Les chauffards israéliens qui s’étonnaient de ne pas recevoir d’amende malgré la prolifération des radars savent maintenant pourquoi : un projet de 23 millions d’euros pour utiliser des caméras radars pour aider à réduire les accidents de la route est devenu un échec grotesque, en partie parce que la police l’a saboté en recalibrant la moitié des caméras du pays pour qu’elles n’enregistrent pas trop d’infractions, a découvert un organisme de contrôle.

Sur la route Hébron de Jérusalem, gâchée par de nombreux accidents, par exemple, un conducteur devrait rouler à plus de 155 km/h pour déclencher la caméra, a noté le contrôleur de l’Etat d’Israël dans un rapport accablant publié mercredi. La vitesse maximale autorisée sur la route est de 80 km/h.

Sur le boulevard Namir de Tel Aviv, les caméras sont réglées pour ne flasher que quand un conducteur dépasse 250 km/h. La vitesse limite sur cette route est de 60 km/h.

« Ces vitesses sont ridicules, » a déclaré mercredi soir un militant de la sécurité routière à la Deuxième chaîne israélienne.

Le contrôleur de l'État Yossef Shapira, le 29 octobre 2014 (Crédit : Flash90)

Le contrôleur de l’État Yossef Shapira, le 29 octobre 2014 (Crédit : Flash90)

Le rapport a également montré que 55 000 inculpations pour violations du code de la route avaient été simplement supprimées pour des raisons « de procédure » entre 2012 et 2015, l’administration de la cour, le ministère de la Sécurité intérieure et la police israélienne n’arrivant pas à se coordonner pour trouver des dates communes pour les procès et d’autres détails techniques. Pendant cette période, les décès sur la route ont augmenté de 22 %. E 2015, il y a eu 357 victimes sur les routes israéliennes.

Selon le rapport, la police a joué avec les caméras pour diminuer le nombre de rapports que les policiers auraient à écrire sur les conducteurs en infraction.

Le rapport a également découvert que des violations par plusieurs officiers supérieurs de la police avaient été annulées quand ils avaient affirmé, sans raison, qu’ils se rendaient sur des scènes de crime. Ces dossiers ont été rouverts à la lumière de ce rapport.

La police a fait sauter près de 1 400 contraventions, soit plus de la moitié (53 %) délivrées contre ses membres entre 2012 et 2015, dit le rapport.

Le gouvernement avait investi 100 millions de shekels (23 millions d’euros) dans le projet pour mettre en place ce qui devait être un réseau de 300 caméras numériques de pointe dans tout le pays.

Mais « des échecs systématiques ont empêché une opération optimale des caméras, dans lesquels des financements importants ont été investis », a écrit le contrôleur de l’Etat Yossef Shapira dans ce rapport. « Les découvertes de cette analyse montrent que les objectifs centraux [de ce programme] ont échoué et que l’utilisation des caméras n’est pas efficace. »

La police a déclaré en réponse que le projet est « un projet d’infrastructure nationale qui est toujours dans les étapes de mise en place et d’extension ». La plupart des découvertes et plaintes du contrôleur ont été corrigées, a déclaré la police.

Le ministère de la Sécurité publique a déclaré qu’il avait commencé à travailler dans l’esprit des recommandations de Shapira immédiatement après avoir reçu une première version du rapport il y a plusieurs mois.

« En ce qui concerne le projet des caméras, il y a un énorme fossé entre le nombre de rapports que les caméras peuvent produire et la capacité des tribunaux de la route à juger les conducteurs en infraction. Les nouvelles caméras peuvent produire des millions de rapports par an, mais les tribunaux ne peuvent traiter que 90 000 dossiers annuellement », a déclaré le ministère.

Le directeur d’Or Yarok, une ONG qui combat pour la sécurité routière, a déclaré que le rapport dévastateur « parle pour lui-même ».

« Quand un conducteur voit une caméra radar, il retire son pied de l’accélérateur et conduit plus prudemment… Le gouvernement doit mettre en place ses décisions et ajouter plus de caméras aux carrefours dangereux et dans les endroits où il y a un lien direct entre la vitesse de conduite et les accidents de la route », a déclaré Shlomo Abuav.

Le député Eitan Cabel (Union Sioniste), le 2 décembre 2015. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le député Eitan Cabel (Union Sioniste), le 2 décembre 2015. (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Le député de l’Union sioniste Eitan Cabel, membre de la sous commission de la sécurité routière de la Knesset, a déclaré que les faits révélés par le rapport du contrôleur de l’Etat « ont joué un rôle central dans l’effondrement de l’application des lois qui empêchent les morts sur les routes ».

Il a déclaré que la commission des Affaires économiques de la Knesset tiendrait bientôt une audition sur les accidents de la route « et discutera alors des découvertes de ce rapport avec la commission de contrôle de l’Etat de la Knesset. »

Shapira sera présent à cette discussion, a ajouté Cabel.

Cette affaire, après la mise en cause de hauts responsables pour harcèlement sexuel au sein de la police, contribue encore un peu plus à discréditer les forces de l’ordre auprès du public, soulignent les médias.

L’AFP a contribué à cet article.