Trois ans après le scandale du Sofitel de New York, l’ancien patron du FMI, Dominique Strauss-Kahn, s’est reconverti en professionnel des marchés et vient de lancer discrètement mais avec ambition un fond d’investissement pour mettre à profit son parcours d’économiste reconnu.

Il s’agit d’un tournant majeur pour l’ex-ministre français contraint à démissionner du Fonds monétaire international en 2011, qui s’éloigne encore un peu plus d’un retour en politique alors qu’un récent sondage non publié le plaçait en tête des personnalités politiques qui « pourraient faire mieux que François Hollande ».

La reconversion de DSK, docteur en économie, ancien ministre socialiste de l’Economie et ex-directeur général du FMI, remonte à plusieurs mois.

En septembre, le Groupe Anatevka, une banque d’affaires peu connue et enregistrée au Luxembourg, annonçait l’arrivée à sa tête de Dominique Strauss-Kahn et son changement de nom en LSK, pour Leyne, Strauss-Kahn and Partners.

Déjà présente dans le conseil en opérations financières ou le courtage, cette société se diversifie en lançant cette année un « hedge fund », autrement dit un fonds spéculatif.

L’objectif de LSK est de constituer un fonds de 2 milliards de dollars, récoltés dans le monde entier, mais en priorité auprès d’investisseurs de pays émergents.

« DSK est très impliqué, c’est lui le chef d’orchestre », déclare à l’AFP son associé Thierry Leyne, précisant que le fonds a une stratégie mondiale qui peut « s’intéresser à n’importe quel pays et n’importe quel actif ».

Le lancement de ce fonds pose toutefois un certain nombre de questions, à commencer par les compétences d’investisseur de DSK.

S’il a une longue expérience des marchés, ne serait-ce que pour avoir été patron du FMI, ce dernier « n’a jamais eu d’expérience dans le domaine de la gestion spéculative », rappelle Christopher Dembik, analyste financier chez Saxo Banque.

En outre, « l’évolution suivie par DSK peut paraître surprenante compte tenu de son passé politique socialiste, de centre gauche, d’autant que les fonds spéculatifs ont une mauvaise image même si la régulation est de plus en plus stricte », estime-t-il.

Thierry Leyne est confiant sur les capacités de l’ex-homme politique. « DSK est à la fois capable de stratégie de long terme en identifiant de grandes tendances mais aussi de pouvoir réagir en temps réel aux événements qui peuvent survenir », selon lui.

Reste à obtenir des résultats rapides, puisque l’univers des « hedge funds » est ultra-compétitif et toute contre-performance peut être désastreuse.

Un projet ambitieux

Autre interrogation, celle concernant la taille de ce fonds et son objectif de 2 milliards de dollars.

Une publication spécialisée ne trouve aucune trace d’un « hedge fund » européen qui ait débuté avec 2 milliards de dollars depuis la crise financière de 2008.

Un ex-responsable de Goldman Sachs avait placé un fonds d’1 milliard de dollars en 2010 qui avait ensuite atteint 2 milliards avant de fermer faute de rentabilité.

« C’est un projet très ambitieux », concède M. Leyne.

« DSK a certainement un très bon réseau. La communication sur le fonds n’aurait pas été faite s’il n’y avait pas quelques engagements fermes », selon M. Dembik.

Depuis son retrait de la vie politique en 2011, Dominique Strauss-Kahn a parcouru le monde, en conseillant des gouvernements comme la Serbie et le Soudan du Sud, ou encore des entreprises notamment en Russie.

Et ses démêlés avec la justice ne semblent pas être un frein à ses activités financières, qui se mènent loin de la France et des Etats-Unis.

L’affaire du Sofitel de New York, où il avait été accusé de viol par une femme de chambre, s’est close par un abandon des poursuites pénales et la procédure civile a pris fin avec la signature d’un accord financier secret.

DSK doit toutefois encore être jugé courant 2014 en France dans une affaire de proxénétisme dite du Carlton de Lille.

« Nous n’avons aucune question sur des sujets qui ne sont pas liés à son expérience. Il n’y a aucun doute dans les esprits », martèle M. Leyne.

« L’affaire a certes fait le tour du monde mais cela a très peu de conséquences dans les relations d’affaires et son expertise économique est reconnue », estime M. Dembik.