Alors que les messages menaçants dirigés contre la juge du tribunal militaire Maya Heller pleuvent suite à la condamnation d’Elor Azaria, la présidente de la Cour suprême, Miriam Naor, a publié une déclaration critiquant ceux qui mènent ce qu’elle a qualifié être des « attaques effrénées » contre les juges.

« Nous condamnons fermement les attaques flagrantes dont nous sommes témoins aujourd’hui, qui n’ont aucune place dans une société civilisée », a écrit Naor dans une déclaration qu’elle a écrite en son nom et celle des autres juges.

« La critique aiguë des verdicts est évidemment légitime, mais ce qui se passe maintenant transgresse toutes les lignes des discours légitimes et représente une menace pour l’Etat de droit et la démocratie ».

La sécurité a été renforcée autour de Heller et les deux autres juges qui ont condamné Azaria mercredi, en raison des milliers de messages violents de menaces qui ont été publiés contre eux sur les médias sociaux et ailleurs.

D’autre part, le procureur général Avichai Mandelblit a ordonné une enquête sur les manifestants qui se sont rassemblés pour manifester contre le chef d’état major de l’armée israélienne Gadi Eizenkot et pour soutenir Elor Azaria hier à l’extérieur du tribunal militaire.

Les manifestants ultra-nationalistes réunis en dehors du tribunal pour soutenir Azaria ont scandé, entre autres, des slogans comme : « Gadi sois prudent, Rabin cherche un ami », se référant à l’ancien Premier ministre Yitzhak Rabin, qui a été assassiné par un extrémiste de droite en 1995 à Tel Aviv.

Eizenkot avait rejeté mardi les revendications des partisans d’Azaria qui affirmaient qu’il devrait être considéré comme un enfant que la nation s’est engagée à protéger. « Un homme de 18 ans servant dans l’armée n’est pas ‘l’enfant de tout le monde’ », a déclaré Eizenkot. « C’est un combattant, un soldat, qui doit consacrer sa vie à accomplir les tâches que nous lui donnons. Nous ne pouvons pas confondre [les choses] à ce sujet ».

Selon la société Vigo, qui surveille les médias sociaux, quelque 2 500 messages menaçant Eizenkot ont été postés en ligne dans la seule journée de jeudi.

Par ailleurs, pour protester contre la description d’Azaria comme un héros, un journaliste de la Deuxième chaîne a lu les noms des véritables héros, les victimes du terrorisme.

Dans un spectacle étrange et poignant, Rahav Meir, le journaliste politique de la Deuxième chaîne, a clôturé un reportage sur le procès d’Elor Azaria en lisant les noms de dizaines de victimes de terreur et de la violence au cours des 16 derniers mois, en précisant qu’ils sont les véritables héros et non Azaria.

Alexander Levlovitz, le conducteur qui est mort quand il a perdu le contrôle de sa voiture après que des terroristes aient jeté des pierres sur son véhicule à Jérusalem. Levlovitz est mort le premier jour de Rosh Hashana, le Nouvel An juif, le 14 septembre 2015. (Crédit : autorisation)

Alexander Levlovitz, le conducteur qui est mort quand il a perdu le contrôle de sa voiture après que des terroristes aient jeté des pierres sur son véhicule à Jérusalem. Levlovitz est mort le premier jour de Rosh Hashana, le Nouvel An juif, le 14 septembre 2015. (Crédit : autorisation)

D’une voix sobre, Meir a lu tous les noms des plus de 30 Israéliens tués, à commencer par Alexander Levlovitz, qui a été tué en septembre 2016 quand il s’est écrasé en voiture suite à un jet de pierres à Jérusalem, et a lu tous les noms de la liste dont ceux de Levana Malachi et Yosef Kirima, tués dans une fusillade en octobre dans la capitale.

Les partisans d’Azaria, un soldat qui a tué un terroriste palestinien blessé et neutralisé suite à une attaque au couteau à Hébron en mars, ont tenté de le dépeindre comme un héros lâché par l’armée.

L’affaire et le procès sont devenus un point de crispation parmi les politiciens. Ils ont révélé au grand jour de profondes fractures au sein de la société civile, portant un coup majeur au mythe fédérateur de Tsahal représenté comme une force de rassemblement à travers les diverses couches de la société israélienne.

La condamnation d’Azaria pour homicide involontaire mercredi a conduit des politiciens à lancer des appels pour qu’il soit gracié et entrainé des manifestations violentes des ultra-nationalistes contre le chef d’état major de l’armée et les juges.