Le Fatah et le Hamas ont réalisé de sérieux progrès dans les pourparlers de réconciliation qui se tiennent à Gaza et qui sont sur le point d’appliquer des accords déjà signés, selon un média palestinien.

« Tout est prêt pour mettre fin aux divisions, et le président [de l’Autorité palestinienne] [Mahmoud] Abbas est très optimiste quant au fait que la réconciliation sera bientôt réalisée », a déclaré Nabil Shaath, un haut responsable du Fatah envoyé par Abbas à Gaza la semaine dernière pour diriger la délégation négociant avec le Hamas.

Les deux mouvements sont en conflit depuis la violente prise de pouvoir de la bande de Gaza par le Hamas en juin 2007, un an après son écrasante victoire aux élections législatives. Les précédents accords de réconciliation n’ont jamais été mis en œuvre et les persécutions d’opposants par le Hamas à Gaza et par le Fatah en Cisjordanie se sont poursuivies.

Nabil Shaath a confié lundi soir à des journalistes de Gaza que le Hamas avait validé la formation immédiate d’un gouvernement de « consensus national » dirigé par Abbas, suivi d’élections législatives et présidentielles dans six mois.

Des élections auront également lieu pour le Conseil National Palestinien, l’organe législatif de l’OLP, au sein duquel les réfugiés palestiniens vivant en diaspora pourront participer.

Selon Shaath, Abbas doit envoyer à Gaza Azzam Al-Ahmad, le dirigeant du Fatah chargé des pourparlers avec le Hamas, afin de discuter de la mise en place de l’accord.

De son côté, le Hamas s’inquiète que près de 55 000 de ses fonctionnaires se retrouvent au chômage suite à la réconciliation avec le Fatah, précise le quotidien officiel de l’Autorité palestinienne Al-Ayyam, qui cite des « sources politiques bien informées. »

Selon ces sources, le Hamas voudrait que ces employés soient intégrés à l’appareil bureaucratique de l’Autorité palestinienne, mais le Fatah n’a fourni aucune garantie à cet effet.

Au sujet des rumeurs sur le contenu de l’accord-cadre que doit présenter prochainement le secrétaire d’Etat américain John Kerry, Shaath a soutenu qu’Abbas n’accepterait pas plusieurs des conditions américaines.

Il a notamment mentionné la reconnaissance d’Israël comme Etat juif, le maintien d’un certain nombre de colons en Cisjordanie ainsi que le maintien d’une force militaire israélienne dans la Vallée du Jourdain.

« Les négociations ne seront pas prolongées [au-delà du délai initial de neuf mois] si ces conditions sont maintenues », a confié Shaath au quotidien Al-Quds Al-Arabi, basé à Londres.

Toutefois, il a averti les Palestiniens que le refus d’accepter les conditions américaines pourrait conduire à la « réduction de l’aide internationale dont dépend l’Autorité palestinienne pour subvenir à ses besoins. »

Le Fatah veut faire barrage à Dahlan

Les pourparlers avec le Hamas n’étaient pas le seul motif de la venue du Fatah à Gaza. Le mouvement basé à Ramallah s’inquiète de l’influence grandissante de Mohammed Dahlan, un ancien membre du Fatah, qui fut responsable de la sécurité dans la bande de Gaza.

Fidèle de Yasser Arafat, Dahlan a été exclu du Fatah en 2011 après avoir publiquement accusé Abbas de corruption et avoir été soupçonné de fomenter un coup d’Etat contre le président de l’Autorité palestinienne. Il s’est enfui à Dubaï, mais continue de bénéficier de soutien dans les rangs  du Fatah à Gaza et en Cisjordanie.

Selon le quotidien palestinien Al Quds, basé à Jérusalem, la délégation du Fatah a lancé un message sans équivoque aux membres du mouvement à Gaza et en Cisjordanie, les enjoignant de ne pas coopérer avec Dahlan.

Le Fatah a convoqué d’éminents soutiens de Dahlan à Ramallah, tels que Sufian Abu Zaida et Majed Abu Shamala et leur a demandé de choisir entre la collaboration avec Dahlan et l’adhésion au mouvement.

« Mohammed Dahlan ne fait plus partie du Fatah. Il travaille désormais dans un bureau à Dubaï aux Emirats arabes unis, sous les ordres des sheikhs émiratis, et se déplace en tant que citoyen des Emirats, qui le financent », a déclaré Shaath.

Les dirigeants du Fatah ont également accusé Dahlan d’encourager la coopération avec le Hamas à Gaza, une affirmation que le chef-adjoint du bureau politique du Hamas, Mousa Abu Mazuq, s’est empressé de rejeter.

« Le Hamas dément les rumeurs de réconciliation avec Dahlan », a publié dimanche Abu Marzuq sur Facebook. « En réalité, les demandes reçues à Gaza sont venues de la délégation pour la réconciliation dirigée par Azzam Al-Ahmad. »

Mardi, le Hamas est resté silencieux quant à la possibilité d’une réconciliation avec le Fatah.