Ce n’était un secret pour personne que la communauté internationale croisait les doigts, priait pour un changement et l’élection d’un gouvernement plus pacifiste en Israël. Maintenant que ces espoirs se sont effrondrés avec l’éclatante victoire du Premier ministre Benjamin Netanyahu mardi, certains craignent que l’Europe et les Etats-Unis n’augmentent la pression sur Israël au sujet du processus de paix, actuellement au point mort, avec les Palestiniens.

Il y a bien de quoi s’inquiéter. L’Union européenne menace depuis longtemps de punir Israël pour ce qu’elle perçoit être comme une volonté de traîner des pieds, comme pour la construction continue d’implantations qui est considérée comme un obstacle à la paix.

Le président américain Barack Obama n’est pas non plus un grand fan de Netanyahu, tout particulièrement après son discours au Congrès, dans lequel il a vivement attaqué la politique de l’administration américaine sur l’Iran.

La façon dont la communauté internationale réagira au 33e gouvernement israélien dépendra, bien sûr, d’une manière importante, de la coalition et des politiques poursuivies.

Si Netanyahu choisit une coalition de droite avec son parti du Likud, HaBayit HaYehudi, Yisrael Beitenu, Koulanou et les listes ultra-orthodoxes, comme beaucoup d’observateurs le prédisent, les dirigeants du monde observeront Netanyahu avec inquiétude et scepticisme.

Dès qu’ils commenceront à sentir que le nouveau gouvernement de Netanyahu agit de manière aussi intransigeante que le précédent, voire plus, ils mettront certainement plus de pression sur Jérusalem.

L’affirmation de Netanyahu – selon laquelle État palestinien ne sera créé sous son gouvernement -, avait déjà provoqué la consternation à Washington.

Et pourtant, le ciel ne va pas nous tomber sur la tête.

Tandis qu’une augmentation de la pression sur Israël pour reprendre les négociations et mettre en place une solution à deux États est forcément à prévoir, Israël ne va pas devenir un État paria, ou même être sujet à des mesures punitives sévères, comme plusieurs officiels et analystes israéliens l’ont indiqué.

« Il est clair que cela ne sera pas simple, mais je ne sais pas à quel point cela sera difficile », a déclaré un diplomate de haut rang, s’exprimant sous couvert d’anonymat.

Même le refus apparent de Netanyahu d’un État palestinien ne veut pas forcément dire que la communauté internationale renforcera la pression sur Israël.

« Il y a une différence entre ce que l’on dit dans une campagne électorale et les décisions politiques réelles », ont déclaré les officiels. En d’autres termes, cela n’engage que ceux qui y croient, comme une simple promesse de campagne.

Des officiels à Jérusalem identifient l’Union européenne comme la source principale de tensions diplomatiques dans les mois et les années à venir.

L'Espace Léopold à Bruxelles où se tiennent certaines séances plénières additionnelles du Parlement européen (Crédit : CC BY-SA stevecadman, Flickr)

L’Espace Léopold à Bruxelles où se tiennent certaines séances plénières additionnelles du Parlement européen (Crédit : CC BY-SA stevecadman, Flickr).

Bruxelles a adopté la politique de la carotte et du bâton : si un accord final est signé, les Israéliens et les Palestiniens pourront obtenir un statut spécial avec l’Union européenne. Mais si les deux parties ne font pas de progrès, certaines sanctions seront bientôt mises en place, ont indiqué des officiels de l’Union européenne à plusieurs reprises.

« Il y a une dynamique négative dans l’Union européenne et cela va continuer, mais probablement pas à un rythme accru, a déclaré un officiel diplomatique à Jérusalem mercredi. Cela va plutôt augmenter plus au moins au même rythme. Cela va s’empirer, mais cela ne va pas augmenter encore plus rapidement à cause du résultat des élections. »

Mercredi également, la chef de la politique étrangère européenne, Federica Mogherini, a déclaré qu’elle était engagée à travailler avec le nouveau gouvernement israélien sur la reprise du processus de paix.

