La position de la Turquie vis-à-vis des djihadistes semble avoir pris un nouveau tournant, le pays de l’Otan d’abord réticent se déclarant maintenant prêt à s’engager auprès de la coalition mise en place contre le groupe Etat islamique (EI).

« Nous apporterons le soutien nécessaire à cette opération. Ce soutien pourrait être militaire et politique », a déclaré le président turc Recep Tayyip Erdogan, sans donner plus de clarification.

Depuis New York, l’homme fort de Turquie s’est félicité des frappes menées contre les extrémistes sunnites de l’EI en Syrie.

« Je vois cela (les frappes aériennes) d’un œil positif. Ce serait une mauvaise idée de les arrêter. Ce plan doit être poursuivi », a-t-il dit.

Depuis des jours, la Turquie dirigée par un gouvernement islamo-conservateur, a une position ambiguë au sujet de son engagement dans la coalition conduite par l’allié américain.

Après avoir refusé dans un premier temps toute participation aux opérations militaires malgré ses 900 km de frontière avec la Syrie et apporté un soutien à minima, Ankara a donné des signes d’un changement de position. Même si pour l’instant rien ne le prouve dans les faits.

Ainsi, les autorités turques ont démenti mardi que leur pays ait été utilisé dans les frappes de la nuit contre les djihadistes dans le nord de la Syrie où il mènent une offensive pour prendre le contrôle de la ville kurde d’Aïn al-Arab (Kobané en kurde), une information fournie par l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

« Notre espace aérien et notre base d’Incirlik (sud-est) n’ont pas été utilisés », a précisé un responsable turc à l’AFP.

La poussée de l’EI dans cette zone a provoqué depuis la semaine dernière l’exode de 140 000 civils vers la Turquie déjà saturée qui accueille 1,5 millions de déplacés Syriens.

L’immense effort humanitaire que la Turquie mène à sa frontière syrienne la rend d’autant plus vulnérable à des attentats terroristes.

– Pression américaine –

Depuis l’été et la percée des djihadistes en Irak et en Syrie, Ankara est soupçonné de passivité, voire de nourrir la lutte menée par ce groupe ultraradical afin de précipiter la chute du régime syrien du président Bachar al-Assad.

Une retenue justifiée officiellement pour protéger ses 49 otages enlevés en juin en Irak. Mais ceux-ci ont été libérés samedi dernier dans des circonstances encore floues, la presse turque affirmant qu’il ont été échangés avec des prisonniers jihadistes retenus par les rebelles syriens.

« Il est trop tôt pour dire si la Turquie change de position. On ne doit pas attribuer une signification démesurée aux paroles, attendons les actes », a commenté à l’AFP le politologue Ilter Turan de l’université stambouliote de Bilgi.

« Il semble que le président soit sous la pression de ses alliés pour contribuer à la coalition contre l’EI. Il était clair que rester en dehors coûterait très cher à Ankara », a-t-il ajouté.

Le chef de la diplomatie américaine, John Kerry, a ainsi présenté la Turquie comme un « membre à part entière de cette coalition et sera engagée en première ligne ».

Autre point faible et hantise du gouvernement turc : les rebelles kurdes de Turquie (PKK) qui ont combattu l’EI en Irak et en Syrie avec leurs frères kurdes se sont retrouvés en position de force vis-à-vis de l’Etat turc qui négocie depuis 2012 avec eux une solution politique au conflit sanglant qui perdure depuis 1984.

Face à l’avancée de l’EI à Kobané, le PKK a appelé les Kurdes de Turquie à aller combattre et accusé les autorités d’Ankara de « collaborer » avec l’ennemi pour empêcher que le mouvement armé ne gagne une légitimé politique dans les pourparlers de paix.

Si les Turcs semblent plus enclins à coopérer, leur soutien pourrait se limiter à la logistique, comme l’a laissé entendre mardi le vice-Premier ministre Yalçin Akdogan.

« La Turquie évalue la portée de l’appui qu’elle donnera à l’opération. Cela pourrait être une coopération logistique ou de renseignements », a-t-il souligné.