Un survivant de la Shoah vivant dans le New Jersey a reçu des excuses, qu’il n’avait pas demandées, de la part de la petite-fille de sympathisants nazis qui avaient vécu dans son logement de Nuremberg après que sa famille a été chassée d’Allemagne au début de l’Holocauste.

Dans une lettre datée du 17 mai, Doris Schott-Neuse a déclaré à Peter Hirschmann, un habitant de Maplewood, qu’elle avait « profondément honte » de ce que ses compatriotes allemands « vous ont fait subir, à votre famille et vos amis et proches ainsi qu’à tous les membres de la communauté juive de Nuremberg », selon le journal New Jersey Jewish News.

Hirschmann, 92 ans, a grandi au 15 Eichendorffstrasse à Nuremberg — où en 1935 les nazis avaient adopté des lois antisémites retirant aux Juifs la citoyenneté allemande – avant d’être envoyé avec son frère en sécurité en Angleterre à l’âge de 14 ans, selon le journal. Les deux enfants ont finalement retrouvé leurs parents et sont partis s’installer à Newark.

Schott-Neuse, 45, qui vit en Allemagne, a expliqué que sa mère avait grandi dans l’ancienne maison de Hirschmann à Nuremberg. Selon les recherches effectuées par la quadragénaires, la maison de trois pièces était « aryenisée », ainsi que d’autres biens, propriétés de Juifs, qui avaient été saisis par le régime nazi sans indemnisation. Le nom de son grand-père avait été associé à la maison dès 1940 et il en a été désigné propriétaire en 1941. Une tante qui vivait dans la maison avec la mère de Schott-Neuse l’a ensuite revendue dans les années 1970.

Schott-Neuse a pu retrouver Hirschmann après avoir lu un article publié en 2009 par le New Jersey Jewish News, mentionnant sa visite dans la maison au cours des années 1980, accompagné de son épouse, Merle, et de leurs enfants adolescents.

Nuremberg in ruins (photo credit: Wikimedia Commons)

Nuremberg en ruines. Illustration. (Crédit: Wikimedia Commons)

« J’ai 45 ans maintenant et il est honteux que je n’ai jamais examiné le passé nazi de ma famille, a-t-elle écrit à Hirschmann. J’aurais dû réaliser plus tôt qu’il y a bien, bien sûr, un passé nazi. »

Dans sa lettre, Schott-Neuse a décrit son apprentissage de l’histoire de la Shoah à l’école, expliquant qu’elle n’avait pas fait le lien entre ces horreurs et sa propre famille.

« Il semble que ce soit seulement maintenant que nous – la génération des petits-enfants d’ hommes et de femmes qui étaient devenus des criminels – commençons à poser des questions difficiles sur le degré d’implication et la manière dont nos familles ont activement contribué non seulement à la guerre mais à la Shoah », a-t-elle écrit.

Dans sa réponse, Hirschmann a affirmé que Schott-Neuse n’avait « aucune responsabilité » dans ce qui lui était arrivé à lui, à ses parents et à leur maison.

« J’ai vécu une longue vie et vous êtes l’un des plus beaux êtres humains qu’il m’ait été donné de rencontrer, a-t-il répondu. Votre lettre m’a mis les larmes aux yeux pour de nombreuses raisons. D’abord, parce que cela m’a rappelé les souffrances non méritées de ma famille et de tant d’autres familles comme la mienne, et la perte de ma maison d’enfance tant aimée. Mais cela m’a également attristé parce qu’il est manifeste que vous aussi souffrez, et cela me fait du mal de penser cela de votre part, vous qui n’avez rien à vous reprocher. »

« Je veux que vous sachiez que vous êtes totalement absoute de toute responsabilité et que vous ne devez pas laisser le passé vous hanter. Alors que jamais je ne mépriserai les leçons tirées du passé, j’ai vécu toute ma vie en regardant devant, pas derrière. J’espère que vous ferez la même chose », a-t-il continué.