« Plus que jamais, nous avons besoin des dirigeants courageux de chacune des parties pour obtenir un accord stable, global et viable. »

Dans les conversations privées, les officiels européens empruntent un langage moins politiquement correct, admettant leur appréhension à l’idée d’essayer de faire avancer une solution à deux États tant que Netanyahu est au pouvoir, tout particulièrement s’il rassemble une coalition de partenaires pour qui les concessions territoriales sont inconcevables.

Même les plus proches amis de Jérusalem à l’UE, l’Allemagne, la République Tchèque et les Pays-Bas, auront du mal à défendre Israël contre les efforts d’autres États de l’Union pour augmenter la pression sur le nouveau gouvernement Netanyahu, expliquent-ils.

Les gouvernements soutenant habituellement Israël n’auront « rien entre les mains » pour faire diminuer la pression sur un gouvernement de droite qui arrive au pouvoir et enpêche tout progès du processus de paix, a récemment déclaré un officiel européen de haut rang au Times of Israel.

Mais même si Bruxelles essaie de faire pression pour faire avancer Israël sur le dossier palestinien, ils ne vont pas sortir la massue. En effet, l’Union européenne pourrait bien ne pas vouloir ou ne pas être capable d’exercer une réelle pression sur Israël, selon un diplomate européen en poste en Israël.

« Actuellement, les gouvernements sont préoccupés par la situation en Ukraine, alors il est peu probable qu’ils prendront le temps de créer un autre front actif, cette fois contre Israël », a déclaré l’officiel au site internet Al-Monitor.

« Tandis qu’il sera difficile de vendre [au chef du parti HaBayit HaYehudi Naftali] Bennett ou [au chef d’Yisrael Beitenu Avidgor] Liberman en tant que ministre de la Défense d’Israël, il est difficile d’imaginer que plusieurs gouvernements des capitales européennes soient impatients d’augmenter la pression sur Israël. »

En effet, plusieurs officiels à Bruxelles se sont moqués avec cynisme de la réelle volonté de l’UE de punir Israël pour son manque de progrès dans le processus de paix, selon l’article.

La directrice du Centre des études européennes du Centre interdisciplinaire de Herzliyah, Esther Lopatin, est d’accord et explique que la peur qu’une puissante Europe ne soit sur le point d’exercer une pression importante sur Israël ne soit exagérée.

Plutôt que de s’aliéner Israël, l’Union européenne est davantage enclin à augmenter la coopération universitaire, scientifique et économique, déclare-t-elle. « En Europe, ils ont bien conscience qu’il y a ici beaucoup de personnes intelligentes qui peuvent les aider. »

De manière plus importante, poursuit-elle, les tendances politiques et sociétales au sein de l’Europe conduiront Bruxelles à prendre une attitude de plus en plus bienveillante envers Jérusalem. Le Parlement européen, par exemple, est de plus en plus dominé par des partis de centre-droit plutôt bienveillants à l’égard d’Israël.

Un point délicat : les partis de gauche ont essayé de faire passer l’année dernière une motion appelant à la reconnaissance unilatérale d’un État palestinien. Les députés de centre-droit ont réussi à modérer le texte en ajoutant la condition qu’une telle reconnaissance « devrait aller de pair avec le développement des pourparlers de paix qui devraient avancer ».

« C’était une victoire » pour Israël, explique Lopatin en ce que cela reflète la propre position du gouvernement : un État palestinien peut exister seulement comme résultat de négociations.

En outre, l’arrivée sur la scène de l’Etat islamique a conduit de nombreux Européens à s’identifier avec la situation délicate d’Israël. En réalité, explique-t-elle, les menaces du fondamentalisme islamique ont lentement aidé à la compréhension des positions de Jérusalem sur le processus de paix.

« Dans le passé, il y a eu un consensus en Europe qui voulait que l’on soit très critique d’Israël et qu’on l’attaque tout le temps. Je vois maintenant pour la première fois le début de frictions dans ce camp », note-t-elle.

