La législatrice de l’Union sioniste Tzipi Livni a expliqué mardi qu’elle considère la présidence de Trump comme une « opportunité » pour Israël, car elle obligera le gouvernement israélien à formuler ses politiques vis-à-vis des Palestiniens plutôt que de dépeindre Washington comme le « méchant flic » qui lui forcerait la main.

S’exprimant lors de la conférence annuelle de l’INSS, l’ancienne ministre de la Justice et des Affaires étrangères – qui a servi au sein du cabinet de sécurité durant la guerre de Gaza en 2014 – a également indiqué qu’Israël n’a pas de politique cohérente dans la bande de Gaza et réclamé la diffusion publique d’un rapport accablant établi par le procureur de l’Etat sur le conflit de 50 jours.

« Je vais vous surprendre parce que je considère aussi qu’il y a une opportunité, et même une grande opportunité » qui se présente avec la présidence de Trump, a-t-elle dit.

Les propos de Livni surviennent alors que le Premier ministre Benjamin Netanyahu a salué Trump, hier, pour avoir amorcé un « changement d’approche » de la Maison Blanche après huit années de « pressions énormes » de la part de son prédécesseur Barack Obama.

Netanyahu et Trump se sont entretenus par téléphone dimanche soir et les deux hommes devraient se rencontrer au début du mois prochain à Washington, même si aucune date définitive n’a encore été arrêtée.

Avec la plus importante marge de manoeuvre laissée à Israël par Trump, le gouvernement Netanyahu va devoir clarifier ses positions, a déclaré Livni.

« Si Israël a vraiment toute latitude d’action – alors il est temps que le pays décide de ce qu’il veut faire », a-t-elle ajouté.

Le candidat républicain à l'élection présidentielle américaine Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

Le candidat républicain à l’élection présidentielle américaine Donald Trump et le Premier ministre Benjamin Netanyahu à New York, le 25 septembre 2016. (Crédit : Kobi Gideon/GPO)

« Le gouvernement ne sera dorénavant plus en mesure de dépeindre la Maison Blanche comme le ‘méchant flic’ qui l’oblige à prendre des décisions auxquelles la droite est opposée », a poursuivi Livni. « Il n’y aura plus personne à blâmer au gouvernement ou à la Maison Blanche ».

L’ancienne négociatrice pour la paix a également vivement recommandé à Netanyahu d’obtenir le soutien de l’administration Trump à Washington le mois prochain concernant les questions « stratégiquement importantes » qui pourraient être soulevées durant d’éventuelles négociations de paix, telles que la conservation des blocs d’implantations et le blocage du droit au retour des Palestiniens.

Durant son discours – prononcé alors que le sous-comité de contrôle de la Knesset doit débattre de la diffusion du rapport complet consacré à la guerre de Gaza – Livni a indiqué qu’elle soutenait une déclassification pleine et entière du dossier dans la mesure où, a-t-elle affirmé, l’opinion publique est en droit de savoir quels ont été les échecs du gouvernement.

« Le problème avec l’Opération Bordure protectrice a été plus large que celui des tunnels », a-t-elle expliqué, se référant aux souterrains transfrontaliers utilisés par les combattants du Hamas pendant la guerre pour attaquer les soldats des forces israéliennes et qui ont largement dominé le rapport.

« Israël n’a aucune politique vis-à-vis de Gaza et l’armée en veut une à tout prix ».

L’armée avait demandé au cabinet de sécurité pendant la guerre que le gouvernement développe une stratégie plus large concernant Gaza, a-t-elle indiqué. Mais « nous travaillons avec des micro-tactiques, en éteignant un incendie après l’autre ».

Un tunnel allant de Gaza en Israël, vu sur une photo dévoilée par l'armée israélienne le 18 avril 2016. (Crédit : unité des portes-paroles de l'armée israélienne)

Un tunnel allant de Gaza en Israël, vu sur une photo dévoilée par l’armée israélienne le 18 avril 2016. (Crédit : unité des portes-paroles de l’armée israélienne)

Le rapport réexaminé du Contrôleur de l’Etat Yossef Shapira intensifie ses critiques à l’égard de Netanyahu et du ministre de la Défense de l’époque, Moshe Yaalon tout en atténuant sa désapprobation de la conduite de l’armée israélienne, selon des fuites qui ont été reprises par les médias israéliens.

Le rapport de Shapira établit que même si Netanyahu clame le contraire, le Premier ministre et Yaalon n’ont pas correctement informé le cabinet de sécurité de haut-niveau de l’ampleur de la menace représentée par les tunnels, a indiqué la Deuxième chaîne au mois de novembre.

Le cabinet n’avait été notifié des dangers qu’une semaine avant le début du conflit, lorsque le ministre de l’Economie d’alors, Naftali Bennett, avait révélé cette information et soumis des solutions possibles pour désarmer le réseau souterrain, établirait le rapport.

Netanyahu a démenti à de multiples reprises avoir mal informé les membres du cabinet sur la menace mais deux de ses plus grands adversaires politiques, Bennett et le leader de Yesh Atid, Yair Lapid, tous deux membres du cabinet pendant la guerre, ont toujours affirmé ne pas avoir été suffisamment tenus au courant de ces questions.

Bennett, Lapid et le leader de l’Union sioniste Isaac Herzog ont demandé lundi au gouvernement de diffuser le rapport.