La vue de 13 terroristes du Hamas déployés sur la partie israélienne de la frontière, à seulement 10 minutes de marche du kibboutz de Sufa jeudi matin, a probablement fait pencher la balance, après 10 jours d’offensive aérienne, en faveur d’une opération terrestre. Traiter la question de la menace des tunnels, que la technologie israélienne doit encore contrer, n’est seulement qu’une partie de la mission lancée jeudi soir.

L’autre aspect est d’atteindre ce qui n’a pas été possible depuis les airs : réduire les rangs du Hamas, diminuer ses stocks de roquettes, et plus important encore, faire pression sur l’organisation islamique afin qu’elle revienne à la table de négociations avec des demandes plus raisonnables.

Les soldats et les commandants de la partie ouest de la frontière, à l’intérieur de la bande de Gaza, ne peuvent pas pourtant considérer la pression et la nature des négociations parmi leurs objectifs. Ils ont besoin d’objectifs concrets. Le premier et plus important est certainement la menace souterraine. Israël aurait pu se réveiller jeudi avec un kibboutz entier en état de siège. Haim Yellin, le chef du Conseil régional d’Eshkol, a déclaré au Times of Israel, se trouvant à côté d’un tunnel découvert il y a plusieurs mois, que de nombreux résidents de la région sont tellement effrayés par l’idée d’une attaque depuis un tunnel qu’ils entendent le bruits de pelles imaginaires lorsqu’ils ferment les yeux la nuit.

Contrairement à la menace actuelle des roquettes qui a été largement neutralisée par le Dôme de fer et les systèmes d’alerte préventifs, l’ancienne menace de tunnels n’a pas encore de solution technologique. « Nous n’avons aucun avantage sous la terre », explique le général de brigade Moshe Sheli, l’ancien chef de la section technologique de l’armée.

Au sol, dans les airs et sur la mer, continue-t-il, la technologie offre à l’armée israélienne un avantage clair. Sous la terre, Israël utilise une diversité de moyens, « mais ils ne nous donnent pas d’avantage décisif, et voilà pourquoi c’est une situation si difficile à gérer », dit-il. Le général Israël Ziv, un ancien dirigeant de la division de Gaza qui s’est prononcé contre une nouvelle occupation de Gaza, a déclaré jeudi qu’opérer au sol dans Gaza permet d’avoir accès aux tunnels.

« Il y a tout un système qui se structure autour des tunnels », explique-t-il. « De l’énergie, de l’oxygène, de la logistique. Une fois que vous maîtrisez le terrain, vous pouvez agir plus efficacement ». Certains des tunnels d’attaque nécessitent plus d’un an pour être construits. Ils sont renforcés par plusieurs milliers de tonnes de béton. L’excavation, a déclaré un ancien commandant du sud géologue, en examinant le tunnel de 1 700 mètres découvert en octobre dernier, a entraîné le déplacement de
3 400 mètres cubes de terre. Israël a découvert cinq tunnels majeurs récemment. Les rapports suggèrent qu’il y en a des dizaines.

Trouver les entrées à ces tunnels, souvent dans des maisons, et établir leur alignement et leur géologie, permet à l’armée de neutraliser la menace et, au moins, de retarder le compte à rebours de ces attaques stratégiques. Les soldats et les blindés au sol, agissant ensemble, permettront à Israël d’atteindre certaines des roquettes et des lanceurs qui ne sont pas atteignables depuis le ciel, et peut-être ce qui est plus crucial encore, de collecter des informations. Cela fait longtemps que des officiers du Shin Bet n’ont pas eu la possibilité d’interroger beaucoup de Gazaouis et des combattants du Hamas.

Chaque jour qui passe fera sortir au grand jour plus d’informations sur les caches des hommes et des armes de l’organisation terroriste. Pourtant, puisque le but de l’opération, pour le moment, n’est de pas de réoccuper la bande de Gaza, mais plutôt d’affaiblir le Hamas, de neutraliser temporairement la menace des tunnels et d’obtenir un accord favorable et à plus long terme à la fin des hostilités, le moment viendra certainement où l’armée baissera de rythme.

Chercher dans les tunnels d’entrée des roquettes et des hommes est une tâche herculéenne. C’est à ce moment-là que les soldats de la guérilla qui ne mènent pas des combats réguliers, mais fuient pour revenir ensuite, vont essayer de frapper. Le Hamas n’est pourtant pas une organisation terroriste classique. C’est le maître de Gaza. Il n’est pas seulement responsable du peuple, mais il est également à la tête du territoire et des institutions.

Cela veut dire qu’il a à perdre. Il a des ennemis à gauche et à droite, l’Autorité palestinienne et les organisations salafistes, qui voudraient toutes les deux prendre le contrôle de Gaza. L’armée israélienne devra donc aussi opérer dans ce contexte très délicat. L’idée, après 10 jours de bombardements aériens et un certain degré d’hésitation à lancer l’opération terrestre, est de convaincre le Hamas qu’Israël, fort militairement mais actuellement prudent, est également assez déterminé pour aller jusqu’au bout.