Les images de milliers de réfugiés palestiniens affamés après des mois de siège dans le camp de Yarmouk à Damas ont rappelé au monde la tragédie encore à vif de la « Nakba », l’exode des Palestiniens lors de la création d’Israël il y a 66 ans.

Le 6 mai, jour anniversaire d’Israël selon le calendrier hébraïque, plus de 10 000 Arabes israéliens défilaient dans le village de Lavi (nord), construit sur les ruines de la localité palestinienne de Loubiya, avec des banderoles libellées « Votre journée de ‘l’indépendance’ est notre ‘Nakba'(catastrophe en arabe) ».

Ils ont égrené les noms des quelque 530 villages évacués en 1948, brandissant des drapeaux palestiniens et des photos des morts du camp de Yarmouk assiégé par le régime syrien pour en déloger les rebelles. C’est dans ce camp que la majorité des habitants de Loubiya avaient trouvé refuge.

Le chef de la diplomatie israélienne Avigdor Lieberman a tiré argument de cette manifestation pour contester la loyauté d’une partie de la minorité arabe (20 % de la population), dénonçant « une cinquième colonne qui agit avec constance en vue de la destruction de l’Etat d’Israël ».

« Je leur suggère, la prochaine fois, de marcher jusqu’à Ramallah et d’y rester », a écrit sur sa page Facebook, en référence au siège du QG de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie, M. Liberman, ministre des Affaires étrangères en faveur d’un passage sous contrôle palestinien de régions israéliennes à population majoritairement arabe.

La « Nakba », commémorée le 15 mai, s’est traduite par l’exode de quelque 760 000 Palestiniens, qui sont aujourd’hui avec leurs descendants plus de 5 millions, répartis pour l’essentiel entre la Jordanie, la Syrie, le Liban et les Territoires palestiniens, seuls 160 000 restant dans ce qui est devenu l’Etat d’Israël.

Papiers israéliens, cœur palestinien

Selon Nadim Nachef, le directeur de l’organisation Baladna (« Notre pays », en arabe), tournée vers la jeunesse arabe d’Israël, « les Palestiniens d’Israël n’ont jamais perdu leur conscience nationale, mais elle est plus ou moins vivace selon les périodes ».

« En ce moment, cette conscience augmente parce que des groupes l’alimentent », explique-t-il. « La politique raciste du gouvernement israélien y a aussi contribué, même pour des jeunes qui tentent de se dissocier de la réalité politique ».

La montée des actes de vandalisme racistes, imputés à des extrémistes juifs, « attise les sentiments de nationalisme et de marginalisation » parmi la minorité arabe, souligne Mordechaï Kedar, professeur d’études arabes à l’Université Bar-Ilan, près de Tel Aviv.

« Les Arabes israéliens préfèrent toutefois vivre en Israël plutôt que dans n’importe quel pays arabe », estime-t-il.

Le rapprochement se manifeste surtout par le nombre croissant d’Arabes israéliens se rendant dans les villes autonomes de Cisjordanie.

« Les Palestiniens d’Israël qui viennent faire leurs courses ici ont vraiment donné un coup de fouet au marché », se félicite Abou Hussein, un vendeur de vêtements de Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie.

Chaher Mahamid, un habitant d’Oum el-Fahem, une des villes que M. Liberman rêve d’abandonner, est attiré par les prix, meilleur marché qu’en Israël. « Mes papiers sont israéliens, mais mon cœur est palestinien, et le sera toujours ».

Une application iNakba

Une ONG israélienne milite, quant à elle, pour la reconnaissance de la « Nakba » et du « droit au retour » des réfugiés palestiniens avec leurs descendants, un tabou pour les dirigeants israéliens successifs, au nom du caractère « juif et démocratique » d’Israël.

Zochrot (se souvenir, en hébreu) a lancé début mai une application permettant de retrouver les vestiges de villages palestiniens détruits en 1948.

L’application pour téléphone mobile « iNakba », développée par l’ONG, propose une carte interactive ainsi que les photos de bâtiments et maisons palestiniens abandonnés. Les Palestiniens de la diaspora ne pouvant se rendre en Israël pourront ainsi avoir accès à des informations et des photos de leur localité d’origine.