Cela vous titille-t-il, même un tout petit peu, Monsieur le Président, que vous pourriez avoir tout faux ?

N’y a-t-il pas une petite voix lancinante, quelque part au fond à droite de votre cerveau, vous avertissant que, peut-être, seulement peut-être, vous devriez prêter sérieusement attention à l’ayatollah Ali Khamenei, quand il crie « Mort à l’Amérique », plutôt que de l’ignorer ?

N’avez-vous pas la moindre crainte que, quand l’Histoire vous jugera, elle vous relègue aux côtés de Neville Chamberlain ?

« Le règlement du problème tchécoslovaque n’est, à mon avis, que le prélude d’un règlement plus large dans lequel toute l’Europe pourrait trouver la paix », déclarait le Premier ministre britannique, le 30 septembre 1938 –  il y a 76 ans et demi exactement.

« Ce matin, j’ai eu une nouvelle conversation avec le chancelier allemand, Herr Hitler, et voici le papier signé par lui et par moi… Nous considérons l’accord signé la nuit dernière… comme un symbole de la volonté de nos deux peuples de ne jamais plus entrer en guerre avec l’autre… Je crois que c’est la paix en notre temps. Nous vous remercions du fond de nos cœurs. Rentrez chez vous et dormez bien. »

La lecture de cette rhétorique inepte, cette rhétorique tragique, ne vous refroidit-elle pas, des décennies plus tard, sachant ce qui s’est passé ensuite, et tandis que votre dévoué secrétaire d’Etat cherche désespérément à finaliser l’accord auquel vous aspirez avec l’Iran – un accord avec un régime qui ne fait aucun mystère de son désir d’éliminer Israël, un accord avec un régime qui répand son emprise sur un pays après l’autre dans notre région, un accord qui est loin, très loin de démanteler le programme nucléaire iranien ? N’entendez-vous pas un tragique écho historique, et ne vous demandez-vous pas si vous ne risquez pas l’abandon d’une autre petite démocratie assiégée, pour, à la place, renforcer une impitoyable superpuissance en devenir, motivée par une autre hideuse idéologie ?

Ne vous demandez-vous pas, même un instant, avant de fermer les yeux la nuit, si votre accrochage avec cet incroyablement arrogant Premier ministre israélien a faussé votre jugement ?

Pouvez-vous si facilement balayer d’un revers de main ses avertissements indiquant que les Iraniens vous dupent ?

Pouvez-vous rejeter son accusation que vous auriez pu faire mieux, être plus ferme, mettre la barre plus haut ?

« L’un des échecs, je pense, de notre approche passée a été d’utiliser une abondante et forte rhétorique, sans la faire suivre par les types de carottes et de bâtons qui pourraient changer le calcul du régime iranien », m’avez-vous dit lorsque nous nous sommes entretenus à Jérusalem, en 2008, avant que nous ne deveniez président.

N’avez-vous pas offert trop de carottes, sans brandir de terrifiants bâtons ? Pouvez-vous ignorer les craintes de Benjamin Netanyahu, que les Iraniens violeront inévitablement cet accord, et que, même si ces violations seront détectées, vous, Monsieur le Président, êtes aujourd’hui le leader d’une communauté internationale qui n’a pas vraiment la volonté d’empêcher l’Iran de se doter de la bombe nucléaire?

Ne vous demandez-vous pas si vous auriez agi différemment en 2009, lorsque la population iranienne a amorcé le début d’une tentative de chasser les ayatollahs ?

Vous ne leur avez pas offert d’aide concrète, et leur soulèvement naissant a été brutalement réprimé. N’êtes-vous pas, même légèrement, dérangé par l’idée que cet accord, cet accord que vous cherchez si résolument, cimentera la puissance de ce régime territorialement et idéologiquement rapace, ce régime qui réprime si durement son propre peuple ?

Monsieur le Président, je pense que vous êtes troublé, inquiet et perturbé. Je pense que, au fond de vous, vous entendez cette voix lancinante. Je pense que l’allure dépassionnée, ultra-confiante que vous affectez masque des doutes. Je crains que vous ne vous soyez entouré de gens qui n’osent pas vous questionner avec une vigueur intellectuelle suffisante. Je crains que vous ne vous aveugliez volontairement vous-même devant la tragédie que vous êtes sur le point de nous infliger à tous.

J’espère me tromper. Je n’en suis pas certain. Mais nous sommes clairement à un tournant historique et je m’inquiète – comment pourrait-il en être autrement ? – qu’une grave erreur se profile à l’horizon, avec des conséquences historiques graves, pour Israël, pour la région et pour le monde libre.

Et c’est la certitude avec laquelle vous poursuivez ce qui ressemble à une voie insondable d’apaisement d’un ennemi qui nous rappelle à tous, quotidiennement, en paroles et en actes, qu’il est l’ennemi du monde libre ; c’est votre certitude, qui m’inquiète le plus.

Cette opinion a été rédigée le 30 mars 2015.