Cela fait des décennies que les pèlerins russes n’ont plus dormi dans le complexe russe de Jérusalem. Une faille aujourd’hui sur le point d’être corrigée.

Le jardin de Sergueï, ancien hôtel de luxe doté de dépendances, le tout construit à la fin du XIXème siècle par la Société impériale orthodoxe de Palestine et mis au service des pèlerins russes en voyage en terre sainte, sera inauguré lors d’une cérémonie le 18 juillet après plusieurs années de rénovation et de restauration significatives.

Le nouvel espace, remis à neuf, est un complexe s’étendant sur 3,5 hectares de jardins verdoyants et composé de deux tours de style Renaissance (qui accueillent dorénavant des toilettes publiques), elles-mêmes entourées par un carré de constructions en pierre à deux étages. Elles incluent dorénavant un hôtel de 22 chambres qui ouvrira le mois prochain – à tous, pas seulement aux pèlerins russes. Egalement prévus, une bibliothèque et un musée qui détailleront la riche histoire de ce complexe dans son entier.

« C’est un hôtel cinq étoiles », explique Boris Lemper, avocat israélien né en Russie qui travaille aux côtés de la Société impériale orthodoxe de Palestine depuis plusieurs années sur le projet. « Les pèlerins russes voudront venir ici. Ils marcheront dans les traces de leurs ancêtres ».

Le Grand duc Sergei Alexandrovich de Russie, 1857-1905

Le Grand duc Sergei Alexandrovich de Russie, 1857-1905

Le jardin et l’hôtel portent le nom du Grand duc Sergueï Alexandrovich, frère du tsar Alexandre III et président de la Société impériale orthodoxe de Palestine, considérée comme une organisation savante.

Avec des bâtiments construits à partir de pierres taillées amenées de Russie, les structures du jardin de Sergueï étaient connues à l’époque comme étant les édifices les plus superbes de la ville.

L’ensemble du bâtiment a été érigé dans le cadre du complexe russe qui faisait à l’époque presque 7 hectares. Ce complexe était situé à proximité de l’Hôtel de ville de Jérusalem et incluait une église, un consulat, un hôpital et des hôtels.

La construction du complexe russe avait été une entreprise massive à l’époque, avec des matériaux et des meubles venus directement de Russie par bateau. Les bâtiments avaient été conçus dans le style Renaissance, avec de lourdes portes de bois, des fenêtres carrelées et de hauts plafonds. La majorité des structures comprenaient des cours intérieures avec des écuries, des poulaillers, des puits et des laveries.

Au coeur du Complexe russe, le jardin de Sergueï, une perle urbaine accueillant à l’époque des logements exclusifs pour les riches pèlerins, les membres de la royauté et les dignitaires.

L'une des deux tours de style Renaissance dans le Jardin de Sergueï. Elles accueillent dorénavant les toilettes publiques (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

L’une des deux tours de style Renaissance dans le Jardin de Sergueï. Elles accueillent dorénavant les toilettes publiques (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israël)

Avec la révolution russe en 1917, les religieux et les personnels présents ont été expulsés et les soldats turcs de l’empire Ottoman se sont installés dans le complexe.

Les pèlerins russes ont cessé de venir en Israël et l’argent a manqué pour maintenir le lieu en état. Il a été loué plus tard aux autorités britanniques qui l’ont utilisé comme centre d’administration gouvernementale, transformant l’un des hôtels en prison centrale.

Les plafonds et murs minutieusement restaurés de l'ancienne salle à manger dans le complexe russe (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israel)

Les plafonds et murs minutieusement restaurés de l’ancienne salle à manger dans le complexe russe (Crédit : Jessica Steinberg/Times of Israël)

Le gouvernement israélien a acheté les terrains du complexe dans les années 1960 et l’endroit est finalement devenu un point central de la vie nocturne à Jérusalem, avec des bars et des restaurants populaires nommés Sergueï et Glasnost, fréquentés par les étudiants et les jeunes de la ville.

Le jardin de Sergueï a été utilisé pendant des années comme un site de désengagement des bureaux du ministère de l’Agriculture. Moshe Dayan y aurait par ailleurs installé ses bureaux durant un court passage au ministère. La Société pour la protection de la nature en Israël et l’Autorité israélienne chargée des parcs ont eu leurs bureaux au jardin de Sergueï jusqu’en 2012 et ont organisé des rassemblements et des programmes environnementaux autour des jardins et des étangs à poissons.

En 2008, le Premier ministre de l’époque Ehud Olmert a décidé d’offrir le jardin de Sergueï comme « cadeau de réconciliation » aux Russes. Les deux pays s’étaient opposés en raison de tractations de la Russie concernant des ventes d’armes à la Syrie et à l’Iran, et de son manque d’intérêt aux sanctions internationales qui avaient été à l’époque prises contre l’Iran. Cette initiative avait toutefois été âprement critiquée par certains membres du gouvernement israélien qui n’aimaient pas l’idée de céder des parties de Jérusalem pour des raisons géopolitiques.

« Je ne m’attends pas à ce que les Russes changent de politique à cause du jardin de Sergueï », avait commenté Michael Eitan, membre du Likud, des propos parus dans un article publié en octobre 2008 dans le Los Angeles Times.

C’est à peu prés à ce moment-là que Lemper a commencé à représenter la Société impériale orthodoxe de Palestine en Israël.

« On voulait voir quels étaient exactement les droits du gouvernement russe en Israël », explique-t-il. « C’était une pagaille immense et on voulait restaurer ce qui était à nous ».

La salle à manger méticuleusement restaurée, dont l'utilisation future reste encore indéterminée lors de la réouverture du complexe, le 18 juillet 2017 (Crédit : Jessica Steinberg/ Times of Israel)

La salle à manger méticuleusement restaurée, dont l’utilisation future reste encore indéterminée lors de la réouverture du complexe, le 18 juillet 2017 (Crédit : Jessica Steinberg/ Times of Israël)

Le Forum Légal pour la Terre d’Israël, un groupe de défense des droits civils plutôt de droite qui aura lutté également contre le désengagement israélien de Gaza en 2005, avait déposé une requête devant la Haute Cour de justice contre le transfert de propriété du jardin de Sergueï à la Russie. Mais le tribunal avait estimé que le gouvernement avait autorité pour prendre cette décision.

Il a fallu encore quelques années pour que s’effectue ce transfert de propriété et pour que le président russe « Poutine devienne plus fort », ajoute Lemper. « Il a commencé à s’intéresser aux autres biens russes partout dans le monde et à ce moment-là, ça allait bien entre la Russie et Israël ».

Le site a été minutieusement restauré, notamment les grandes fenêtres au châssis à guillotine des deux bâtiments entourant le jardin, et la salle à manger, un grand espace rempli de chandeliers en cristal et de fresques qui occupent ses plafonds, représentant Jésus et ses disciples.

L’hôtel de 22 chambres, qui devrait ouvrir au mois d’août, a voulu recréer le style de l’hôtel original, avec des papiers muraux tontisses et des meubles en bois massif, les murs décorés de scènes de Russie.