Même si elle a été admirée et qualifiée de « génie » par Albert Einstein, Amalie « Emmy » Noether, qui ne semblait pas courir après la gloire personnelle, n’a pas perçu de salaire ou n’était pas officiellement reconnue pendant la plus grande partie de sa carrière universitaire en Europe.

Les travaux de la mathématicienne juive allemande servent de fondement aux recherches académiques encore aujourd’hui. Son 133e anniversaire a été marqué par un doodle google, le 23 mars 2015.

Née en 1882 et aînée d’une famille juive qui vivait en Bavière, le père d’Emmy Noether, Max Noether, était un mathématicien qui a enseigné à l’Université d’Erlangen. Avec le soutien du mathématicien Paul Gordon, elle a changé de formation et est passée de l’étude des langues anglaise et française à l’étude des mathématiques.

Noether ne pouvait pas s’inscrire officiellement, elle était seulement autorisée à poursuivre ses études après avoir demandé la permission à chaque professeur. Malgré l’avertissement du sénat académique – que l’éducation mixte « renverserait tout ordre académique » -, elle a passé ses examens et a terminé sa thèse de mathématiques en 1907.

Cependant, elle a été incapable de trouver un poste de chercheuse et elle a donc enseigné entre 1908 et 1915 à l’Institut mathématique de l’université d’Erlangen sans salaire.

La mathématicienne juive allemande Emmy Noether (Crédit : domaine public)

La mathématicienne juive allemande Emmy Noether (Crédit : domaine public)

Finalement, Noether a accepté un poste – également non rémunéré – à l’université de Göttingen. Là, un membre du corps professoral a, de manière tristement célèbre, déploré sa nomination en demandant : « Que penseront nos soldats, quand ils reviendront à l’université et verront qu’ils doivent apprendre aux pieds d’une femme ? »

La réponse qu’il a tout reçue d’un partisan de Noether, David Hilbert, lui aussi un mathématicien est célèbre également : « Je ne vois pas pourquoi le sexe de la candidate serait un argument contre son admission comme Privatdozent [un professeur non salarié]. Après tout, nous sommes une université, pas des bains publics. »

Les conférences Göttingen de Noether étaient annoncées sous le nom de Hilbert et sa famille l’a soutenue financièrement jusqu’à ce qu’elle soit reconnue par l’État et reçoive un salaire, en 1923. C’est là qu’elle a prouvé son théorème éponyme, qui a été considéré par ses contemporains comme étant « peut-être sur un pied d’égalité avec le théorème de Pythagore ».

En 1933, cependant, avec la montée du Troisième Reich, Noether et ses collègues universitaires juifs sont dépouillés de leur statut de fonctionnaire en vertu de la loi allemande sur la restauration de la fonction publique du 7 avril 1933 d’Hitler. Ses collègues affirment qu’elle a pris avec philosophie ce changement de statut et qu’elle aurait invité ses étudiants chez elle pour qu’ils poursuivent leurs études, même ceux en uniforme SS.

À la fin de l’année 1933, après avoir entendu les étudiants exigeaient : « les étudiants aryens veulent des mathématiques aryennes et non des mathématiques juives », elle a réalisé qu’elle devait maintenant quitter l’Allemagne. Noether a obtenu un poste à Bryn Mawr, en Pennsylvanie, et a également enseigné à Princeton de manière hebdomadaire.

Noether est décédé subitement à Bryn Mawr après une opération pour enlever des tumeurs dans le col de l’utérus, le 14 avril 1935.

Après sa mort, Albert Einstein a écrit une lettre publiée dans le New York Times, dans laquelle il affirmait : « selon le jugement des mathématiciens vivant les plus compétents, Fraulein Noether était le génie mathématique créatif le plus considérable produit depuis que les femmes ont eu accès aux études supérieures. »

Elle est restée dans les mémoires comme un véritable professeur qui semblait peu soucieuse de recevoir de la reconnaissance pour ses théories. Les honneurs allaient souvent à d’autres chercheurs de sexe masculin. La poursuite des recherches mathématiques était le centre de sa vie, et la vie sociale était loin d’être sa priorité.

Lors de son service commémoratif, le mathématicien allemand Hermann Weyl a déclaré : « en pleine lutte terrible, au milieu des bouleversements qui se passaient autour de nous, dans une mer de haine et de violence, de peur, de désespoir et de découragement, vous avez suivi votre propre chemin, méditant sur les défis des mathématiques avec la même assiduité qu’auparavant. »

« Quand vous n’étiez pas autorisée à utiliser les salles de conférence de l’Institut, vous avez recueilli vos élèves dans votre propre maison. Même ceux qui portaient leurs chemises brunes étaient les bienvenus ; jamais, même pendant une seule seconde, vous n’avez douté de leur intégrité. Sans égard pour votre propre destin, le cœur ouvert et sans crainte, toujours conciliante, vous êtes en allée à votre propre façon. »