La police recommande de poursuivre les Netanyahu dans l’Affaire 4000
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La police recommande de poursuivre les Netanyahu dans l’Affaire 4000

Les enquêteurs ont déclaré que leurs conclusions sur l’affaire de corruption Bezeq devraient conduire à inculper le Premier ministre, sa femme, le propriétaire de Bezeq et sa femme

Benjamin Netanyahu et son épouse Sara allument la première bougie de Hanoukka, le 12 décembre 2017 (Crédit : חיים צח, לע״מ)
Benjamin Netanyahu et son épouse Sara allument la première bougie de Hanoukka, le 12 décembre 2017 (Crédit : חיים צח, לע״מ)

Dans une annonce qui fait l’effet d’une bombe à retardement et qui menace de fragiliser encore plus le gouvernement déjà fragilisé (le gouvernement de Benjamin Netanyahu ne dispose plus que d’une majorité d’une voix au Parlement – 61 députés sur 120), la police israélienne a annoncé samedi qu’elle recommandait de poursuivre en justice pour des accusations de corruption le Premier ministre Benjamin Netanyahu et sa femme, Sara Netanyahu, dans l’affaire de corruption Bezeq, aussi connue comme l’Affaire 4000.

Les enquêteurs ont déclaré que Benjamin Netanyahu avait pris des décisions régulatoires ayant profité à Shaul Elovitch, l’actionnaire contrôlant Bezeq, la plus grande entreprise de télécommunications du pays – malgré l’opposition des responsables du ministère des Communications – en échange d’une couverture médiatique positive sur le site d’information Walla d’Elovitch.

« La principale suspicion est que le Premier ministre aurait pris des pots-de-vin et aurait agi en conflit d’intérêts en intervenant et en prenant des décisions régulatoires qui ont favorisé Shaul Elovitch et le groupe Bezeq. Dans le même temps, il a demandé directement et indirectement à interférer avec le contenu du site d’information Walla d’une manière qui pouvait lui profiter », a expliqué la police dans un communiqué commun avec l’Autorité israélienne des Sécurités, qui a également participé à cette enquête de neuf mois.

Les enquêteurs ont déclaré qu’ils pensaient avoir assez de preuves pour porter Netanyahu au tribunal sur des accusations de corruption, de fraude, d’abus de confiance et pour avoir profité de certains avantages de manière frauduleuse.

Le résumé de l’enquête contenait également une recommandation de poursuites contre Sara Netanyahu pour corruption, fraude et abus de confiance, et pour « entrave aux déroulements d’une enquête judiciaire » en ce qui concerne Shaul Elovitch.

La police a affirmé que les conclusions montraient que le Premier ministre avait utilisé son bureau « pour promouvoir les affaires régulatoires d’Elovitch, y compris l’affaire de la fusion Bezeq-Yes, et y compris la couverture médiatique positive de ces questions sur le site Walla », en référence à la chaîne satellite Yes.

« L’intervention du Premier ministre et de ses associés dans les contenus et les nominations des employés du site internet Walla visait à promouvoir ses intérêts personnels en publiant des articles et photos flatteurs, en retirant les contenus critiques sur le Premier ministre et sa famille », a précisé le communiqué.

Shaul Elovitch arrive pour la prolongation de sa détention provisoire dans l’affaire 4000 devant le tribunal de première instance de Rishon Lezion, le 18 février 2018. (Flash90)

Pour la police, Sara a agi sur le compte du Premier ministre pour coordonner la couverture sur Walla avec la femme d’Elovitch, Iris Elovitch, et Ilan Yeshua, le PDG du site d’information, qui devrait également être poursuivi pour corruption, selon la police.

« Les conclusions ont également révélé que la famille Elovitch avait influencé les publications de Walla, en échange de décisions régulatoires en faveur de Shaul Elovitch et du Groupe Bezeq, et cela dans la volonté de faire avancer plus encore les intérêts commerciaux du groupe Bezeq en général et son contrôle d’actionnaire en particulière », a expliqué la police.

