Les cinq candidats à l’élection présidentielle mardi en Israël font pâle figure pour remplacer Shimon Peres, dont la stature lui a permis d’user de cette fonction largement protocolaire pour promouvoir un message politique en faveur de la paix.

Le successeur du président sortant sera désigné par la Knesset, le Parlement israélien. Un des postulants, le travailliste Binyamin Ben Eliezer, accusé de corruption, a dû se retirer de la course samedi.

Le favori est Reuven Rivlin, ex-président de la Knesset et membre du Likud (droite nationaliste), le parti du Premier ministre Benjamin Netanyahu, mais le vote pourrait réserver des surprises, comme par le passé.

Ni M. Rivlin, ni Dalia Dorner, Meir Shitrit, Dalia Itzik et Daniel Shechtman — les quatre autres candidats en lice — ne se sont cependant risqués, dans leur profession de foi, à se comparer à Shimon Peres, remarquablement alerte à 90 ans et au faîte de sa popularité à l’issue d’un mandat de sept ans.

« Toutefois, la fonction peut parfois créer une dynamique », explique à l’AFP l’analyste Hanan Cristal.

Il est sûr que les candidats disent vouloir adopter un profil plus bas que M. Peres. Tous jouent la carte de « l’unité nationale », autrement dit s’engagent à respecter un apolitisme que le président sortant a mis à mal, à rebours de ses prédécesseurs.

Dernier survivant de la génération des « pères de la nation », Shimon Peres n’a pas hésité à donner de sérieux coups de canif au devoir de réserve dans lequel est censé se cantonner le chef de l’Etat, au point d’apparaître souvent comme le seul opposant de « Bibi » Netanyahu.

Sur des dossiers aussi sensibles que le processus de paix, les relations stratégiques avec l’allié américain ou le programme nucléaire iranien, il n’a cessé de faire entendre sa différence à demi-mot et parfois à haute et intelligible voix.

Ainsi, le mois dernier, il n’a pas hésité à accuser M. Netanyahu d’avoir fait capoter en 2011 la conclusion d’un accord de paix qu’il avait négocié secrètement avec les Palestiniens.

Il a aussi révélé avoir rencontré en 2011 Mahmoud Abbas qu’il a qualifié à moult reprises de « partenaire pour la paix », prenant le contre-pied du Premier ministre.

Notoriété internationale

Shimon Peres fut l’un des principaux architectes des premiers accords signés avec l’OLP (Organisation de libération de la Palestine) en 1993, ce qui lui valut le prix Nobel de la paix l’année suivante.

Il est récemment monté au créneau pour dénoncer l’insistance de M. Netanyahu à exiger du président Abbas qu’il reconnaisse Israël comme « l’Etat juif », revendication rejetée par les Palestiniens, jugeant que cette exigence est « superflue ».

Et, dans une allusion à peine voilée au Premier ministre, le président sortant a mis en garde « ceux qui se font des illusions sur le fait que le statu quo (entre Israël et les Palestiniens) peut continuer ». Il a exhorté Israël à proposer un « véritable plan de paix ».

Sur le dossier iranien, il n’a pas hésité à défier le camp belliciste en arguant qu’Israël n’a pas les moyens d’attaquer l’Iran sans l’aide des Etats-Unis. Une pierre dans le jardin de « Bibi » qui agite périodiquement la menace d’une frappe préventive unilatérale d’Israël contre les installations nucléaires iraniennes.

Ces prises de position ont apporté à Shimon Peres une réputation de « sage » et une notoriété internationale exceptionnelle contrastant avec l’isolement croissant de M. Netanyahu.

C’est lui qui a été invité par le pape François à venir prier pour la paix dimanche au Vatican en compagnie de Mahmoud Abbas.

Son 90e anniversaire a été l’occasion de célébrations unissant Barbra Streisand, Bill Clinton, Tony Blair, le prince Albert de Monaco, Robert de Niro et Sharon Stone…

Il aime à recevoir des stars du monde de la culture, des sciences ou du sport, comme les footballeurs du FC Barcelone venus l’an dernier promouvoir la paix entre Israël et les Palestiniens.

Sa popularité est telle que les commentateurs se demandent quelle sera la prochaine étape d’une carrière politique commencée il y a plus de 65 ans.

Certains lui prédisent un rôle de sponsor de l’opposition de centre gauche qui ne parvient toujours pas à se poser en alternative crédible à Benjamin Netanyahu.