Une synagogue de Charlottesville a été dans l’obligation de faire appel à des gardiens de sécurité privés après que la police locale a refusé de poster un agent à ses abords durant un rassemblement organisé par l’extrême-droite le week-end dernier, a fait savoir un chef communautaire.

« Le département de la police a refusé de nous envoyer un agent durant les services du matin », a écrit Alan Zimmerman, président de la Congrégation Beth Israel dans cette ville de Virginie, dans un post publié sur un blog au début de la semaine.

Les militants d’extrême-droite se sont rassemblés dans un parc situé à un bloc d’habitations de la synagogue ce samedi matin-là, scandant des slogans racistes et antisémites et intimidant les contre-manifestants et les passants présents. Après la dispersion du rassemblement par la police, une contre-manifestante de 32 ans a trouvé la mort lorsqu’un véhicule conduit par un suprématiste blanc présumé a foncé sur un groupe de personnes à pieds.

« Ce samedi matin, je me suis tenu devant notre synagogue avec le gardien de sécurité armé que nous avons embauché lorsque le département de la police a refusé de déléguer un agent pour les services du matin. (Même la promesse limitée faite par le département de la police d’envoyer un observateur à proximité du bâtiment n’a pas été tenue – et notez-le, nous n’avions pas demandé une protection de notre bien, seulement de nos fidèles pendant le service »), a-t-il écrit sur le post paru sur ReformJudaism.org, qui était intitulé « A Charlottesville, la communauté juive locale continue ».

Zimmerman, comme d’autres témoins oculaires, a décrit les intimidations faites par les participants ou les partisans du rassemblement d’extrême-droite.

« Plusieurs fois, des groupes de nazis sont passés devant notre bâtiment, en criant « voilà la synagogue !’, une remarque suivie par des cris, ‘Sieg Heil’ et autres propos antisémites. Certains portaient des drapeaux à croix gammée et d’autres symboles nazis », a écrit Zimmerman.

Pendant une demi-heure, des hommes habillés en uniforme et armés de fusils semi-automatiques sont restés aux abords de la synagogue, a-t-il ajouté.

« S’ils avaient essayé d’entrer, je ne sais pas ce qu’on aurait pu faire pour les empêcher, mais je n’ai pas non plus pu détourner mon regard d’eux. Peut-être la présence de notre garde armé les a dissuadés. Peut-être leur présence n’a-t-elle été qu’une coïncidence et que je suis paranoïaque. Je ne le sais pas », a écrit Zimmerman.

Zimmerman a également raconté que John Aguilar, un vétéran de la Marine dans laquelle il a passé trente ans, s’était porté volontaire pour surveiller les services dans la soirée de vendredi et dans la matinée de samedi aux côtés du garde armé.

Un homme portant un polo blanc – un uniforme arboré par certains des participants au défilé – est passé plusieurs fois devant la synagogue, faisant naître la suspicion. Zimmerman a noté plus tard que l’individu arborait la même chemise que James Fields, le tueur présumé de Heyer.

« C’est apparemment l’uniforme d’un groupe suprématiste blanc. Même maintenant, cela me donne des frissons », a écrit Zimmerman.

Lorsque les services se sont achevés, « mon coeur s’est brisé et j’ai conseillé aux fidèles de ma congrégation de quitter le temple par l’entrée arrière plutôt que par la porte de devant pour des raisons de sécurité, et de bien vouloir partir en groupe », a ajouté Zimmerman. « C’est l’année 2017 aux Etats-Unis d’Amérique ».

John Aguilar, un vétéran de la Marine à la retraite, aux abords de la Congrégation Beth Israel de Charlottesville, s'était porté volontaire pour monter la garde devant le bâtiment au cours du rassemblement organisé à proximité par l'extrême droite ce matin-là. (Crédit : Ron Kampeas)

John Aguilar, un vétéran de la Marine à la retraite, aux abords de la Congrégation Beth Israel de Charlottesville, s’était porté volontaire pour monter la garde devant le bâtiment au cours du rassemblement organisé à proximité par l’extrême droite ce matin-là. (Crédit : Ron Kampeas)

La police de Charlottesville n’a pas répondu à notre demande de commentaires.

Dans une interview séparée, le rabbin Rachel Schmelkin, éducatrice et rabbin à la synagogue, a noté que les membres « Antifa » – le mouvement de rue anti-fasciste – a également défendu les responsables religieux et les lieux de culte durant le rassemblement.

« Il y a eu un groupe d’antifas qui a défendu l’église méthodiste unie sur son parking. A un moment, les suprématistes blancs sont arrivés et les antifas les ont chassés à l’aide de bâtons », a-t-elle raconté à Slate.

D’autres responsables religieux ont livré des récits similaires à Slate, saluant les contre-manifestants de gauche qui les ont protégés de l’extrême-droite.

« Sur la base de ce qui arrivait autour de nous, de ce qu’on voyait sur [les visages des participants au défilé d’extrême droite], face au nombre qu’ils étaient et aux armes qu’ils avaient, mon hypothèse ou ma théorie, c’est que si les Antifas n’avaient pas été là, ceux qui parmi nous se trouvaient sur les marches du [Parc de l’Emancipation] auraient finalement été blessés, et très probablement gravement », a déclaré à Slate Brandy Daniels, élève en post-doctorat en religion et en politique publique à l’université de Virginie.

Le président Trump a blâmé les violences survenues lors de ce rassemblement, disant qu’elles avaient émanées « de tous les côtés ».