Athènes, Grèce – La photo des dirigeants d’Aube dorée embarqués menottés par des policiers cagoulés en septembre dernier semblait être une image claire : les autorités grecques réprimaient le parti néonazi du pays comme un signe avant-coureur de sa disparition.

Au lieu de cela, il y aura bientôt une nouvelle image emblématique : trois membres du parti en train de prendre leurs sièges au Parlement européen.

Aube dorée, soi-disant persécuté, poursuivi et en lambeaux, a enregistré une percée importante lors des élections européennes, récoltant 9,4 % du vote populaire pour apparaître comme le troisième parti politique de Grèce.

Les dirigeants du parti, qui a remporté 7 % du vote dans les élections nationales de 2012, saluent le vote du week-end comme un triomphe clair.

« Nous sommes la troisième force politique de Grèce », a écrit Nikolaos Michaloliakos, le dirigeant emprisonné du parti Aube dorée, dans un message à ses partisans. « Nous sommes le futur de la Grèce. »

Pour les opposants à Aube dorée, y compris la petite communauté juive de Grèce, l’élection a été très frustrante. Elle souligne l’échec clair de la stratégie du Premier ministre Antonis Samaras pour traiter le parti ultranationaliste.

« C’est un vote qui nous met mal à l’aise, a déclaré David Saltiel, le président de la communauté juive de Thessalonique, la deuxième plus grande ville grecque. Je pense que le gouvernement grec a besoin de trouver des moyens d’expliquer aux votants qu’Aube dorée est un parti d’assassins nazis. »

« Pour le gouvernement grec qui doit déjà sortir le pays d’une crise économique majeure dans le cadre d’un régime d’austérité sévère imposé par l’Europe, le vote est une autre coup dur. Le parti Nouvelle Démocratie de centre-droit de Samaras, craignant d’éloigner l’aile droite du parti, a jusqu’à présent refusé d’interdire Aube dorée ou de faire voter une loi stricte contre le racisme au parlement.

Le gouvernement a préféré poursuivre Aube dorée devant les tribunaux, en arrêtant la plupart de ses législateurs. Six d’entre eux ont été emprisonnés, privés de leur immunité politique et du financement de l’Etat.

Samaras a été contraint d’agir après la vague d’indignation et de protestations en la Grèce à la suite de l’assassinat du 18 septembre du rappeur anti fasciste Killah P par un suspect, membre d’Aube dorée. Les membres du parti ont été accusés d’être derrière des dizaines d’attaques violentes sur des immigrants en Grèce.

Les procureurs ont déclaré que le parti, dont le drapeau rappelle la croix gammée Nazie et avec des dirigeants révisionnistes, dispose d’une organisation structurée qui opère avec des méthodes militaires ; le parti est inspiré par des idéaux de National socialisme.

Certains dirigeants ont depuis lors été libérés sous caution tandis que d’autres attendent toujours leurs procès. Aucune date n’a été fixée, le système légal grec fonctionne souvent très lentement.

Beaucoup de la crédibilité de l’opinion publique pour le gouvernement a disparu en avril lorsqu’un conseiller proche de Samaras a été contraint de démissionner à la suite de la publication d’une vidéo compromettante.

Cette vidéo le montrait en effet en train de déclarer aux législateurs d’Aube dorée que le gouvernement faisait uniquement pression sur la justice pour emprisonner des membres du parti afin d’endiguer la pertes des voix de Nouvelle Démocratie.

Le porte-parole d’Aube dorée Ilias Kasidiaris a publié la vidéo lors d’un débat parlementaire au sujet de la levée de son immunité.

Les élections au Parlement européen, la branche législative de l’Union européenne, ont également sapé la doctrine centrale du gouvernement grec. Le gouvernement considérait qu’en présentant les membres du parti Aube dorée pour ce qu’ils étaient réellement, cela les viderait leur soutien.

C’est un échec évident, explique Victor Eliezer, le secrétaire général du Conseil central des communautés juives de Grèce.

« Maintenant, personne ne pourra dire qu’il ne savait pas, personne ne pourra dire qu’il s’agissait d’un vote de protestations, a-t-il déclaré. Cette fois, à mon grand regret, les votes pour l’Aube dorée sont clairement idéologiques. Ce sont des votes pour un parti néo-Nazi ». Pour les juifs grecs, une question demeure : que peut-on faire ?

Certains, comme Saltiel, croient que c’est seulement en traitant les problèmes sous-jacents qui affectent la Grèce qu’ils pourront vraiment se débarrasser d’Aube dorée. Une étude récente par la Ligue Anti Diffamation a montré que la Grèce a le taux le plus élevé d’opinions antisémites, avec 69 % des Grecs qui ont des idées antisémites. C’est un taux presque deux fois plus important que le second pays du classement, la France, où le taux atteint 37 %.

« Aube dorée est un symptôme de la maladie », a déclaré Saltiel.

Une partie du soutien accordé à d’Aube dorée provient du rôle qu’il a joué à remplir le vide créé par la crise économique.

Tandis que le gouvernement taille dans les salaires et les retraites et que le chômage a augmenté de près de 30 %, Aube dorée a pris de l’importance en distribuant de la nourriture, des médicaments et d’autres provisions aux Grecs ethniques.

Ils ont également effectué des patrouilles de sécurité dans des quartiers prédominants avec des étrangers. Certaines des patrouilles ont entraîné des violences contre les immigrants. Au cours des dernières années, la Grèce a vu arriver un flux énorme d’immigrants qui utilisent le pays comme une porte d’entrée vers l’Europe.

« Je crois que le gouvernement doit travailler pour régler les vrais problèmes du peuple afin de comprendre pourquoi les gens votent pour ce parti extrémiste nazi », a déclaré Saltiel.

Les autorités grecques n’ont pas déclaré quelles seront leurs prochaines démarches. Le porte-parole du gouvernement, Simos Kedikoglou, a seulement fait une brève déclaration en répétant que le gouvernement doit faire un meilleur travail pour expliquer les dangers d’Aube dorée.

D’autres considèrent qu’il est temps de traiter la question de l’extrémisme néonazi à un niveau plus large. Ils ne font pas seulement référence à une poussée de l’extrême droit aux élections européennes, mais à une augmentation de la violence extrémiste à travers l’Europe, y compris l’attaque de samedi dans le Musée juif de Bruxelles qui a fait trois morts.

Les dirigeants européens doivent traiter cette question en urgence. Ils doivent proposer une stratégie pour combattre l’extrémisme, a déclaré Ronald Lauder, président du Congres juif mondial.

Lauder a déclaré qu’il voulait que les dirigeants européens trouvent un « plan crédible » pour combattre le problème.

« Le futur des Juifs d’Europe est en jeu si ces forces ne sont pas maîtrisées », a-t-il déclaré.