S’adressant à la télévision israélienne depuis Paris mercredi soir, quelques heures après que des hommes armés ont tué 12 personnes dans les bureaux du magazine satirique « Charlie Hebdo » aux cris de « Allahu Akbar », le parlementaire juif français Meyer Habib a appelé le massacre « le 9/11 de la France ».

Lorsque l’année dernière, des tueurs islamistes ont visé des Juifs à Toulouse en 2012 et à Bruxelles, a rappelé Habib, « nous avons averti que cela se répandrait dans toute France. Et malheureusement, c’est ce qui s’est passé… Nous sommes dans un combat », a-t-il expliqué, « contre le djihadisme, contre ces ténèbres ».

Après que quatre musulmans britanniques aient tué 52 civils tués et blessés 700 autres dans des attentats coordonnés à Londres le 7 juillet 2005, de nombreux commentateurs et analystes ont également comparé cet assaut aux attaques d’Al-Qaïda sur l’Amérique en 2001.

Mais si cet attentat était le 9/11 de la Grande-Bretagne, il n’a suffisamment pas éclairé la lutte contre le terrorisme islamiste. Il n’a pas ouvert assez d’yeux. De trop nombreux Britanniques, trop de dirigeants et décideurs, ont préféré un mélange de stoïcisme et de déni à l’impératif de rigoureusement combattre l’extrémisme islamique.

Trop ont préféré blâmer le Premier ministre Tony Blair pour avoir ostensiblement ouvert la porte aux meurtres de ce jour-là, y compris à travers ses relations trop aisées avec George W. Bush et son soutien à Israël.

C’était beaucoup plus pratique que de reconnaître que l’Angleterre affrontait un problème colossal avec un extrémisme islamique du terroir, fouetté par des leaders spirituels islamiques basés en Grande-Bretagne.

Près d’une décennie plus tard, la Grande-Bretagne n’a toujours pas réussi à s’attaquer de manière appropriée à la montée de l’extrémisme islamiste à la maison, au flux de complots et d’attaques, et à la vague de jeunes musulmans égarés rejoignant les rangs de l’Etat islamique en Irak et en Syrie.

La question est de savoir si la France, la Grande-Bretagne et le reste de l’Europe, suite à l’attentat de mercredi – plus calculé et précis que les meurtres aveugles à Londres – fédéreront une réaction plus énergique, coordonnée et efficace.

La lutte doit être menée à deux niveaux – et l’Europe, jusqu’à présent, a échoué dans les deux. Comme mon collègue Avi Issacharoff le note, suivre les milliers de recrues qui voyagent au Moyen-Orient et en reviennent, et sont prêts à tuer les infidèles à la maison et à l’étranger, est une mission cauchemardesque pour les agences de renseignements. Qui devient impossible à moins que, simultanément, le processus par lequel ces tueurs sont endoctrinés soit étudié.

Il faut agir avec détermination contre le terrorisme islamiste, au moment et à l’endroit où il menace de frapper. Mais c’est beaucoup plus tôt dans le processus, lorsque ses auteurs potentiels sont embrigadés et recrutés, que nous devons être opérationnels.

Au Moyen-Orient, les États-Unis mènent une coalition qui tente de ralentir les avancées territoriales de l’Etat islamique en Irak et en Syrie. Israël est sans relâche aux prises avec les terroristes islamistes du Hamas à Gaza et en Cisjordanie, et sait qu’il doit anticiper les cycles de conflit dans la bande, et avec le Hezbollah au Sud-Liban.

Mais trop peu d’efforts ont été consacrés, au Moyen-Orient, pour gérer les systèmes scolaires, les supports web et médiatiques, et les chefs religieux qui empoisonnent les esprits des jeunes musulmans – des enfants impressionnables qui grandissent au milieu de terroristes suicides et décapiteurs de l’EI et du Hamas, et des hommes armés masqués de demain.

