Les Gazaouis attendent toujours de voir la réconciliation entre factions palestiniennes améliorer leur quotidien, mais ils peuvent au moins fumer à moindre coût dans le territoire reclus.

Les Gazaouis ont placé de grands espoirs dans l’accord conclu en octobre entre les principales formations palestiniennes du Fatah et du Hamas après une décennie de divisions délétères.

Le mouvement terroriste palestinien du Hamas doit restituer le pouvoir dans la bande de Gaza d’ici au 1er décembre à l’Autorité palestinienne, dominée par le Fatah laïc.

Les Gazaouis veulent croire que ce transfert d’autorité soulagera leurs épreuves et desserrera les restrictions israéliennes et égyptiennes.

Les portraits du président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi et du leader palestinien Mahmoud Abbas dressés au carrefour de Rafah avec l’Egypte, le 1er novembre 2017 (Crédit : SAID KHATIB / AFP)

Les Gazaouis n’ont pas vu grand-chose de concret arriver depuis l’accord de réconciliation. Aussi guettent-ils la moindre retombée.

Cigarettes nommées ‘liberté’ 

Un Gazaoui de retour de visite à Jérusalem et en Cisjordanie affirme avoir pu introduire deux bouteilles de whisky dans le territoire, maintenant que le Hamas a quitté les postes frontaliers.

L’alcool reste interdit dans le domaine public dans la bande de Gaza, un territoire aux traditions conservatrices tenaces et gouverné sans partage depuis 2007 par le groupe terroriste palestinien du Hamas.

Mais les fumeurs, eux, peuvent à présent satisfaire leur plaisir à moindre coût.

L’Autorité palestinienne a en effet supprimé des prélèvements « illégaux » pratiqués par le Hamas, comme une taxe de 25 % sur les voitures et d’autres biens importés. Le Hamas imposait aussi une taxe de sept shekels (1,6 euro) sur les paquets de cigarettes importés d’Egypte par des tunnels de contrebande.

Depuis le 1er novembre, le paquet de cigarettes d’une grande marque américaine est ainsi tombé de 35 à 25 shekels (8,3 à 5,9 euros).

Et pour la première fois depuis longtemps, des cigarettes produites en Cisjordanie ont été commercialisées à Gaza. Quand ces dernières, appelées « liberté », sont apparues sur le marché, les magasins ont connu un surcroît d’affluence.

« Je les ai payées huit shekels (1,9 euro) alors que j’en payais au moins quinze pour des cigarettes égyptiennes », dit Ahmed Khalil, un fonctionnaire de 45 ans qui fume plus de deux paquets par jour.

Environ 15 % des Gazaouis fument, selon des statistiques officielles du groupe terroriste.

‘Marché statique’

« La baisse du prix des cigarettes, c’est une bonne chose, mais on attend de la réconciliation qu’elle mette fin à la pauvreté, au chômage et à la situation économique actuelle », ajoute toutefois Ahmed Khalil.

Plus de 40 % de la population active de Gaza est au chômage (56 % des jeunes selon la Banque mondiale). Le taux de pauvreté approche 40 % et deux-tiers des habitants dépendent d’une aide étrangère.

Le Hamas encaissait environ 20 millions de shekels (4,7 millions d’euros) de taxes sur les cigarettes chaque année, indique Osama Nofal, ancien employé du ministère de l’Economie sous la direction du Hamas.

L’impact du rapprochement entre anciens frères ennemis palestiniens sur les porte-monnaie gazaouis reste pour l’instant limité.

Ahmed Abou Aida, qui tient un magasin d’équipements électriques, indique que si les taxes ont baissé, il conserve plus ou moins les mêmes prix parce qu’auparavant il rognait sur ses marges pour ne pas répercuter les prélèvements sur les clients.

Wael Al-Hallis, de l’Association des importateurs de véhicules, rapporte qu’avec la suppression de taxes, les prix « ont diminué de 1 000 (845 euros) à 15 000 dollars (12 600 euros) selon les modèles ». « Mais le marché reste largement statique. Les gens attendent prudemment de voir ce qui va se passer » après le 1er décembre.