Sans aucun doute, les responsables politiques majeurs de Bruxelles lui ont dit à plusieurs reprises qu’ils « ne tolereront plus » l’obstination israélienne sur le dossier palestinien, insiste Lopatin. Mais la rhétorique est une chose, l’action en est une autre ». Oui, l’Union européenne continuera à faire pression sur Jérusalem, mais principalement avec des déclarations et sans mettre en place des mesures punitives, prédit-elle. « Nous allons voir des choses ici et là. Mais il ne va rien se passer de très important. »

Un nouvel ambassadeur à Washington

Que dire des relations du nouveau gouvernement de Netanyahu avec les Etats-Unis ? Malgré les déclarations de Washington – de continuera à travailler avec quiconque est élu en Israël -, les liens entre le président et le nouvel-ancien Premier ministre devraient encore être très froids.

Barack Obama et Benjamin Netanyahu - 30 septembre, 2013. (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)

Barack Obama et Benjamin Netanyahu , le 30 septembre 2013. (Crédit : Kobi Gideon/GPO/Flash90)

En réalité, certains observateurs prédisent qu’Obama cherchera à se venger de Netanyahu pour son discours provocateur au Congrès, peut-être en essayant d’imposer un accord de paix.

Pourtant, si Netanyahu construit une coalition de droite religieuse, une nouvelle politique soutenue par les Américains en vue d’un accord de négociations avec les Palestiniens semble improbable puisque Washington sait qu’un tel effort est voué à l’échec.

Mais Obama peut trouver d’autres moyens de s’en prendre à Netanyahu. Il pourrait, par exemple, décider de ne pas mettre son veto, voire de soutenir, une résolution au Conseil de sécurité des Nations unies qui inscrirait certains principes en droit international comme le besoin d’une solution à deux États basée sur les lignes de 1967 avec des échanges mutuels de terre.

Mercredi, dans les premiers commentaires sur la forte réussite de Netanyahu, le ministère des Affaires étrangères américain n’a pas exclu cette option.

Des officiels israéliens minimisent la tension entre Jérusalem et Washington, mais admettent que le scénario mentionné ci-dessus n’est pas impossible.

« Les relations avec les Etats-Unis sont fantastiques, explique un diplomate israélien. Les relations entre les deux chefs de gouvernement ne sont pas brillantes, comme chacun le sait, mais ils vont devoir se supporter. Nous verrons quelques tensions ici et là, mais en fin de compte, Israël et l’Amérique appartiennent au même camp. »

Le diplomate a admis que Jérusalem n’exclut par le scénario dans lequel l’adminsitration refuserait d’empêcher de faire passer une résolution pro-palestinienne au Conseil de Sécurité. « Nous sommes inquiets par définition. C’est aussi ce qui fait notre succès », explique-t-il.

Netanyahu devrait essayer de manière plus active d’empêcher que les frictions actuelles ne se développent en une crise à long terme, recommande Eytan Gilboa, un expert américano-israélien des relations pour le Centre des études stratégiques (BESA).

Tout d’abord, le Premier ministre devrait nommer un ministre des Affaires étrangères capable de construire une nouvelle relation de travail avec le secrétaire d’Etat John Kerry. Netanyahu devrait aussi de manière urgente remplacer l’actuel ambassadeur à Washington.

« Ron Dermer s’est complètement grillé, explique Gilboa en référence au rôle central du confident de Netanyahu dans la préparation de son discours au Congrès. Quelqu’un qui trouvera des portes fermées à la Maison Blanche et au ministère des Affaires étrangères ne peut pas être efficace ».

Le Premier ministre devrait s’inviter à la Maison Blanche, insiste Gilboa. Obama pourrait bien ne pas avoir réellement envie de le recevoir, « mais il n’y a pas d’autre solution », explique-t-il. Ni les Etats-Unis, ni Israël ne peuvent attendre la fin du mandat d’Obama fixée pour le 20 janvier 2017. Les deux dirigeants doivent aller de l’avant, cela serait stupide de se déconnecter pendant les deux prochaines années ».

Dans tous les cas, avertit Gilboa, il y a une réelle possibilité que l’administration puisse ne pas mettre son veto sur une résolution du Conseil de Sécurité relative à la Palestine – un moyen de faire pression sur Netanyahu et peut-être de lui montrer qu’il ne peut pas défier la Maison Blanche et s’attendre à ce que les affaires reprennent comme si de rien n’était.