Un doux matin ensoleillé de décembre, Antonio Calabrese, 49 ans, est en route vers son atelier de tapisserie d’ameublement à Cosenza de sud de l’Italie, quand il reçoit un appel téléphonique inattendu d’un ami.

« Ce soir, viens à Via Arabia, tu ne vas pas croire comment ils l’ont décorée pour les fêtes », lui a dit son ami.

Lorsque Calabrese est finalement parvenu à l’élégant boulevard piéton du centre-ville, la vue était bien au-delà de ses attentes : deux longues rangées de lumières scintillantes en forme de Menorah sont affichées sur les deux côtés de la rue.

« J’étais totalement captivé. Les lumières des menorah sont étincelantes, et les voir briller dans le noir est tout simplement incroyable », a déclaré Calabrese au Times of Israel.

Calabrese a découvert les origines juives de sa famille à l’âge adulte.
« Je me suis considéré comme juif il y a environ 25 ans, quand j’ai découvert que, vu que mon nom de famille contient une référence géographique [Calabrese signifie « de Calabre »], et qu’il est donc probablement d’origine juive. Il y a environ deux ans, ma femme et moi avons entamé le processus formel de conversion », raconte-t-il.

Les références à Hanoukka au milieu des fêtes de Noël n’étonnent pas autant dans des lieux où de grandes et importantes communautés juives vivent et prospèrent, mais dans une ville comme Cosenza, où seuls quelques-uns de ses 70 000 habitants s’identifient comme Juifs – pas plus de sept ou huit, selon Calabrese – c’est remarquable. Il n’y a aucune communauté, ni synagogue juive officielle ou minyan dans la ville.

La démonstration publique de symboles juifs, comme les menorah illuminées, parle vraiment à Calabrese. Sa boutique, qu’il ferme invariablement chaque vendredi une heure avant le début de Shabbat, est ornée d’un grand Magen David.

L’été dernier, lorsque les trois adolescents israéliens enlevés ont été retrouvés assassinés, il a mis un drapeau israélien dans la vitrine du magasin et fermé boutique pendant les funérailles.

La ville entretient des liens historiques avec les communautés juives aujourd’hui disparues.

Au sud de l’Italie, les Juifs ont été expulsés ou contraints de se convertir au christianisme au début du XVIe siècle.

Beaucoup ont choisi de pratiquer leur judaïsme en secret, transmettant les traditions à travers les générations, jusqu’à aujourd’hui, tandis que certaines familles ne sont même pas conscientes de la signification de leurs coutumes.

Cependant, ces dernières années, le nombre de ceux qui souhaitent redécouvrir leurs racines juives a augmenté de façon spectaculaire.

La vitrine d'Antonio Calabrese ornée du drapeau d'Israël après la découverte des trois adoldescents assassinés en juin 2014. (Courtesy)

La vitrine d’Antonio Calabrese ornée du drapeau d’Israël après la découverte des trois adoldescents assassinés en juin 2014. (Courtesy)

« Cosenza a la tradition d’être une ville ouverte, une ville de dialogue et de rencontre pour différents peuples et cultures. Nous voulons faire revivre cette tradition et en ce sens, le lien avec notre patrimoine juif et la vie juive moderne est extrêmement important pour nous », déclare le maire Mario Cosenza Occhiuto au Times of Israel.

Pour les fêtes de 2014, la ville d’Occhiuto a décidé de s’inspirer, pour ses décorations de Noël, de la légende d’Alar I, roi des Wisigoths.
Les Wisigoths germaniques envahirent l’Italie et saccagèrent Rome, la capitale de l’empire, en 410 de l’ère chrétienne.

Peu de temps après, Alar s’est retrouvé à Cosenza, où il est décédé subitement. Selon la légende, il fut enterré dans la Busenzo, la rivière qui traverse la ville, avec son trésor.

Le trésor aurait renfermé la Menorah d’or apportée de Jérusalem à Rome par les Romains après la destruction du Second Temple (en 70).

« Non seulement nous voulons voir des Menorot illuminées, mais nous voulons également qu’elles soient un élément central de l’exposition, rendant hommage à la fête juive de Hanoukka », déclare Occhiuto. C’est pourquoi nous avons choisi de les aligner dans l’une des rues principales. »

Parmi les initiatives de renaissance de l’histoire juive à Cosenza, l’administration d’Occhiuto a également décidé de restaurer un bâtiment situé dans son quartier juif antique.

« En outre, Cosenza a une autre connexion importante à la vie juive : nous cultivons des citrons de la plus haute qualité et chaque année, des rabbins de partout dans le monde viennent ici pour les cueillir », raconte Occhiuto, en référence à Souccot, et aux etrogs, qui sont une partie essentielle de la célébration de la fête.

Les Menorah serviront également d’arrière-plan à un allumage public de Hanoukka qui aura lieu à Cosenza, le 22 décembre.

Des allumages publics de Hanoukka auront également lieu à Naples, où se trouve la seule communauté juive officielle du sud de l’Italie, et dans le petit village de Trani (Pouilles).

Et à Palerme, le Palazzo Steri à Sicile, qui a servi de tribunal à l’infâme Inquisition des XVIIe et XVIIIe siècles, une Hanoukkia a été allumée chaque soir de la fête.

Allumer la Hanoukkia est un moyen de diffuser un autre miracle de Hanoukka : la renaissance d’une vie juive dynamique après 500 ans.