En Europe aussi, des chefs spirituels pernicieux sont trop souvent autorisés à prêcher la haine, dans le silence des autorités ; des instituts de prétendue haute éducation abritent des groupuscules extrémistes ; des sites Internet colportent une haine débridée.

Un nombre croissant de Juifs en France en arrivent progressivement à la conclusion qu’il n’y a plus d’avenir pour eux là-bas ; d’où le nombre croissant d’immigrants français en Israël.

Dans un moment de sincérité, le talentueux Juif britannique, le directeur de BBC Television, Danny Cohen, déclarait dans une interview à Jérusalem le mois dernier : « Je ne me suis jamais senti aussi mal à l’aise d’être un Juif au Royaume-Uni qu’au cours des 12 derniers mois. Et cela m’a fait penser, vous savez, est-ce notre maison à long terme, en fait… Vous avez vu le nombre d’attaques augmenter. Vous avez vu les meurtres en France. Vous avez vu les meurtres en Belgique. C’est la sombre réalité. Et ayant vécu toute ma vie au Royaume-Uni, je n’ai jamais ressenti ce que je ressens aujourd’hui vis-à-vis de l’antisémitisme en Europe. »

Pour la première fois depuis l’époque de la Seconde Guerre mondiale, quand Israël en renaissant tragiquement trop tard pour sauver six millions des siens, ce pays est de plus en plus considéré comme un refuge nécessaire pour un nombre croissant de Juifs européens apeurés.

Mais l’ordre du jour islamiste n’est en aucun cas limité aux Juifs et à l’Etat juif. Comme Habib l’a fait observer mercredi soir, les djihadistes « veulent détruire toute l’infrastructure de France ».

Si les attentats de Londres étaient une affaire de terrorisme aveugle, l’atrocité à Paris ce mercredi était un assaut calculé sur la liberté d’expression – la prise pour cible d’une publication qui a osé se moquer en caricaturant le prophète Mahomet.

Il y a des limites à la satire et à la dérision, des limites à la liberté d’expression, mais la civilisation occidentale fournit des cadres juridiques dans lesquels ces limites sont pesées et respectées.

L’extrémisme islamique n’autorise pas ce genre d’humour, de moquerie, de tolérance. C’est la presse libre de l’Europe, sa liberté d’expression, sa civilisation même, alors, qui a été attaquée mercredi, que les islamistes ont cherché à détruire. Les enjeux ne pourraient être plus élevés.

La réaction est tout sauf simple, en grande partie en raison des sempiternelles libertés occidentales. C’est ce que font la tyrannie et l’extrémisme – ils exploitent la liberté pour fomenter sa chute.

Ils profitent de l’ouverture des frontières, des législations tolérantes et des procédures judiciaires fermes pour voyager sans restriction, prêcher la haine, s’armer et s’entraîner, et finalement tuer. La contre-lutte nécessite d’affronter des hiérarchies extrémistes, depuis le premier sermon ou post Facebook jusqu’à la tentative d’assassinat.

Elle nécessite également de mettre en place des éléments humains, tolérants, dans l’éducation, les médias et le leadership religieux. Elle nécessite l’application efficace de la loi au niveau le plus local.

Mais elle nécessite aussi que les pays occidentaux réorientent leurs politiques étrangères au plus haut niveau, réévaluent les relations diplomatiques avec les pays dont les systèmes éducatifs et les dirigeants spirituels prônent l’intolérance islamiste et la violence, et d’utiliser tous les moyens diplomatiques et économiques possibles pour marginaliser ces dangers et renforcer les courants plus modérés.

L’Europe peut-elle encore sauver sa peau ? L’extrémisme islamique peut-il être vaincu ? Pas facilement. Mais la première étape nécessaire est de reconnaître l’ampleur du problème et du défi. Ou, comme Habib l’a formulé mercredi, d’abord, « nous devons ouvrir les yeux ».