Avant sa sortie internationale, le jour de la Saint-Valentin, la bande d’annonce du film torride « 50 nuances de Grey » a déjà attiré près de 100 millions de vues sur YouTube.

Ce n’est guère surprenant lorsque l’on sait que le livre à succès dont est tiré le film s’est vendu à plus de 100 millions d’exemplaires. Il a émoustillé principalement des femmes, d’âges et de conditions très divers.

Ce n’est donc pas une surprise que l’on décide de diffuser ce film lors d’un événement de collecte de fonds pour les femmes.

Mais avec une multitude de scènes de sexe torride, est-ce que « 50 nuances de Grey » est un film qui devrait être associé à WIZO Aviv, la divisions des jeunes femmes de l’Organisation internationale des femmes sionistes (WIZO) ?

Alors que les jeunes dirigeantes de WIZO Aviv se préparent pour un événement international de collecte de fonds en projetant le film tant attendu – avant même sa sortie officielle à certains endroits – de nombreuses sœurs plus « grisonnantes », principalement des mères et des grands-mères, sont moins contentes.

Mais selon la représentante internationale de WIZO Aviv, Laurienne Baitz, les billets pour l’événement se sont  tous vendus, dans les cinémas du monde entier.

« En général, nous devons travailler dur pour vendre des billets pour les collectes de fond, mais pour cet événement, les billets se sont envolés », se réjouit Baitz.

Le choix du film est controversé, surtout au sein des Juifs traditionnels et religieux. En Afrique du Sud, par exemple, le courriel d’invitation de la WIZO pour venir assister à l’événement ont choqué de nombreux Juifs de la communauté. Ils sont persuadés que ce « n’est pas le genre de film qu’une organisation comme la WIZO devrait montrer » et que l’argent collecté grâce à cet événement serait « sale ».

La réputation de la WIZO, qui améliore la vie de femmes et d’enfants en Israël grâce à des programmes pour des femmes seules, des femmes battus et des filles à risque, s’est construite sur un siècle. Beaucoup se demande si une simple collecte de fonds vaut la peine de mettre en péril le travail de tout un siècle.

L’une des nouvelles immigrantes qui est arrivée tout droit des Etats Unis, et qui est maintenant installée à Tel Aviv, révèle qu’elle est « très, très, choquée par tout cela ».

« On se moque du nom de WIZO et de tous les gens incroyables (dont mes deux grands-mères) qui ont travaillé pour cette institution », indique-t-elle.

« Utiliser ’50 nuances de Grey’ pour collecter des fonds pour aider les femmes qui ont été sexuellement abusées, revient à dire ‘Allons manger des hamburgers pour collecter des fonds pour les droits des animaux’ « 

« Utiliser ’50 nuances de Grey’ pour collecter des fonds pour aider les femmes qui ont été sexuellement abusées c’est comme dire ‘Allons manger des burgers pour collecter des fonds pour les droits des animaux’ », s’insurge-t-elle.

Et bien sûr, les militants contre les violences conjugales du monde entier exhortent à boycotter le film.

Une campagne sur les réseaux sociaux a été lancée avec le hashtag #50dollarsnot50shades [50 dollars pas 50 nuances], demande aux gens de donner 50 dollars à une organisation venant en aide aux victimes de violences conjugales, plutôt que de les dépenser en popcorn et en billet pour le film.

Mais la représentante de WIZO Aviv, Baitz, n’est pas d’accord.

« Dans un monde où l’on peut voir des corps humains mutilés comme butin de guerre à longueur de journée, où la vision de la réalité fuite quotidiennement sur toutes les chaînes d’information que nos enfants voient du coin de l’œil pendant qu’ils jouent à des jeux sur internet avec un accès complet à des horreurs que l’on ne peut pas nommer, exercer un choix personnel de voir (ou pas) un film classé ‘plus de 18 ans’ qui a réussi à passer la censure internationale doit être mis en perspective », se défend Baitz.

La WIZO capitalise sur le battage médiatique autour du film pour lever des fonds, explique-t-elle.

Une autre raison supplémentaire est la volonté de changer la réputation de l’organisation qui a la réputation d’être composée de « femmes vieillissantes qui organisent des déjeuners et des parties de bridge. Cela n’attire pas l’adhésion des plus jeunes sans qui la WIZO n’aura pas d’avenir ».

Résidant à Raanana, Eli Rudolph, une jeune femme mariée avec deux jeunes enfants, est impliquée dans divers organismes de charité en Israël et en Afrique du Sud.

Elle connaît les luttes auxquelles les organisations caritatives traditionnelles font face pour pousser de jeunes Juifs à prendre le relais de ceux qui les ont précédés.

« Je comprends qu’ils veuillent attirer de jeunes femmes, mais il y a sûrement une étape entre le bingo et la pornographie douce ? », s’interroge Rudolph. S’il y a suffisamment de nudité à l’écran, qu’est-ce qui pourrait arrêter un Maccabi d’organiser une collecte de fonds avec un club de strip-tease ‘chic’ ? ».

Baitz regrette que l’événement ‘cinématographique’ puisse occulter le « travail remarquable [que l’organisation] effectue en Israël ».

« Ne devriez-vous pas plutôt souligner le travail que nous faisons pour sauver la vie des femmes et des enfants, pour les rendre indépendantes, pour fournir des refuges et des centres d’éducation, des formations d’autonomisation et tant d’autres choses
encore ? », s’offusque Baitz.