Benjamin Netanyahu a immédiatement rejeté dimanche les conclusions de la police.

« Je suis sûr que dans ce cas les autorités compétentes, après avoir examiné la question, parviendront à la même conclusion: qu’il n’y avait rien parce qu’il n’y a rien », a-t-il répondu dans un communiqué.

« Comment se fait-il que les recommandations de la police soient rendues publiques le jour même où le chef de la police quitte ses fonctions? Les jeux étaient faits d’avance. Moi et mon épouse Sara sommes la cible d’une chasse à l’homme », a affirmé M. Netanyahu plus tard lors d’un discours dans la région de Tel-Aviv.

Lors de leur réunion hebdomadaire, les ministres du Likoud (droite), le parti de Benjamin Netanyahu, ont exprimé leur soutien au chef du gouvernement. « Merci beaucoup mais vous devez prendre cela bien plus sérieusement que je ne le fais », a répondu le Premier ministre au sujet de l’affaire.

Dans l’opposition, le chef des travaillistes Avi Gabbay a appelé Benjamin Netanyahu à démissionner. La dirigeante du parti de gauche Meretz, Tamar Zandberg a estimé sur Twitter qu »Israël doit organiser des élections maintenant », le Premier ministre étant accusé du « plus grave délit selon la loi israélienne ».

Tzipi Livni, la chef de l’opposition de l’Union sioniste, a déclaré que « Netanyahu doit partir avant de détruire les institutions du maintien de l’ordre pour sauver sa propre peau. La nation israélienne mérite des dirigeants propres ».

Livni et Yoel Hasson, le président du groupe de l’Union sioniste à la Knesset, ont tous les deux appelé à dissoudre le gouvernement et à organiser immédiatement des nouvelles élections.

« Netanyahu, ton temps est compté, a tweeté Hasson. Israël doit tenir de nouvelles élections, pas en novembre [comme c’est prévu] ni en mai, mais immédiatement. Benjamin Netanyahu, qui est trempé jusqu’au cou dans des enquêtes et des suspicions, doit démissionner et ne doit pas participer aux prochaines élections ».

Yair Lapid, le chef du parti Yesh Atid, a appelé le parti du Likud au pouvoir à retirer son poste à Netanyahu jusqu’à ce que des nouvelles élections puissent se tenir.

« C’est un jour triste, triste pour tous les citoyens israéliens… mais aussi pour ceux qui connaissent Netanyahu depuis des dizaines d’années comme moi et d’autres. On a vu la logique de corruption causée par de trop nombreuses années au pouvoir », a déclaré Lapid dans un communiqué.

Le chef du parti d’opposition a déclaré qu’Israël « mérite mieux » que d’être dirigé par un Premier ministre englué dans des affaires judiciaires. « Le Likud doit choisir quelqu’un de ses rangs qui conduira le pays aux élections qui auront bientôt lieu ».

Tamar Zandberg, qui dirige le parti de gauche Meretz, a également appelé Netanyahu à la démission.

« Une troisième recommandation pour corruption ne laisse aucune place au doute, a-t-il déclaré dans un communiqué. Un Premier ministre suspecté du plus grave de délit dans le droit israélien pour des officiels publics ne peut pas occuper ce poste un jour de plus. Netanyahu devrait démissionner aujourd’hui et Israël devrait tenir des élections immédiatement ».

Gila Gamliel, la ministre de l’Egalité sociale, a publié un communiqué soutenant Netanyahu : « Je connais le Premier ministre depuis 20 ans. Il n’est pas corrompu et la seule chose qui le guide est le bien de l’état. Je suis sûre que le Procureur général n’acceptera pas [la recommandation] ».

D’autres membres du Likud ont critiqué le chef sortant de la police israélienne Roni Alsheich, dont le mandat se termine lundi, et qui a été la cible des critiques de Netanyahu toute l’année dernière. Le Premier ministre l’a accusé d’avoir fait fuiter des informations compromettantes à la presse et d’avoir mené une « chasse aux socières » contre le Premier ministre et sa famille.

