Alors que les discussions reprennent au Caire dimanche matin, les chances que les négociations aboutissent sur un cessez-le feu de longue durée, selon Israël et les Palestiniens, sont faibles, peut-être même infimes.

L’une des principales difficultés : la nature problématique de la proposition égyptienne – pour le Hamas, et dans une moindre mesure pour Israël.

Néanmoins, même après des semaines de combats épuisants entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza, les deux parties continuent de partager des intérêts communs.

D’abord, le gouvernement israélien et le Hamas veulent désespérément un retour au calme. En outre, aussi inattendu que cela puisse paraître et bien que personne ne l’admette, Israël souhaiterait apparemment que le Hamas continue de régner sur Gaza.

Le problème réside dans la proposition égyptienne elle-même. La proposition est largement favorable à Israël, même si elle accorde une certaine légitimité internationale au Hamas et renforcera probablement la position du groupe au sein des Palestiniens dans un avenir proche.

L’accord devrait également limiter la capacité d’Israël à opérer dans la bande de Gaza et permettrait au Hamas de continuer à s’armer comme il le souhaite.

Un autre « problème » pour Israël est le retour du président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, dans les coulisses de la scène politique, y compris à Gaza même. Il est douteux que le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le ministre de la Défense Moshe Yaalon et le ministre des Affaires étrangères Avigdor Liberman s’en réjouissent.

Alors que pour beaucoup en Israël, le retour d’Abbas s’apparente plus à une solution qu’à un problème, il est peu probable que ce trio de politiciens partage ce point de vue.

Et quel que soit le statut d’Abbas, il semble, comme le maintiennent la ministre de la Justice Tzipi Livni et le ministre de l’Economie Naftali Bennett, qu’il vaudrait mieux qu’Israël adopte des mesures unilatérales en vue d’un cessez-le feu, notamment l’apport d’aide humanitaire aux habitants de Gaza.

En ce qui concerne le Hamas, le piège de l’accord égyptien ne lui échappe pas. Glissant allégrement sur les questions telles de la construction d’un port et un aéroport, et même sur une date exacte de l’ouverture du passage de Rafah, la proposition égyptienne n’inclut aucun gain important pour l’organisation.

Initialement, le Hamas pourrait se vanter d’avoir « levé le blocus » à la lumière des clauses de l’accord égyptien qui préconise un assouplissement des conditions aux points de passage frontaliers et un élargissement de la zone au large de la côte gazaouite ouverte aux pêcheurs. Mais à long terme, la proposition n’apporte pas de changement significatif dans la situation à Gaza, du moins pas en faveur du Hamas.

L’organisation serait limitée en termes de capacité à construire des tunnels et attaquer Israël. L’accord permettrait également à Abbas d’avoir un pied dans la bande de Gaza. À certains égards, il rendrait le Hamas insignifiant.

Le Hamas serait considéré comme l’organisation qui a détruit Gaza, et réhabilité l’AP.

Cela peut expliquer l’interview pugnace accordée par le chef du bureau politique du Hamas, Khaled Meshaal, samedi – dans laquelle il maintient qu’il n’y aura pas de résolution du conflit sans levée totale du blocus et l’ouverture d’un port et d’un aéroport et souligne que le groupe ne semble pas pressé de signer d’accord.

Les gros titres à la télévision arabe portaient ces derniers jours, naturellement, sur les combats entre l’Etat islamique et les forces kurdes en Irak. Les forces peshmergas mènent une contre-attaque à 50 kilomètres de Mossoul, avec l’aide aérienne américaine.

L’intérêt porté à la bande de Gaza, même sur Al-Jazeera, a lentement diminué, pour faire place aux terribles conséquences des massacres de l’Etat islamique. Cette baisse d’intérêt pourrait permettre aux deux parties de mettre fin aux combats sans accord. Le Hamas pourrait tirer de temps à autre des roquettes et des obus de mortier sur Israël, sans provoquer de nouvelle escalade. Israël ne cherche pas vraiment à destituer le Hamas, ou à démilitariser Gaza.

Autre point important. L’Autorité palestinienne et Israël s’entendent au moins sur une question : le manque de pertinence du gouvernement américain dans l’élaboration d’une solution politique dans la région.

En revanche, Jérusalem et Ramallah ont énormément de respect pour le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi et sa façon d’agir. Par conséquent, Sissi, et non John Kerry ou Barack Obama, pourrait être celui qui négociera une reprise des négociations de paix entre Netanyahu et Abbas.

Peut-être que dans quelques mois, après une accalmie à Gaza, le président égyptien invitera les deux dirigeants à une conférence de paix au Caire et annoncera un nouvel effort de paix.

Peut-être. C’est probablement préférable à une autre série de combats avec le Hamas.