne, ces partis – certains incapables de remporter une forte représentation dans les parlements nationaux de leurs pays – sont avides de la plate-forme fournie par le Parlement européen.

Le président du Congrès européen juif, Moshe Kantor, a averti que les partis contre le pouvoir et anti-européens de l’extrême gauche et de la droite sont un danger pour
« tous les Européens, y compris les Juifs ».

Alors que certains partis eurosceptiques ont noué des alliances avec les factions aux opinions similaires à d’autres pays, ils sont beaucoup plus acrimonieux.

Il y a un fossé entre la gauche et la droite, ainsi que des fissures au sein de la droite. Les partis d’extrême droite visant un public plus large sont réticents à collaborer avec les partis ouvertement fascistes.

« Même si les partis eurosceptiques d’extrême droite seront plus puissants dans le prochain parlement – et ils le seront – leur pouvoir ne sera pas suffisant pour bloquer les législations. Je ne crois pas que cela arrivera », a déclaré Jean-Yves Camus, un chercheur français sur l’antisémitisme et les partis d’extrême droite, citant ces divisions.

Mais leur montée en puissance révèle un profond mécontentement public sur la façon dont l’UE est dirigée. De plus en plus de gens disent « le genre d’Europe qui nous est offert n’est pas notre tasse de thé », a-t-il ajouté.

Les partis extrémistes sont devenus « plus raffinés et plus professionnels dans la communication et ont changé leur façon de dire les choses pour ne plus apparaître comme les extrémistes qu’ils sont », a déclaré Viviane Teitelbaum, un membre du Parlement fédéral belge qui siège au comité de direction du Conseil international des parlementaires juifs.

Par exemple, dit-elle, le leader du Front national en France, Marine Le Pen, « n’utilise pas le même langage contre la démocratie en général que son père a utilisé… Elle ne nie pas l’Holocauste comme son père. Mais ce n’est qu’une question de temps ».

Teitelbaum a poursuivi : « Vous ne pouvez pas être un peu démocratique ou un peu fasciste. Lorsque vous êtes un fasciste, vous êtes totalement un fasciste. »

En France, on s’attend à ce que le Front national recueille près d’un quart du vote pour le Parlement européen et sera potentiellement le premier parti parmi les partis français. Il a accepté de former une alliance parlementaire avec le Party for Freedom [parti pour la liberté] des Pays Bas, dirigé par Geert Wilders, qui selon les sondages pourrait obtenir environ 17 % du vote néerlandais.

Le Parti de l’indépendance du Royaume-Uni [Independence Party], un groupe ardemment anti-européen, est donné premier pour les élections du Parlement européen en Grande Bretagne, alors qu’il n’a aucun siège au parlement anglais.

Son leader, Nigel Farage, indique qu’il ne formera pas d’alliance avec le Front national, citant les antécédents du parti français d’ « antisémitisme et de préjugés généraux ».

L’alliance formée par Wilders et Le Pen n’incluront pas les partis les plus extrêmes tels que le parti néonazi grec Aube dorée en Grèce ou Jobbik en Hongrie.

L’Aube dorée, avec son symbole ressemblant à la croix gammée et sa tribune anti-immigrés, pourrait finir troisième ou quatrième dans le vote grec pour le Parlement européen.

Le chef de l’Aube dorée, Nikolaos Michaloliakos, un négationniste de l’Holocauste, est actuellement en prison avec d’autres militants du parti faisant face à des accusations d’assassinat d’un musicien grec antifasciste.

Plus tôt dans le mois, un tribunal grec a rendu une décision autorisant le parti à participer aux élections du Parlement européen.

« Nous sommes inquiets, oui, mais pas effrayés », a déclaré Victor Eliezer, secrétaire général du Conseil central des communautés juives de Grèce. « Nous sommes sûrs que les forces démocratiques européennes en général – et en particulier en Grèce – sauront sauvegarder les principes de la démocratie ».

Il a cependant ajouté : « Nous devons faire tout notre possible pour montrer à la société que la menace néonazie existe et n’est pas seulement une illusion juive ».

Jobbik, le troisième parti de la Hongrie, a remporté 20 % des voix aux élections nationales et devrait afficher un aussi bon résultat aux élections au Parlement européen. Ils sont anti- Roms et ses dirigeants ont souvent utilisé une rhétorique antisémite.

En revanche, le National Democratic Party n’a jamais réussi à passer le seuil des 5 % nécessaire pour obtenir un siège au parlement national d’Allemagne, même s’il a actuellement deux sièges dans les législatures d’Etats.

Mais le NPD a une chance de percer au Parlement européen pour la première fois. Une décision de la Cour suprême allemande en mars a éliminé le seuil pour obtenir un siège au Parlement européen, un parti n’a besoin que d’environ 1 % des voix pour prétendre à l’un des 99 sièges de l’Allemagne du corps législatif de l’UE, la plus grande représentation de tous les pays.

« La possibilité que le NPD obtienne un siège est relativement élevée, et je vois cela comme étant très dangereux », a déclaré Jonas Fegert, le président de Studentim, un groupe d’étudiants juifs à Berlin qui a travaillé avec l’Union européenne pour sensibiliser les gens à la menace que représenterait la victoire éventuelle, même d’un siège des partis extrémistes et populistes.

Pendant ce temps, des groupes d’autodéfense sont occupés à décoller des affiches du NPD à Berlin qui proclament :
« Nous ne sommes pas l’assistance sociale du monde », « l’argent pour les mamies, pas pour les Tziganes » et
« Arrêtez l’immigration massive ! »

« Leurs slogans attirent des gens qui ne sont pas nécessairement de l’extrême droite, donc je pense qu’ils sont relativement dangereux », a déclaré un étudiant de 17 ans au lycée juif de Berlin qui a pris part au récent acte de vandalisme nocturne et parle sous couvert d’anonymat.

« C’est mauvais si les affiches restent là et personne ne fait rien à ce sujet », dit-il.
« Etre contre les étrangers et être raciste va à l’encontre des valeurs démocratiques de notre pays ».