« La police continue de dépasser les bornes. Alsheich voulait faire un cadeau de départ à Netanyahu », a déclaré le député Miki Zohar, affirmant que le chef sortant de la police « a fait fortement pression sur la Lahav 433 », l’équipe anti-corruption de la police, pour faire publier les conclusions dimanche.

David Amsalem, membre de la coalition, a déclaré dans un communiqué que « le plus surprenant, c’est le timing parfait ».

Lors de la réunion du cabinet de dimanche matin, le ministre de Transports Israël Katz a « offert son soutien au Premier ministre au nom de tout le cabinet », selon le porte-parole de Netanyahu. Celui-ci a répondu : « Merci mais vous semblez prendre cela plus au sérieux que moi ».

Naftali Bennett, ministre de l’Education et chef du parti HaBayit HaYehudi, a publié une réponse énigmatique à l’annonce de la nouvelle.

« Je comprends que j’ai été [ce qu’il a reçu] en retour », a-t-il déclaré dans un communiqué qui a été largement interprété comme laissant entendre que les histoires négatives publiées à son sujet sur le site Walla faisaient partie de l’accord que Netanyahu a scellé avec Elovitch.

Uri Ariel, ministre de l’Agriculture et collègue de Bennett à HaBayit HaYehudi, a déclaré : « J’espère que les recommandations se révéleront incorrectes, et que le Premier ministre sera acquitté et continuera [à servir] dans l’intérêt de l’Etat d’Israël ».

La députée du Meretz, Tamar Zandberg, assiste à une réunion de la Commission des affaires intérieures à la Knesset à Jérusalem, le 30 novembre 2017. (Miriam Alster/Flash90)

Netanyahu est également suspecté dans deux autres affaires de corruption, l’affaire 1000 et 2000, deux enquêtes pour lesquelles la police a déjà recommandé des mises en examen pour corruption.

Dans l’Affaire 1000, ce que l’on a appelé le « scandale des cadeaux », Netanyahu est suspecté d’avoir « systématiquement » demandé des avantages, à hauteur d’environ un million de shekels (environ 249 000 euros), à des bienfaiteurs milliardaires, y compris le producteur d’Hollywood Arnon Milchan et le propriétaire d’hôtels australien James Packer, en échange de faveurs.

L’affaire 2000 correspond à une suspicion d’un accord frauduleux entre Netanyahu et le journal Yedioth Ahronoth d’Arnon Mozes, qui aurait vu le Premier ministre travailler à affaiblir un quotidien rival, Israël Hayom soutenu par Sheldon Adelson, en échange d’une couverture médiatique plus favorable de la part du Yedioth.

Netanyahu a démenti tout méfait dans toutes ces affaires, soulignant que les cadeaux ont été offerts par des amis, qu’il ne s’agissait pas de corruption, et qu’il n’avait jamais eu l’intention d’agir après ses conversations avec Mozes.

Les recommendations vont maintenant aller vers le Bureau du Procureur général. Elles seront déjà examinées par le procureur d’état avant d’aller vers le Procureur général Avichai Mandelblit.

Le procureur général Avichai Mandelblit lors d’une conférence à Jérusalem le 5 février 2018. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Mandelblit, qui prendra la décision finale d’inculper ou non le Premier ministre, a l’intention d’examiner toutes les trois affaires en même temps, ce qui ne sera possible qu’après avoir reçu les recommendations du procureur d’état qui se basent sur les rapports finaux de la police.

Ce processus fixe la date probable de toute décision finale sur un éventuel procès de Netanyahu à la fin 2019, peut-être après les prochaines élections à la Knesset. Les prochaines élections sont actuellement prévues pour novembre 2019, mais pourraient très bien se tenir plus tôt.

L’AFP a contribué à cet article.

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