Le président syrien Bashar el-Assad a atteint, avec l’aide de l’Iran, la plupart des objectifs territoriaux du régime et finalement gagné la guerre contre les forces rebelles sunnites, a déclaré une source diplomatique israélienne au Times of Israel jeudi.

« Assad a obtenu 70 à 80 % de l’essentiel de la Syrie », a estimé le diplomate, esquissant une ligne allant d’Alep dans le nord à travers Hama, Homs, Damas jusqu’aux zones du sud près de la Jordanie et de la ville de Deraa – une ville syrienne où la guerre a commencé et, actuellement, un canal par lequel les extrémistes sunnites entrent en Syrie depuis la Jordanie.

La capitale, aussi, a-t-il déclaré, reste très largement entre les mains du régime. « La menace existentielle sur Damas a été levée ». Seules les régions kurdes ont glissé irrémédiablement hors du contrôle d’Assad, a-t-il ajouté.

La description du diplomate de la situation en Syrie contredit une évaluation donnée par un haut fonctionnaire de la défense, qui, en mai avait confié à plusieurs journalistes que les forces d’Assad avaient perdu la totalité du plateau du Golan, en dehors de Quneitra et d’une enclave : « à Alep, à Damas, dans le nord, près de la frontière turque, dans les hauteurs du Golan – dans tous ces endroits, il est en train de perdre », avait-il alors estimé.

La guerre en Syrie a fait quelque 165 000 morts depuis son déclenchement en mars 2011 et forcé des millions de Syriens à fuir leurs maisons et leur pays. Le Liban, par exemple, a été radicalement modifié par un afflux de 1,5 million de réfugiés syriens, qui constituent actuellement 25 % de la population libanaise.

Le diplomate a déclaré que l’exode sunnite du pays a « changé la démographie en faveur d’Assad ». Il a aussi estimé qu’Assad, qui bénéficie du soutien de la plupart des minorités druzes et chrétiennes en Syrie, n’a pas fait un si bon score dans les élections nationales de cette semaine, si l’on prend en compte, entre autres facteurs, les sept millions de personnes déplacées ainsi que les réfugiés qui ne sont pas en mesure d’atteindre les urnes.

Assad a apparemment gagné plus de 88 % des suffrages, avec plus de 10 millions de votants en sa faveur.

Le diplomate a déclaré qu’il ne croyait pas ces chiffres. Il a également cité une étude qui suggère que 88 % des réfugiés auraient voté contre lui s’ils avaient eu l’occasion de le faire.

Le Secrétaire d’Etat américain John Kerry, notant que les isoloirs se trouvaient seulement dans les zones contrôlées par le gouvernement, a donné à ces élections « un zéro pointé », parce que « vous ne pouvez pas avoir une élection où des millions de citoyens n’ont même pas la possibilité de voter ».

Le diplomate israélien a encore noté que l’influence iranienne en Syrie n’a pas été modifiée par la montée du président Hassan Rouhani au pouvoir, et qu’un accord sur le nucléaire entre l’Iran et les puissances mondiales ne ferait qu’encourager l’Iran d’agir de manière plus agressive dans la poursuite de ses objectifs en Syrie.

L’effort de guerre est largement coordonné par des officiers des gardes révolutionnaires iraniens et par 3 000 à 4 000 combattants du Hezbollah en Syrie.

Une indication du succès du Hezbollah, a affirmé la source israélienne, n’est pas seulement l’occupation de territoires stratégiques comme Qusair, mais également le fait qu’au Liban la principale préoccupation est devenue la menace de combattants djihadistes sunnites et non l’implication du Hezbollah dans la guerre civile syrienne.

Le haut fonctionnaire a fait allusion à certains choix faits par le Hezbollah au cours des dernières années – la décision impopulaire d’aller combattre en Syrie, révélant la profondeur de ses liens idéologiques avec l’Iran et abandonnant largement la lutte contre Israël – et a déclaré que si l’organisation terroriste chiite était près de sortir victorieuse du conflit, Israël demeurait très ambiguë sur ses objectifs dans la guerre régionale.

« Nous savons ce que nous ne voulons pas », a-t-il finalement déclaré,
« mais pas ce que nous voulons ».