La France n’a pas l’intention de renoncer à son soutien de principe à un Etat palestinien ou à son schéma de vote aux Nations unies, a indiqué jeudi le Premier ministre français Manuel Valls.

Au cours d’une conférence téléphonique avec les dirigeants juifs américains, il a été demandé à Valls si Paris pourrait envisager d’adopter une approche plus pro-israélienne dans les forums internationaux à la lumière de l’attaque meurtrière vendredi dernier contre un supermarché juif à Paris.

Valls n’a pas répondu directement à la question, mais a seulement dit que le conflit israélo-palestinien n’avait rien à voir avec les menaces qui pèsent sur la communauté juive de France.

« Vous connaissez mon amitié envers Israël. Les liens entre la France et Israël sont très forts. Bien sûr, nous pouvons être en désaccord sur tel ou tel sujet politique », a dit Valls aux membres de la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines.

« Les deux choses ne sont pas liées, » a-t-il poursuivi, faisant référence à l’attaque de vendredi contre le supermarché HyperCacher à Paris et au soutien de la France à un Etat palestinien.

La reconnaissance le 2 décembre de la Palestine par le Parlement français n’a pas empêché les terroristes d’attaquer la France.

« Ils ciblent la France en raison des valeurs françaises, parce que nous sommes actifs dans le Sahel et en Irak et parce que nous avons adopté une loi interdisant aux filles religieuses [musulmanes] de porter le voile à l’école» dit-il. « Ces groupes haïssent la démocratie, la tolérance, les journalistes et les Juifs ».

Valls est très populaire parmi les Juifs français pour son soutien catégorique à la communauté juive locale et pour sa determination à lutter contre le terrorisme islamiste. Mais il a précisé que Paris ne modifierait pas sa politique vis-à-vis du Moyen-Orient en fonction du terrorisme intérieur.

« Même si demain il y avait la paix entre Israël et la Palestine, même s’il y avait deux États l’un à côté de l’autre, même si demain il n’y avait pas plus de Hamas – il y aurait toujours des menaces provenant d’autres régions, al-Qaïda ou l’Etat islamique suivant une logique qui n’est pas liée à ce qui se passe en Israël et en Palestine », a déclaré Valls.

« Bien sûr, nous devons faire face à la question de la Palestine, mais je ne crois pas que ce soit le motif qui a conduit ces jeunes vers le djihad aujourd’hui. »

Valls a demandé jeudi au ministre de la Défense de son pays de déployer des soldats devant les institutions juives aussi longtemps que possible.

Valls a parlé de cette requête jeudi aux membres de la Conférence des présidents des principales organisations juives américaines, un groupe de coordination qui représente 50 organisations juives nationales aux États-Unis, au cours de la conférence téléphonique.

« J’ai demandé aujourd’hui au ministre de la Défense de maintenir aussi longtemps que possible le déploiement de forces armées autour des institutions juives », a dit Valls en référence à la mesure qui a été prise la semaine dernière après l’attaque contre le supermarché casher, qui a tué quatre Juifs et faisait partie d’une série d’attentats terroristes, au cours de laquelle il y a eu 17 morts.

Valls a ajouté que la protection par 10 000 soldats « restera nécessaire pendant de nombreux mois, tant qu’il est à craindre que tous les complices des assaillants ne sont pas en garde à vue, et aussi longtemps que la menace demeure ».

Outre les islamistes, qui selon Valls, « ont une influence sur les jeunes dans les quartiers pauvres en France », l’antisémitisme « existe aussi chez une minorité de l’extrême droite. »

« Dans certains cas, ces deux éléments sont liés entre eux », a ajouté Valls, qui a cité le partenariat entre Dieudonné, un comédien d’origine camerounaise avec de multiples condamnations pour incitation à la haine antisémite, et Alain Soral, un penseur d’extrême-droite qui a été reconnu coupable de négationnisme. Ils ont récemment annoncé qu’ils allaient lancer un parti politique.

L’année dernière, Valls a lancé un appel aux maires qui a conduit à l’annulation de la tournée de Dieudonné dans les villes françaises.

Dieudonné a été arrêté mercredi sur des soupçons d’incitation et d’apologie au terrorisme pour avoir écrit un message sur les réseaux sociaux « Je me sens Charlie Coulibaly », manifestant de la sympathie avec le tueur du magasin casher.

Valls, dont la femme est juive, a receuilli de nombreux applaudissements auprès des Juifs français pour ses déclarations pro-israéliennes et contre l’antisémitisme.