Le parlementaire arabe israélien Basel Ghattas est apparu devant le Tribunal d’instance de Rishon Lezion lors d’une audience consacrée à son maintien en détention préventive dans la matinée de vendredi, vingt-quatre heures après son arrestation en raison de soupçons portant sur un trafic de téléphones cellulaires, de cartes SIM et de transmission de messages codés auprès de détenus palestiniens.

Le Tribunal a approuvé un prolongement de quatre jours de cette détention préventive.

Le journal Haaretz a rapporté que la police, qui réclamait pour sa part un prolongement de six jours, avait indiqué au Tribunal que Ghattas avait refusé d’expliquer comment il était parvenu à obtenir les téléphones ou l’identité de la personne qui lui avait demandé d’entrer en contact avec les deux détenus sécuritaires.

“Les différents matériels de l’enquête montrent que Ghattas a utilisé l’immunité qui lui était accordée sous les termes de la loi lorsqu’il a rendu visite à deux prisonniers de sécurité – l’un purgeant une condamnation à vie et l’autre une peine de 15 ans”, a expliqué un responsable des services de police au Tribunal, des propos repris par Haaretz.

« Ghattas a été vu sortant des enveloppes et les transmettant aux détenus. Avant de se rendre à la prison, le parlementaire a coordonné son arrivée avec l’un des individus incarcérés, qui utilisait un téléphone cellulaire qui avait été préalablement introduit au sein de la prison. Ghattas a refusé de dire qui lui avait donné les téléphones portables à transférer aux prisonniers ».

Sawsan Ghattas (au centre), l'épouse du parlementaire Basel Ghattas, lors de l'audience concernant la détention préventive de son mari au Tribunal de Rishon Lezion le 23 décembre 2016, vingt-quatre heures après avoir été arrêté pour avoir trafiqué des téléphones cellulaires à des terroristes condamnés en Israël. (Crédit : AFP PHOTO/JACK GUEZ)

Sawsan Ghattas (au centre), l’épouse du parlementaire Basel Ghattas, lors de l’audience concernant la détention préventive de son mari au Tribunal de Rishon Lezion le 23 décembre 2016, vingt-quatre heures après avoir été arrêté pour avoir trafiqué des téléphones cellulaires à des terroristes condamnés en Israël. (Crédit : AFP PHOTO/JACK GUEZ)

Ghattas est également soupçonné d’avoir donné “des documents en liaison avec les services de renseignements” à l’un des deux détenus via des notes codées, a expliqué la Deuxième chaîne au début de la semaine.

Ce message aurait contenu des informations de la part d’autres prisonniers incarcérés pour des affaires relatives à la sécurité, ainsi que des mentions de l’ancien parlementaire de Balad, Azmi Bishara, qui a fui d’Israël en 2007 pour échapper à une enquête de police et des services du Shin Bet.

Cette investigation avait été lancée en raison d’allégations prétendant qu’il était rémunéré par le Hezbollah pour aider à localiser des cibles pour des tirs de roquettes sur le territoire israélien.

Le parlementaire, pour sa part, a insisté devant le tribunal sur le fait qu’il n’y avait aucune preuve attestant de la remise de documents codés, ce que le juge a accepté.

Selon le Procureur Général Avichai Mandelblit, Ghattas a reconnu devant la police qu’il avait transmis des enveloppes et des notes en admettant qu’il savait que c’était interdit. Mais il a également affirmé qu’il ignorait ce que contenaient ces enveloppes et qu’il pensait que les notes fournies étaient des pamphlets émanant du parti Balad.

La formation nationaliste Balad, auquel Ghattas appartient, qui fait partie de la Liste arabe unie de la Knesset, a dénoncé une “persécution politique” exercée à travers cette arrestation.

“Balad considère l’arrestation du parlementaire Ghattas comme une initiative qui n’a pas jamais connu de précédent par sa gravité et qui n’est aucunement justifiée”, a fait savoir le parti par le biais d’un communiqué vendredi matin, a rapporté le site d’information Walla.

“L’arrestation du député Ghattas est une initiative vindicative menée dans un contexte d’hostilité croissante et d’incitation sauvage contre l’opinion publique arabe et chapeautée par le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Balad se dresse fermement contre cette attaque, veillera à la protection des droits et du statut du parlementaire Basel Ghattas et n’acceptera pas les calomnies proférées à son encontre. [Nous] défendrons l’activité politique légitime de la minorité arabe », indiquait le communiqué.

L’arrestation de Ghattas est survenue immédiatement après une deuxième série d’interrogatoires policiers dans le cadre d’une garde à vue, simplement quelques heures après que le législateur a renoncé à son immunité parlementaire.

La police aurait procédé à son arrestation parce qu’elle craignait qu’il ne fuie le territoire, comme l’avait fait Bishara.

L’interrogatoire, jeudi, a eu lieu en présence de hauts-responsables émanant du bureau du procureur de l’Etat, qui est tenu d’approuver les différentes démarches, qu’il s’agisse de son arrestation et d’éventuelles perquisitions à son domicile ou à son bureau.

Selon des articles parus dans la presse hébréophone, Ghattas aurait réussi à introduire au moins 15 téléphones cellulaires et plusieurs cartes SIM auprès des détenus, qui purgent leur peine à la prison de Ketziot située au sud de Beer Sheva.

Le soldat israélien Moshe Tamam, assassiné en 1984 ( Capture d'écran : YouTube)

Le soldat israélien Moshe Tamam, assassiné en 1984 ( Capture d’écran : YouTube)

L’un des prisonniers que Ghattas aurait rencontré durant une visite effectuée dimanche à Ketziot est Walid Daka, qui purge actuellement une peine de 37 ans pour l’enlèvement et le meurtre, en 1984, du soldat israélien Moshe Tamam, alors âgé de 19 ans.

Les téléphones, qui ont été retrouvés dissimulés sous des moulures en plastique entourant une fenêtre dans la salle réservée aux visiteurs, auraient dû être collectés par des prisonniers appartenant au groupe terroriste du Jihad Islamique.

Ghattas, arabe chrétien de Galilée, a passé un premier interrogatoire mardi pour y répondre des suspicions à son encore.

La police lui a montré un enregistrement de vidéo surveillance qui apporterait la preuve qu’il a effectivement remis des enveloppes contenant des objets aux détenus au cours d’une visite au moins.