Samedi soir, la police israélienne a répondu aux accusations du Premier ministre Benjamin Netanyahu, affirmant que sa diatribe à l’encontre du chef de la police, accusé d’être à l’origine de plusieurs fuites dans les médias concernant les enquêtes dont il fait l’objet, était « infondée ».

Un peu plus tôt dans la soirée de samedi, Netanyahu avait suggéré que Roni Alsheich, l’actuel chef de la police israélienne, était responsable de la divulgation d’informations faites aux médias sur les enquêtes criminelles sur des faits de corruption présumés aux plus hauts niveaux de l’Etat.

« Nous ne serons pas traînés dans des attaques infondées qui ont pour objectif de perturber le travail de la police et de nuire à la légitimité de l’état de droit », a indiqué la police dans un communiqué.

« La police fait son travail selon les termes de la loi et ne répondra pas aux provocations sur la base d’attaques sans fondement qui perturbent son travail et portent atteinte à l’état de droit », a affirmé à l’AFP une porte-parole de la police sous le couvert de l’anonymat.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant à la réunion hebdomadaire du cabinet dans ses bureaux de Jérusalem, le 1er octobre 2017. (Crédit : Sebastian Scheiner/Pool/AFP)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pendant à la réunion hebdomadaire du cabinet dans ses bureaux de Jérusalem, le 1er octobre 2017. (Crédit : Sebastian Scheiner/Pool/AFP)

Plusieurs détracteurs de Netanyahu ont également fustigé le Premier ministre après son attaque contre la police, une institution jugée presque aussi sacro-sainte que l’armée par les politiciens israéliens.

« Ce qui a commencé avec les artistes, les journalistes et les juges a maintenant atteint la police », a écrit sur Facebook Isaac Herzog, député de l’Union sioniste et chef de l’opposition parlementaire. « Les incitations et les dissensions, tout cela pour l’intérêt d’un homme, quel qu’en soit le coût, même au prix de l’unité nationale et de l’attaque contre les symboles de l’Etat et de l’état de droit. »

Sur Twitter, l’ancien Premier ministre Ehud Barak, fervent critique de Netanyahu, a affirmé que l’attaque contre la police était le début de sa fin.

« Netanyahu est prêt à faire brûler l’Etat dans sa chute. Persécution méprisable et dangereuse des institutions de l’Etat. Quand la loi menace Bibi, Bibi menace la loi », a-t-il écrit, en utilisant le surnom de Netanyahu.

Isaac Herzog appelle Ehud Barak, à droite, à rejoindre le Parti travailliste, à Tel Aviv, le 29 janvier 2017. (Crédit : autorisation)

Isaac Herzog appelle Ehud Barak, à droite, à rejoindre le Parti travailliste, à Tel Aviv, le 29 janvier 2017. (Crédit : autorisation)

L’échange sans précédent entre Netanyahu et la police a eu lieu après que la Deuxième chaîne a annoncé que les policiers s’apprêtaient à convoquer Netanyahu pour un interrogatoire supplémentaire dans le cadre des enquêtes dont il fait l’objet.

« Quand le chef de la police Roni Alsheich a pris son poste, il a pris deux décisions importantes : qu’il n’y ait plus de fuites [dans les médias] sur les enquêtes, et qu’il n’y ait plus de recommandation de la police [pour ou contre une mise en examen] », pouvait-on lire dans un communiqué publié par Ofer Golan, le porte-parole de la famille Netanyahu.

« Mais depuis que Lior Horev a été nommé au poste de conseiller politique externe de la police pour des millions [de shekels] payés par le contribuable et sans appel d’offre, les fuites illégales sont devenues un tsunami, et la décision d’éviter de faire des recommandations [de mise en examen] a disparu », ajoutait le communiqué.

Horev est un ancien politique. Il a été le conseiller média de plusieurs politiciens importants, notamment l’ancien Premier ministre Ariel Sharon. Il a été embauché par la police en mars 2016 au poste de conseiller média pour 800 000 shekels par an, quelques mois après la nomination d’Alsheich à la tête de la police par Netanyahu.

Lior Horev (Crédit : Flash90)

Lior Horev (Crédit : Flash90)

Malgré le scandale sur son salaire, qui a entraîné une audience au sein de la commission des Affaires internes de la Knesset, le contrat d’Horev a été prolongé pour trois ans en mars dernier.

La Deuxième chaîne a indiqué samedi soir que la police approfondissait son enquête sur les actes du Premier ministre, qui allait être convoqué pour être interrogé dans les deux affaires contre lui, l’Affaire 1000 et l’Affaire 2000, lors des deux prochaines semaines.

Les enquêteurs devraient également entendre Netanyahu, cette fois en tant que témoin, dans le cadre de l’Affaire 3000, l’affaire dite des sous-marins.

« La population sait qu’il existe une chasse aux sorcières médiatique évidente contre le Premier ministre. Comme cela s’est déjà produit dans le passé, toutes les accusations contre le Premier ministre se révèleront fausses, et rien n’en sortira », pouvait-on lire dans le communiqué publié samedi.

Depuis le début des enquêtes, Netanyahu s’en est pris aux médias et à la gauche, accusés d’avoir partie liée dans une tentative de « putsch » pour obtenir son inculpation et son éviction du pouvoir. Mais c’est la première fois qu’il se livre à une offensive aussi dure contre la police.

Son épouse Sara est elle aussi mise en cause et risque d’être jugée pour avoir fait passer des centaines de milliers de shekels de repas aux frais du contribuable.

Ces dossiers alimentent la chronique depuis des mois, suscitant les interrogations sur l’avenir de Netanyahu et sa faculté à se tirer à nouveau d’affaire grâce à son instinct de survie politique.

L’AFP a contribué à cet article.