J’ai assisté à deux évènements, à des kilomètres de l’un de l’autre, qui permettent de voir le large éventail des manières de commémorer la mémoire des Juifs et l’Holocauste en Pologne.

L’un des évènements était une simple cérémonie locale pour dédier un monument au cimetière juif détruit dans la petite ville Rychwal en Pologne.

L’autre évènement était une cérémonie internationale de grand standing marquant le dixième anniversaire de l’inauguration du grand mémorial, à l’endroit où se trouvait le camp d’extermination nazi de Belzec, à la frontière ukrainienne, dans le sud de la Pologne. Environ 500 000 Juifs ont été assassinés dans ce camp.

Le 23 juin, à Rychwal, le Grand Rabbin, Michael Schudrich et un autre rabbin de Varsovie se sont joints aux responsables locaux, dont un prêtre, pour couper le ruban sur un gros bloc de rocher qui servira de monument de commémoration au cimetière, longtemps resté dans l’oubli, qui est maintenant un simple terrain.

On a installé des nouveaux panneaux qui racontent l’histoire des Juifs dans cette ville. Les limites du cimetière sont marquées par des pierres.

Aucun Juif n’habite à Rychwal aujourd’hui mais des militants locaux ont travaillé pendant des années avec des responsables locaux sur le projet.

« C’est encourageant de voir que ces projets sont menés par une communauté qui n’est pas une communauté juive et ils les ont même financés avec leur propre
argent », a déclaré le rabbin Stanislaw Wojciechowicz à l’agence d’informations polonaise PAP.

« C’est quelque chose que nous devions faire », m’a expliqué le militant Pawel Mazur.
« C’était la bonne chose à faire, c’était une obligation morale ».

Deux jours plus tard, à 482 km de là, Schudrich s’est joint aux ambassadeurs américains et israéliens, des fonctionnaires polonais dont un représentant du ministère de la Culture, un évêque catholique et une délégation de l’American Jewish Committee (AJC) [La commission américaine juive] pour fêter le 10ème anniversaire de l’inauguration du mémorial de Belzec.

Inauguré en 2004, le mémorial de Belzec était un projet mené conjointement avec l’AJC et le gouvernement polonais. Ce site de commémoration est profondément émouvant.

Les nazis ont effacé toutes les traces du camp d’extermination. Les artistes polonais Andrzej Solyga, Zdzislaw Pidek et Marcin Roszcyk ont transformé l’endroit en une énorme sculpture de commémoration.

Le terrain est couvert de scories pour rappeler les cendres et un chemin mène au mur de commémoration où sont gravés des noms des Juifs.

Tout autour, il y a des tronçons de fer tordus avec les noms des dizaines de villes, dont la plupart se trouvent dans le sud de la Pologne et dans l’ouest de l’Ukraine, où les Juifs ont péri.

Après la cérémonie officielle, les participants ont emprunté le chemin et ont allumé des bougies au mur de commémoration.

« Il y a deux choses qui se passent en Pologne », explique Schudrich, qui a psalmodié El Male Rachanim aux deux cérémonies. « Certains Polonais découvrent qu’ils ont des racines juives. Mais surtout les Polonais redécouvrent la présence et le patrimoine juif, aussi bien au niveau local qu’au plus haut niveau gouvernemental ».

« Cela se passe encore et encore. Le pays devient un modèle sur la manière de réagir à la mémoire qui se perd, et il le fait bien ».