La police s’est rendue lundi matin dans un quartier défavorisé du nord de Tel Aviv pour expulser plusieurs familles qui, selon la Cour suprême, vivent sur des propriétés qui ne leur appartiennent pas.

Les huit familles en question ont déjà été expulsées une première fois du quartier de Givat Amal en septembre mais y sont revenus par la suite.

Le député Meretz, Ilan Gilon, a passé la nuit dans ce quartier de Tel Aviv pour montrer sa solidarité avec ces habitants. Il a décrit ces expulsions comme étant violente et injuste.

Les résidents et la police se sont affrontés lundi. Plusieurs personnes se sont barricadées chez elles et ont menacé de s’immoler, indique la Dixième chaîne. Les habitants ont aussi brûlé des pneus à l’entrée du quartier.

La police a pris plusieurs heures pour terminer l’expulsion, selon la Deuxième chaîne et deux personnes ont été arrêtées pour avoir résisté à l’opération.

Givat Amal a une population de 150 personnes environ. La valeur du terrain sur lequel ce quartier est construit été a évalué à des millions de shekels et appartient à l’homme d’affaires israélien Yitzhak Tshuva.

Un projet de réaménagement de ce quartier prévoit de remplacer les petites maisons et les bidonvilles par des résidences luxueuses.

Affrontement entre les habitants de Givat Amal et la police le 29 Décembre 2014 (Crédit : Amir LeviFlash90)

Affrontement entre les habitants de Givat Amal et la police le 29 Décembre 2014 (Crédit : Amir LeviFlash90)

Gilon a décrit l’expulsion comme étant « douloureuse et violente » sur Facebook.

« Je n’ai jamais rien vu de tel dans ma vie », écrit-il. « Il y a des personnes âgées qui ont environ 70 ou 80 ans, il y a des personnes handicapées, des femmes et des enfants. »

Le député Meretz raconte que lorsque la police est arrivée dans une maison, deux femmes se sont évanouies et qu’elles ont dû être emmenées à l’hôpital pour être examinées.

Les habitants de Givat Amal expulsés le 21 Septembre 2014 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Les habitants de Givat Amal expulsés le 21 septembre 2014 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Dans un autre immeuble, les habitants ont aspergé les murs d’essence. Ils se sont ensuite enfermés à l’intérieur avec un bidon d’essence et ont menacé de s’immoler.

Dans une interview accordée à la Deuxième chaîne, Gilon a exhorté le gouvernement à verser une indemnisation aux personnes expulsées.

« Vous ne pouvez pas jeter des familles [entières] dans la rue sans verser d’indemnités », s’insurge le député Meretz.

« Que peut faire une famille lorsqu’elle fait face à la police et aux personnes les plus puissantes du monde des affaires ? Elles n’ont aucune chance. L’Etat a vendu légalement ces terres à ces personnes, et il doit donc leur accorder des indemnités satisfaisantes. »

C’est comme si « on disait aux résidents de Gush Katif de se charger de l’Autorité palestinienne seuls », ajoute-t-il faisant référence au retrait israélien de la bande de Gaza en 2005.

Le reste des immeubles sera détruit lundi après-midi pour faire place à différents projets de constructions prévues pour ce quartier.

Les habitants de Givat Amal avaient été ‘placés’ par le gouvernement dans ce quartier en 1940. Malgré une longue bataille judiciaire, qui a duré une décennie, l’Etat ne leur a jamais accordé le statut de propriétaire des maisons ou des propriétés qu’ils occupaient.

Les nouvelles tours de Givat Amal à Tel Aviv avec au premier plan les maisons détruites en septembre 2014 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Les nouvelles tours de Givat Amal à Tel Aviv avec au premier plan les maisons détruites en septembre 2014 (Crédit : Tomer Neuberg/Flash90)

Tshuva a acquis les droits de propriété en 1987 par le biais de sa compagnie Elad Israel Residence qui a acheté ces terrains.

L’une des conditions posées par le contrat est que les habitants devaient recevoir une indemnisation lorsqu’ils quitteraient leurs maisons.

Depuis, Tshuva affirme que les termes de l’accord devraient être modifiés dans la mesure où les habitants ne sont pas les propriétaires.

En septembre, la police anti-émeute avait expulsé les résidents suite à une décision de la Cour suprême qui avait statué que les résidents de ce quartier n’étaient pas propriétaires de leurs maisons ou des propriétés.

A cette époque, Elad Israel Residence avait proposé une indemnisation aux habitants qui accepteraient de quitter le quartier volontairement. Au moins deux familles ont négocié un accord et ont quitté le quartier. Elles ont été indemnisées.